‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 189 sur 433 · IMAGES DU ROI DANS LES TEMPLES · texte numérisé non relu

IMAGES DU ROI DANS LES TEMPLES

» venait pas une offrande qu'elle ne fût de ta main ; pas de message sans toi. Tu fus fait

.» général d'armée, et tu étais un enfant accomplissant (ses) dix ans. Tous les travaux » qui se faisaient, par ta main ils étaient fondés. Si tu dis à l’eau : « viens du rocher ! » » il sortira un abîme subitement, à la suite de ton ordre. Semblable à toi est le dieu » soleil en (ses) membres, le dieu Khopra en (sa) force créatrice. Véritablement tu es » l'image vivante, sur la terre, de ton père Toum d’Héliopolis. Le dieu Hou est dans ta » bouche ; le dieu Sa, dans ton cœur : le lieu de ta langue est le sanctuaire de la vérité ; » un dieu est assis sur tes deux lèvres. Toutes tes paroles s’accomplissent chaque jour. » À été formé ton cœur conforme à (celui de) Ptah, le créateur des œuvres. Tu es pour » toujours. Il est fait selon tes desseins, écoutées sont toutes tes paroles, à chef suprême, » notre maitre ! »

$ 2. — Le culte du roi dans les temples des dieux.

Le palais royal n’est pas le seul temple du roi. Le culte du roi et celui des dieux se pénètrent sans cesse.

Tout temple, par son aspect, prépare le peuple à l’adoration du roi. Pylônes massifs et majestueux défendant l'approche, hautes murailles sans jour enveloppant le mystère, puis, aperçus dans l’entreballement de portes triomphales, cours et salles aux colonnades magnifiques, ou sanctuaires qui s’enfoncent progressivement dans l’ombre : toute cette architecture dit au vulgaire la sainteté du lieu et la grandeur de la divinité qui l’habite. Mais encore que voit-on ? Sur ces pylones, ces murs, ces colonnes même, comme sur les montants des propylées triomphales, sur les obélisques et les socles des sphinx, se pressent, se succèdent ou s’étagent des tableaux encadrés d'inscriptions. Partout des cartouches royaux près des noms divins ! partout des images royales près de celles des dieux ! Sphinx alignés en allées, colosses assis ou debout entre les obélisques, sont des portraits de rois. Sur les parois extérieures des grands pylônes, bien en vue du public, ce personnage gigantesque qui foule aux pieds de minuscules ennemis, qui saisit des chevelures de prisonniers par bottes et dont la main, armée de la khopech, n’a qu'à s’abattre pour leur trancher la tête à tous d’un seul coup, c’est lui, ou l’un de ses prédécesseurs !. Ailleurs, c’est encore lui ce guerrier sur son char au milieu d’un champ de bataille, dominant de la taille amis et

1 Pylônes de Médinet-Iabou, Edfou, Philæ, etc.

ennemis : la mêlée est chaude, mais ses coups sont terribles, ses soldats se battent hardiment et les barbares culbutés fuient ou jonchent le sol de cadavres!. C’est bien en l'honneur des dieux que le roi sacrifie ces victimes ; mais, si le dieu regarde et sourit, le roi, déployant force et puissance, légale par sa stature. Dans la légende, le roi rend bién hommage aux dieux de ses succès, mais les louanges les plus hyperboliques exaltent ses mérites et l'œil ne contemple que ses exploits. Or, le peuple voit et ne Hit pas.

Même dans les scènes purement religieuses, le rot apparaît constamment. Le rituel s’est découpé en images, que le sculpteur a gravées en plusieurs registres superposés, et multipliées jusqu’à la monotonie. Le roi encense les dieux ; le rot leur présente les parfums des quatre points cardinaux ; le roi offre successivement les liquides sacrés dans des vases variés ; le roi élève vers les narines divines dés fleurs ou des bouquets ; le roi récite des prières ; le roi prend les attitudes cultuelles ; le roi saisit les victimes et les immole : toujours le roi, partout le roi. On pourrait se demander lequel attire le plus les yeux, lequel a le plus d’importance, du dieu ou du roi. La barque d’Amon ou le cortège du bœuf sacré n'ont-ils pas l'air de simples figurations dans le triomphe du roi ?Si des figures symboliques ou des humains accompagnent le roi, au premier coup d’œil on les distingue : placés derrière le roi, ils n’ont accès près des dieux que par lui et grâce à lui ; il est l'intermédiaire forcé entre le ciel et toutes les créatures. Au contraire, à part l’acte d’adoration qu’il accomplit, rien ne le distingue en nature des dieux qu’il honore ; même taille, même aspect, même costume, mêmes diadèmes. Parfois certains dieux l’accompagnent : placé dans leur troupe, même derrière eux, il est l’un d’eux, il se confond avec eux, il s’absorbe dans leur personnalité : avec eux et comme eux, il est un dieu-fils qui rend un hommage filial au dieu son père, ou à ses parents divins*. Dans d'autres tableaux, les divinités le traitent en effet

1 Lougsor, Ramesséum, Karnak, Médinet-Habou.

? Cf. ne Rocuemonreix, Temple d’Apet, R. Tr., NI, p. 26.

LE ROI DANS LES RITES DIVINS Si

comme un fils ; les dieux l’enserrent de leurs bras, ou, placés derrière lui, le couvrent de leur protection ; les déesses même prennent de lui des soins délicats : elles le reçoivent sur leurs genoux et lui tendent le bout du sein maternel'. Enfin lui-même se mêle aux dieux dans leur propre rôle. Il trône parmi eux: il reçoit les encens, les offrandes et les prières de son fils. Ou bien il prend part à leur vie, en dépit des lois du temps, il les seconde dans leurs aventures mythologiques ; il monte dans la barque d’Horus, le suit dans ses conquêtes et l’aide à triompher de ses ennemis”. De tous ces tableaux et de leurs légendes ressort cette impression que le roi, fils du dieu suprême, est légal des dieux.

D'ailleurs, dans tout temple, aucune fête ne se célèbre, aucun sacrifice, aucune cérémonie sacrée ne s’accomplit, en l'honneur des dieux sans la participation du roi. Et non seulement il y prend part comme prêtre officiant, soit en personne, soit par procuration ; mais il est l’objet des rites et y reçoit des honneurs qui s’adressent à sa divinité. Tout service du culte des dieux dans Les temples commence par les rites de la Chambre d’adoration, pi douait, pour mettre le roi en état de remplir son office sacerdotal, le clergé local lui servant seulement de substitut. Or ces rites constituent un véritable culte du roi, identique au culte des dieux, dont eux-mêmes ont donné l'exemple. Horus et Thot (ou Sit) ont momifié et purifié Osiris par l’eau et l’encens ; Horus (ou Râ au jour de « Viens à moi ») l’a pris dans ses bras, lui a redonné le fluide vital, lui a remis les couronnes et les autres insignes de son empire sur le monde (et en particulier sur les Champs Aalou), lui a offert enfin les aliments bons et purs dont vivent les dieux. Ainsi le roi célèbre-t-il en faveur de tout dieu les rites osiriens, comportant purifications, embrassement, influx vital, costumage, offrande des emblèmes, de Mâït et du repas sacré?. Aïnsi à son tour, ou plutôt avant l’office des dieux, le roi, dans la chambre

4 Voir chap. Ier, p. 27, n. 7 et 8.

2? Particulièrement dans les tableaux d’'Edfou. 3 Morer, Ættuel du culte divin journalier, 1902.

d’adoration, après une entrée solennelle, reçoit d'Hor et Thot (ou des prêtres qui jouent leur rôle) la purification osirienne, d'Ouazit et Nekhabit la couronne et ses vertus magiques, puis, après la royalé montée, l'embrassement du dieu principal ; enfin il s’asseoit devant la table d’offrandes !

Ces rites quotidiens du culte royal sont la commémoration sommaire de ceux de l’intronisation ?, qui ne créaient pas la divinité du roi, mais la manifestaient aux yeux des peuples sujets et adorateurs. Comme, dans le ciel, Amon présente son fils royal au cycle des dieux, sur une estrade à pavillon, de même sur terre dans un temple royal, palais ou future chapelle osirienne, le père ou la mère du futur roi le présentent à la cour puis au peuple, qui l’adorent, « couchés sur le ventre » * ; la proclamation de son protocole ou de ses « grands noms » consacre la divinité de sa personne ; puis des prêtres”, costumés en dieux, Anmoutef, Horus, Sit ou Thot, conduisent le fils de Rà dans la « grande salle », pa our, où ils le purifient, et ensuite dans la « salle large » ouskhit, où ils le font asseoir successivement sur les deux trônes du sud et du nord, dressés sous deux pavillons, et lui remettent les deux couronnes sonton kha et baïl kha”, puis lient sous lui les plantes symboliques du sud et du nord, sam tooui ; après cela, le roi fait processionnellement le tour du temple, rer ha anbou, image du circuit solaire, et revient monter au sanctuaire, soulon bes, pour y recevoir l’embrassement paternel du dieu.

Les grandes fêtes sed (hab sadou), inaugurales du culte royal dans tout temple nouveau, répètent les rites de l’intronisation et développent ceux de la chambre d’adoration° : purifications préalables, processions, au milieu des grands, des délégués de toutes

1 Morer, Æituel, p. 9-30 et Royauté, p. 209-233. 2 Morer, Royauté, p. 75-115.

Fa SE I R (Navicre, D. el B., III, pl. 60, 1. 41; À. Tr. XVIII, p.98; SernE, Urk.

4 « Les ornements royaux te seront donnés par ceux qui habitent les demeures des dieux, kent astou nouterou » (Déir-el-Bahari, loc. cit, 1. 7).

5 Après avoir servi dans cette cérémonie comme « prophètes de la chapelle du couron- » nement » noutir hon n pa choncht, Pachérenptah et son fils Imouth, continuèrent à

officier comme « prophète d'Aulète » et « prophète d'Auguste » pendant la vie de ces princes (Cf. Revizrour, À. Æg., IL, pl. 46-47). 6 Morer, Æoyauté, p. 235-269.

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