PRIÈRES AU ROI ET POUR LE ROI
» sonne du roi » dont Thotmès [* prescrit aux gouverneurs et chefs du culte dans les nomes de surveiller l’exécution !. C'est la € prière du roi » dont un bon sujet s’acquitte quotidiennement ?. On demande pour lui santé, longue vie et bonheur. Des rituels contiennent des chapitres spéciaux à cet objet. Le catalogue de la bibliothèque d’Edfou donne le titre d’un « Livre de protéger le roi » en sa demeure »°. Dans le Zivre du Seigneur universel, le Chapitre mystérieux pour faire tomber Apophis est « pro- » noncé en présence de Rà », sur le terrain élevé de l'Ile des deux glaives pour faire que le roi devienne « vieux dans la vie » *, Au papyrus de Boulaq n° VIT on lisail des prières « pour la santé du » roi et pour l'éloignement des maux qu'il pourrait craindre »°. Le grand Zymne à Rà contient plusieurs formules de demandes de tous les biens terrestres pour le roif. C’est à Harmakhis que s'adresse une prière fréquente dans les tombeaux de la xvin° dynastie :
« Ramès dit à ton ka : « J’adjure ton père Hor-khouti.….. qu'il te favorise; qu'il » t'aime ; qu'il te rende prospère; qu'il te donne des millions d'années, un grand nombre » de fêtes sed, tous les pays étant sous tes sandales ; qu’il écrase tes adversaires, morts » ou vivants; que toute joie soit en ta possession, toute vie en ta possession, pendant » que tu es établi sur le trône de Rà éternellement ! 7 »
À toute heure du jour, à propos de toutes les actions de la vie, par exemple dans une lettre privée *, on peut adresser de pareilles prières aux dieux.
Mais, dans les circonstances solennelles, lorsque par exemple
i Voir supra, p. 313-315.
2 « J'ai prié de sa prière chaque jour » (Nakht-Khem, loc. cit.) De même les soldats » romains prêtent serment par la formule arrêtée par leur chef jurant in verba ducis.
3 Chäi souten sa m pi-f (Brucsca, Æ. Z., 1871, p. 44).
4 Pap. Brit. Mus., p. 29 (Pceyte, À. Tr., IL, p. 63).
5 Loc. cit. supra, p. 380, n. 7.
6:« Oh! Rà! donne toute vie au Pharaon ! Donne des pains à son ventre, de l'eau à » son gosier, des parfums à sa chevelure! Oh! bienfaisant Rä-Harmakhis! navigue avec
» lui! nous t'en prions... Viens au Pharaon; donne-lui ses mérites dans le ciel, sa puis- « sance sur la terre, à Ràl » (L. D., VI, pl. 415-116 ; Maspero, D. Eg., 455-456; A. AÀ., p. 282-283).
7 Tombeau de Ramès (Pigaz, Æ. Z., 1883, 129).
8 Après des vœux pour son correspondant et collègue Pahirchémertou, un capitaine de mercenaires ajoute : « Je dis à Râ-Harmakhis de garder en santé le Pharaon (notre) » excellent seigneur, afin qu'il puisse faire des millions de panégyries, toi étant en faveur » auprès de lui, perpétuellement. » (Pap. Anastasi V, pl. x1, L. 7 sqq.: Cuapas, AZX° d., p. 123 ; Masrero, G. Ep., p. 6).
l’on se trouve en rapport direct avec le roi, ou que l’on est admis à prendre la parole devant lui, alors surtout on ne peut se dispenser d'invocations de bon augure. Sinouhit, rappelé en grâce et répondant au message du roi, supplie les dieux Souptou el Nofirbiou, Hor sous diverses formes, les chefs du Bassin d’oceident, Nouït et Rà, toutes les divinités protectrices de l'Égypte et des pays étrangers, pour
« qu'ils donnent la vie et la force à ta narine; qu'ils se livrent à leur largesse et qu'ils te » donnent le temps sans limite, l'éternité sans mesure, répandant ta crainte sur tous tes » pays de plaine et de montagne, enchainant pour toi tout le parcours du soleil! 1 »
La reconnaissance prie comme le désir et l'espoir. Pénétré de gratitude pour les bienfaits de son roi, Sokhmit-ni-änkhou invite tous les hommes à s’unir à ses supplications *.
Prier ainsi les dieux pour le roi ne fait point injure à sa majesté divine. Ce Domine salvum fac regem ne le rabaisse pas audessous des dieux, ne le ravale pas au niveau des simples créatures. Les dieux, en effet, n’ont-ils pas eux-mêmes besoin du concours des mortels ? Ne peut-on pas entraver ou seconder leur action par des incantations savantes? Les livres funéraires sont pleins de formules par lesquelles les défunts méritent la faveur d'Osiris, d'Horus ou de Thot en leur venant en aide. L’/ymne à ÆRä n’appelle le Dieu-Malin au secours de Pharaon, que parce que « les dieux tendent leurs bras vers lui »*. Le Pharaon, pour qui l’on demande aux dieux vie el puissance, n’en jouit pas moins de la divinité.
Les prières mêmes que l’on fait pour le roi lui attribuent un rôle divin et des fonctions protectrices du dieu que l’on invoque. Les -courtisans présents à la réception de Sinouhit s’exclament :
« Prospèrent tes deux mains, Ô roil... Sois puissant comme maître des astres, par-
» cours le firmament en barque céleste ; le rassasiement est l’image de la bouche de Ta » Majesté ! 4»
1 Contes, p. 117-119.
2 « O vous qui aimez Rà, priez tout dieu pour Sahouri, qui me fait ces choses; car » moi je suis son féal. » Stèle de Sokhmit-ni-änkh, ve d. (Marrerre, Mast. 202-205 : Mas- PERO, Og. termes d’arch., p. 3 = B. Æg., NII, 334-335). (
$ Pap. de Berlin (L. D., VI, 116; Maspero, /. c., p. 381, n. 6).
4 Contes, p. 125.