‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 188 sur 433 · L'OFFICE ROYAL · texte numérisé non relu

L'OFFICE ROYAL

» leurs sistres », les déposent aux pieds du roi!, et l’adorent, puis reprennent leurs places.

Un défilé analogue est de rigueur chaque fois que le roi a précédé ses courtisans dans la salle du trône. Ainsi dans les deux conseils tenus par Ramsès Il, que font connaître les inscriptions d'Abydos et de Kouban, les grands, convoqués par ordre du roi, arrivent aussitôt :

« On les fit passer devant Sa Majesté, leurs bras dans le geste d’adoration de son » double 2 et 3, proférant des acclamations (ou formant des danses) et flairant la terre devant

» sa belle face ? ; leurs nez contre le sol, le genou à terre, en signe de joie, ils adorent » ce dieu bon » 3. .

Et c’est dans cette position, « étant sur leur ventre et prosternés » contre terre », qu'ils parlent au roi“.

On offre au roi comme aux dieux l’hommage de l'encensement, des fumées de la résine divine, noultir sonter. Quand il paraît hors de son palais, des prêtres l’escortent, l’encensoir à la main. Dans le tableau du triomphe d'Harmhabi à Silsiléh, un prêtre le précède et se retourne pour l’encenser*. À Médinet-Habou, dans les tableaux des fêtes de Sokar et de Min, des thuriféraires marchent à reculons devant Ramsès IIT et brülent l’encens devant lui, suivant les indications du prêtre au rouleau pour les « cérémonies » à accomplir devant le roi quand il se montre »°.

Le culte des dieux comporte le chant des hymnes sacrés”. Une séance royale ne se passe pas non plus sans chants et sans discours remplis du panégyrique du roi. L’ode du papyrus de Kahoun, les dithyrambes insérés aux épiîtres des papyrus Anastasi I et [V$, ont pu servir en pareilles circonstances. Mais sans recourir à la moindre

1 Contes, Sinouhit, p.195.

2 Sta-ntu hr dot mbah nutr, dotu-sen m aau n ka-f, her honu, sen-to n hir-f nofr.—Stèle de Kouban (Prisse, Mon., xxr, 1. 12 ; Caapas, Mines d’or, p. 23).

3 Sta-antu hr dot mbah hon-f, fondu-sen khämu m statu, pdu-sen her ta m haï, sen-lo,

dotu-sen m aaiu n hon-f, duau-sen nutr nofr pu. Abydos, Inser. dédic., 1. 34-35 (Maspero, Essai, p. 22).

4 Un-an-sen her khetu-sen, her benben her ta. Abydos, 1.36 (Masrero, p. 23).

5 Silsiléh (Caampozzion, Mon., pl. cx-cxur; Rosezumr, Mon. Stor, pl. #4; L. D, HI, 121 À; Maspzro, #7. O., II, 350-351 fig.)

6 Médinet-Habou, 2 cour (CHampozzron, Mon., 209 sqq.; L. D., INT, 212-213; ErmAN, Æg. 102 ; Daressy, #.-H. p. 116, 118, 122).

1 Cf. supra (p. 327) les chants en l'honneur des particuliers; infra (p. 380-381) les chants exécutés dans les temples pour la personne du roi.

8 Ode de Kahoun (supra, p. 233, 248) ; Pap. Anastasi (suvra, p. 227; infra, ch. x).

hypothèse, on peut juger de cette poésie officielle. Le conte de Sinouhit, d’une part, les inscriptions authentiques d’Abydos et de Kouban, d'autre part, en fournissent des échantillons. sans compter ceux des tombes de Tell-el-Amarna'. Dans la réception de Sinouhit par Amonembäït, les Infants et les Amis ne prennent la parole que pour faire du roi un éloge pompeux terminé par un appel à sa clémence et à sa bonté”. Quand Ramsès IT con-

voque son conseil à Abydos, pour l’entretenir des monuments à construire, avant même qu'il ait parlé, les grands prosternés entonnent un hymne à sa gloire :

« Ils adorent ce dieu gracieux en exaltant ses perfections en sa présence ; ils disent ses » volontés comme il les a accomplies ; ils figurent sa vaillance comme elle est ; toutes » les paroles qui sortent de leur bouche sont les actions du seigneur des deux mondes » en vérité. »

Et en effet, les paroles rapportées forment une compilation rythmée d'expressions religieuses ou poétiques pour célébrer le roi créateur et vivificateur, et, sans avoir effleuré aucun sujet précis, aboutit comme le morceau précédent à une prière pour obtenir les souffles de vie”. Dans le conseil, au sujet des mines d’or, introduits en présence de Ramsès [let invités à donner leurs avis, ils se gardent d’en rien faire; mais, toujours prosternés, ils célèbrent à grand renfort de rhétorique la toute-puissance du roi “:

« Tu es semblable au dieu Soleil dans tout ce que tu fais. Ce qui plaît à ton cœur se » réalise. Si tu désires faire, pendant la nuit, le jour, il se fera vite. Nous avons pris » une grande part à tes merveilles depuis que tu as été couronné roi des deux mondes ; » nous n'avions rien entendu, nos yeux n'avaient rien vu qui leur fût comparable. Tout » ce qui sort de ta bouche, c’est comme les paroles d’Har-em-khou ; l'équilibre de ta » langue, le trouvé juste de tes deux lèvres, c’est le poids exact de Thot. Quelle est la » voie que tu ne connaisses pas ? qui donc est parfait comme toi? Le monde contient-il » un lieu que tu ue voies pas? Aucun pays que tu ne pénètres à ton gré ! Par tes oreilles » passe tout ce qui produit un son dans ce pays. C’est toi qui exécutes ce qui se fait. Tu » étais dans l'œuf, dans les occupations de l'enfant auguste, et par toi étaient prescrits » les devoirs des deux Egyptes ; tu étais enfant, portant la tresse de cheveux, et il ne

1 Les hymnes d’adoration au roi et à la reine en même temps qu'à Ilor-khouti-Aton trouvés dans presque tous les tombeaux de Tell-el-Amarna et Hagi-Qandil, n'étaient pas destinés à des réceptions royales ; mais ils en donnent le ton et en tout cas s'adressent au roi vivant puisqu'après la mort de Khouniaton sa ville fut abandonnée (AR. Tr. XV 36-50, surtout 38 et 46, tornbes d’un anonyme et de Aï: cf. Breasren, De hymnis in Solem sub Amenophide IV).

2 Contes, p. 125-126.

$ Inscr. dédic. d’Abydos, I. 34-40 (Maspero, p. 22-25. Cf. chap. vi, p. 234).

4 Stèle de Kouban, 1. 13-19 (Cnasas, Mines d'or, p. 23-25)

Page 1