‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 184 sur 433 · SUJETS ET ROI-DIEU · texte numérisé non relu

SUJETS ET ROI-DIEU

participe à l’action des dieux dans le monde, et les dieux se révèlent dans son gouvernement.

Aussi éprouve-t-on à son égard les sentiments qu'’inspirent les dieux, et son nom se mèle-t-il à celui des dieux dans les prières des hommes. Le prince Ramès, par exemple, confond Amon et les dieux, le roi, sa famille et ses ancêtres dans un même hommage ‘. Bien plus, il arrive que certains fidèles, plus frappés de son action immédiate que de l’action lointaine et invisible des

dieux, déclarent qu'il occupe dans leurs pensées, leur respect et

leur culte une place supérieure à celle des dieux mêmes ?. Certains textes et certains tableaux les encouragent dans cette voie *

Le respect religieux que l’on éprouve pour le pharaon se traduit aux sens par le cérémonial qui s'impose à tout sujet dans ses rapports avec lui. L’étiquette de cour constitue un ensemble de rites dont on ne s'écarterait pas sans sacrilège. Le palais royal est un lieu de culte, et l’on apporte à ce culte autant d’attention el de soins méticuleux qu à celui des temples.

Aux rois défunts sans doute, mais d’abord au roi vivant, on rend le culte divin *. Comme aux dieux, on lui élève des édifices superbes. On lui consacre des chapelles dans leurs sanctuaires

1 « Lorsque j'étais sur terre, je faisais des offrandes aux dieux,.…, car je nourrissais » (snem-ni) les rois du Midi et du Nord, j'affectionnais Amon dans son temple, les » femmes royales et les enfants royaux... favorisant sa personne, je n'ai pas omis de » réciter leurs noms au cours de chaque jour.» (Prince Ramès sous Aménôthès IV, Cheik-Abd-el-Gournah, I. 411 sqq. : Prenz, Æ. Z., 1883, 128). De même un autre défunt s'adresse aux vivants qui aiment « Khont-Amenti..…, le roi, Apouaïtou...…. » (St. de Nakht-Khnoum à Abydos : Æ. Z., 1881, 117).

2 « Je vénérais la personne du roi Mérenrà plus que tous les dieux. » (Ouni, 1. 48 : DE RouGé, p. 143). Cf. «Son pays se réjouit en lui DE qu'en son propre dieu. » (Sinouhit : Contes, p. 103).

3 L'Osiris du Zivre des Morts, appliqué au roi avant de l'être à tous défunts, dit : «Je » suis plus pur que les chefs du ciel » (Z. d. M., V, 5). « O Osiris, tu reçois ton sceptre….. » tu répartis les substances aux dieux... tu donnes ta grandeur aux dieux etc.» (26., CXXVII, 7-9; cf. CXLY, 75-77). — Dans les carrières d'Hammamät, le roi Pépi 1e" Mérirâ est figuré devant Khem, ithyphallique (L. D., I, 415 &) : le roi et le dieu ont même taille; le roi tient son bâton et son casse-tête ; il ne fait aucun geste de respect : c’est une visite bien plutôt qu’une adoration.— Cf. supra, chap. 1, p. 5

4 De RouGé, Six dynasties, p. 34.

5 Le dieu principal d’un temple admet la cohabitation d’autres dieux, mais il les domine, quitte à se laisser dominer par eux chez eux. Ainsi à Karnak, dans l'enceinte du grand sanctuaire d’Amon, Ptah, dieu principal de Memphis habite un petit temple, ainsi qu'Osiris, Aton, etc. (LeGRAIN, Ann. Serv.) Il en est de même du roi et il est tout naturel de rencontrer des mentions telles que : « la maison de Ramsès IT dans » l'Amonium » (Pap. Harris, passim), «les doubles greniers du château de Ménéptah » dans l'Amonium » (Stat. du basilicogrammate Si-Isis, à Vienne : 2. Tr., XII, 2), etc...

et des temples où ce sont eux ses parèdres !. Tantôt on l'adore seul et tantôt il reçoit avec les dieux des honneurs communs *. On l'invoque et on lui apporte en offrandes encens et provisions de comestibles ; on le prend pour intermédiaire entre la terre et le ciel, entre le monde des vivants et celui des morts.

$ 4%. — Le culte du roi au palais.

Le cérémonial de la cour est déjà un véritable culte.

La vue du roi est terrible. Il faut s’y préparer et se faire inilier au détail des attitudes, des gestes, des formules de langage convenables devant le roi.

D'abord, il serait malséant de se présenter devant lui en état d’impureté ; on lui inspirerait horreur el répugnance comme aux dieux. Il faut donc procéder, comme pour les actes du culte divin, à des purifications préalables. À la porte du palais, on se lave les mains comme à la porte du temple ; « Lave-toi », dit le pilote naufragé qui revient de l’//e de double, « lave-toi, verse-toi l’eau » sur les doigts, puis va, adresse la parole à Pharaon »*°. Sans doute aussi il faut revêtir un costume décent, une robe de lin blanc immaculé. Enfin il faut se garder d’apporter à l’intérieur la poussière du dehors ; comme à l’entrée d’une mosquée, on quitte ses chaussures pour pénétrer dans le palais. Certaines exceptions à la règle générale nous font connaître cette règle elle-même, qui précisément parce que tout le monde la connaissait, ne nous aurait

1 A l'inverse des exemples précédents, les dieux sont nommés à Abydos : « Harma- » khis dans le temple de Men-mâ-Rà » (Marnrerre, Abydos, 1, 13 #}; de même Osiris- Khontamenti (40., 18 p, 17), [sis, la grande, la mère divine (13 Fr), Horus (14 A), Ahô- Lunus (14 8), Ptah (16 c), etc. À Derr et à Ibsamboul, où rien ne subordonne le colosse de Ramsès II parmi ceux des dieux, on voit « Harmakhis dans la maison de Ramsès. » (L D., III, 484 8 et 190; Marrertre, Xarnak, p. 56-57, pl. 33-35).

La statuaire rend la même idée sensible aux yeux en donnant au roi la place d'honneur et le prestige de la taille dans un groupe. Ainsi dans l’atrium du Musée du Caire {n° 394) voit-on un grand Ramsès II trônant entre Isis et Hâthor plus petits que lui.

2 Sénouserit rend ainsi compte de cette union : « Je fonde mon château dans son » voisinage (du temple d'Atoum-Rä-Harmakhis) pour que la mémoire de ses bontés dure » en sa demeure; car c’est mon nom (celui du) château, c’est mon monument le lac. » (Dédicace d'Héliopolis : Srerx, Æ. Z., 1874, p. 87; Masrero, /. O., I, 505).

3 Contes : Naufragé, p. 136.

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