‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 185 sur 433 · CÉRÉMONIAL D'INTRODUCTION AU PALAIS · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIAL D'INTRODUCTION AU PALAIS

pas été signalée. Or, certains Égyptiens notent comme une faveur insigne le droit de conserver leurs sandales devant le roi!.

Une fois entré dans le palais, le sujet n’est pas abandonné à lui-même. Des subalternes le conduisent à leur chef, un des grands dignitaires de la cour. le « Premier héraut royal de Sa Ma- » Jesté »*, ou au héraut de service. Sauf le cas d'urgence, le roi ne daignerait pas interpeller directement un sujet et ne lui permettrait pas de lui adresser la parole. Un héraut royal le reçoit, s’informe de ses noms et qualités, écoute sa requête, prend note de tout ; puis va faire son rapport au roi, et, si le roi ne veut pas se montrer, rapporte la réponse *, en sa qualité de «bouche-du-roi ».

Si au contraire le roi y consent, le héraut introduit le solliciteur dans la grande salle d’apparat, le Æha ou salle aux colonnes, dans laquelle un autre grand officier de cour, le Grand de la Salle de son Seigneur”, règle l’ordre des cérémonies. C’est là que le roi rend la justice, tient conseil, expédie les affaires administratives, reçoit les ambassadeurs ou donne audience aux grands et aux petits, de même que le dieu d’un temple se manifeste à ses fidèles et agrée leurs hommages dans la salle hypostyle en avant du Saint-

1 Pour les privilèges d’entrée au Palais, cf. supra, ch. vi, p. 333-334.

2 Souten ouahmou tepi ni hon-ef. Pap. Hood, 1. 14 (Cf. Masrero, Z4. Eg., Il, %; Contes, p. 145, n. 1).

3 Ainsi en est-il dans les contes datant du premier empire thébain. L'auteur de l’ÆAistoire d’un Paysan (ou saunier) met le grand intendant Mirouitensi comme intermédiaire entre le roi Nibka et le paysan. Dans le Conte du Naufragé, celui-ci confie le récit de ses aventures à quelque héraut dans l'espoir qu’il le rapportera fidèlement au Pharaon en lui demandant de l’introduire dans la suite du roi. Cependant Khoufou parle directement à Didi présenté par Dadoufhor et Sénouserit à Sinouhit.

# RÔ ni souton, ouahem ni bat : Maïa, Sagqqarah, xixe d. (L. D., III, 241 c). Cf. Khounas, fils aîné d’Ata, bouche du roi, si-f, bat Khounas rô (Tomb. d’Ata à Assouan, vre d.: R. Tr., X, 193); — Pehenouka et Rächopsès, directeurs des archives royales, secrétaires à prononcer toute parole du roi (mir souton sekhal, hir secheta ni outou moudit nebt nti souton), ve d. (L. D., IT, 48, 63); — Antef, qui « énonce toutes les affaires dans » la double Egypte », qui « parle sur toutes choses dans le lieu du secret », qui « donne » les entrées au palais et y compose les règlements », se dit « la langue de l'habitant du » palais » (Stèle du Louvre C 26); — Amonemhabi, « bouche du souton bat » (M. M. C., V, 271, cf. 270, 275); — Rä, « 4er héraut du roi, bouche... dans le pays entier » (Boulaq : Æ. Z., 1888, 48); — Tenna « grande bouche supérieure dans le pays tout entier » (Brucscu, Rec., pl. 66 4). — Du Pharaon à Joseph : « De ta bouche dépendra tout mon » peuple » (Genèse, XLI, 40). — Avant Nakhtscti, dans l'anarchie, les Egyptiens «n’eurent plus de bouche supérieure » (Pap. Harris, 75); ce roi s’associant Ramsès [IT le fit « bouche supérieure » (/bid. : Cnapas, XZXe d., p. 14-15). — Plus tard encore, Zod-Khonsou-aoufânkh à « été élevé au rang de bouche du roi, 6 n bat » (R. Tr., XVI, 57).

5 Ad-ni-kha-neb-ef (Masrero, Et. Eq., II, 28-29).

des-Saints. Malgré sa curiosité aiguisée par l'attente, le roi Khoufou, quand son fils Dadoufhor amène le magicien Didi, ne le fait pas pénétrer près de lui, mais se rend dans la salle d'audience pour l'y recevoir !. Le héraut donc, précédant notre homme, se prosterne devant le roi et « frappe la terre de son front » *; puis il le fait avancer et l’appelant par son nom le présente au roi *. Ces formalités sont fort anciennes. Au temps des Pyramides, nous les voyons déjà transportées à la cour élyséenne d'Osiris; quand y arrive le roi Pépi, il est ainsi annoncé :

« Voici que les deux supérieurs de la place du Dieu Grand appellent Pépi, Ouza (le sain) ainsi que Sonbou (le Bien-portant) #. »

Admis en présence du roi, on doit aussitôt par sa démarche et son attitude révéler l'impression profonde que cause un pareil honneur. Ahanakhti s'intitule « l'Ami unique, qui entre à grand » pas » : il veut peut-être montrer son empressement à se rendre à l’appel ou au service de son maître? ; mais peut-être aussi bien veut-il faire comprendre de quels privilèges exceptionnels il jouit dans le palais, en quelle intimité l’accueille le souverain pour le dispenser ainsi du cérémonial requis d'ordinaire.

Les autres hommes s’avancent à petits pas, lentement et bientôt s'arrêtent saisis de frayeur et de tremblement devant la majesté royale ; ils tombent à genoux et se prosternent, le visage contre terre, en adoration*. C'est l'attitude du suppliant dans les temples, le proscynème, le son-{o, ou action de flairer la terre, à quoi font souvent allusion les stèles religieuses ; beaucoup commencent par des formules analogues à celle-ci : « adoration à Osiris, proscy- » nème à Îsis » 7: C'est la posture que prennent, devant le roi,

1 Contes, p. 72.

2 Contes, p. 123.

3 Cf. Maspero, Contes, p. 145, n. 1; ZE. Eg.. IT, p. 26; R. Tr., XIV, 4190.

dns de Pépi Le, étre RE 570-571 (R. Tr., VIL, 162; XI, 11; XIV, 188).

à Au tombeau de Khämhäi (LD. LI, 76: Mesveno, Or. 1 M6 Be Ga vol Lu Etaatio

de quatre postures : l'adoration des mains (aa), l'inclinaison (kes), l'agenouillement et la prostration.

7 Sur le modèle de la formule qui sert pour les dieux, on dit pour le roi: « Adoration » (rdi aa) au dieu bon; proscynême {sen-{o) au maître des deux terres » (Aménôthès fils d'Hapou, Naos de Silsiléh : LEGRAIN, Ann. Serv., IV, 207); — « Adoration au maître » des deux terres, prostration devant le dieu bon, par les princes de tous les pays qui

Page 1