CRAINTE DU ROI : EFFETS SOCIAUX
lions et des réflexions qui n’ont point leur place ici. Que lui doit, par exemple, l’évolution de l’idolâtrie dans l’ancien monde ? Estil exact que la Chaldée ait attendu le contact de l'Égypte pour diviniser ses rois?! L'empire romain, en adorant ses empereurs, ne les a-t-1l pas rapprochés bien plus des pharaons que des hôtes du Capitole ? Le culte égyptien est-il de tout point comparable au culte chinois du Fils du Ciel et de la famille impériale ?. Sans sortir de l'Égypte, retenons que le culte du roi emprunte tous les rites du culte osirien des morts et des dieux *. Il s’ensuit que toute la crainte inspirée par le roi, tous les espoirs fondés sur lui, profitent à la religion des dieux et des morts. C’est un rappel vivant, qui la renouvelle de génération en génération et la fait pénétrer plus profondément dans les esprits qui seraient tentés de s’y soustraire. Inversement tout le respect qu'inspirent les dieux et les morts accroît la vénération du roi, en vertu de la communauté du culte.
Au point de vue social, la crainte du roi, manifestée par le culte, est pour le sujet le commencement de la sagesse. L’humilité, la conscience de sa petitesse et de sa faiblesse sont chez lui les premières des vertus. Elles le prédisposent à bien remplir tous ses devoirs. Que deviendrait-il s’il déplaisait au souverain ? Ne s’exposerait-il pas à tous les malheurs en résistant à celui qui peut tout? La peur du châtiment le maintiendrait dans le bon chemin, même sans l’espoir des récompenses. « Le respect de mon dieu était » dans mon cœur ; la crainte de mon seigneur était dans mon » âme », déclare Anna, expliquant par là toute sa vie dont il est justement fier, tous ses services dont il fait étalage dans son épitaphe ‘. La volonté du maitre est pour lui le pôle magnétique de la morale, Rien de plus dangereux, sans doute et de plus faux que ce principe, si la servilité et le calcul détournent d’un bien
1 Taureau-DANGIN (2. Tr., XIX, 185-187) attribue au contact de l'Égypte, par suite des incursions de Sargani et de Naramsin en Syrie, le déterminatif divin que prennent ces rois, le titre de « dieu d’Agadé » porté par Naramsin, l'existence de temples de Gimilsin et de statues de ce roi dans les temples de Ningirsou et de Baou, quatre ans avant sa mort.
2 Cf. AMÉLINEAU, S'épullures, p. 146-150.
3 Cf. supra, p. 371-378.
4 Stèle d'Anna, xvue d. (2. Tr., XIV, 73; Serue, Urk., IV, 62).
idéal entrevu ! Utile principe au contraire, si la volonté du maitre est droite et bonne ; or comment en douter quant elle se confond avec celle des dieux ? La crainte révèle à la conscience un but d'action distinct du plaisir individuel. On la trouve au début de l'éducation morale, comme au début de la formation sociale. Redouter le pharaon préserve lPindividu de mésaventures personnelles, et en mème temps le tient dans l’État à sa vraie place, l’empèche de troubler l'ordre public et le force à contribuer au bien général. Ainsi s’acquite de ses charges Ahanakhti, gouverneur du harem, etc. ; heureux cumulard, il se qualifie « un paquet » de fonctions, qui ne s’en orgueillissait point, mais marchait dans » la crainte respectueuse de son maitre ? ».
A la crainte qu'inspire Le roi, on mesure la valeur de son gouvernement. Répandue sur ses ennemis, la peur du roi préserve l'Égypte des invasions. Répandue parmi ses sujets, elle garantit le pays de l'anarchie, de la guerre civile, des désordres intérieurs, d’une mauvaise administration paresseuse et concussionnaire ; elle produit les bons effets de la centralisation ; le fonctionnaire marche droit, les provinces unissent leurs ressources et leurs efforts ; les crimes sont châtiés ou prévenus; et le peuple vit tranquille. Telle est la vertu sociale que semble lui reconnaître Sinouhit °.
1 Tomb. d’Ahanakhti, x-xue d. (AR. Tr., XIII, 188).
2 Quand il dit à Sénouserit : « Je n'avais pas porté l’échine haute car l'individu craint, » quand le pays connaît son maître, et Rä avait donné que ta crainte füt dès lors sur la » terre d'Egypte, que la terreur füt sur la terre étrangère. » (Sinouhit : Contes, p. 121).