CHAPITRE X
$ 1. L'amour Du ROI. — $ 2. LES LOUANGES DU RoI. — $ 8. LES SERVICES AU ROI.
La crainte et le respect conduisent à d’autres sentiments. Les dévots des dieux ne s’y bornent pas ; le roi ne s’en contenterait pas davantage. Il ne se résignerait pas à la haine étayant malgré elle son pouvoir ; oderint dum metuant.
La royauté égyptienne ne se concevrait pas ainsi, en une telle opposition avec l'autorité bien aimée des dieux. Au respect et à la crainte, 1l faut un complément où ils se fondent et disparaissent, l’amour. Le pharaon est « le Dieu grand » ‘ que l’on craint ; mais il est aussi est surtout « le Dieu bon » ; et l’on ne craint pas le Dieu bon : on l’aime. Du moins est-ce ainsi que le conçoivent la religion et le loyalisme politique, surtout aux belles époques de la monarchie thébaine.
S 4%, — L'amour du roi.
Or les pharaons n’ont rien à envier aux dieux de l'Egypte. Une inscription officielle et sacrée n'hésite pas à comparer l'amour des sujets pour le roi à l'amour qu'Isis porte à son fils Horus * ; si la
1 Cf. supra, chap. 1, p. 9, n. 2. On peut ajouter aux exemples donnés celui d’un cartouche de Ménéptah Ier, «le dieu grand », sur la boucle de la ceinture d’une statue de Séti II encore prince (Achmountin, Monammen CHaBan, Ann. Serv., 1907, 212).
2 « Je donne que ton amour soit (au cœur) de tous (les hommes) comme l'amour de » mon fils est dans mon cœur », dit Isis au roi (Edfou, #. M. C., X, 101 : couloir Co. 3 d., v, 6 ; CnassinaT, À. Tr., XVIL, 51).
nature n’en est pas la même, il l'égalerait du moins par l'intensité. Aussi bien les rois se flattent de l'amour de leurs sujets et ceuxci protestent vivement de leur amour pour le roi.
A toute heure du jour et de la nuit, le soleil recueille sur son passage des témoignages d'amour. Il a des ennemis : mais il les dissipe et détruit leurs ligues, et confond ses obscurs blasphémateurs. La nature entière le salue et l’acclame et se réjouit en lui : tous les êtres s'unissent en un concert de louanges et d’amour ; les génies célestes et infernaux lui font cortège ; les plantes, les animaux et les hommes, qui tous vivent par lui, lui expriment à leur manière leur reconnaissance. Les Æ/ymnes au Soleil expriment à l'envi ces sentiments. Au Livre des Morts, ce sont les adorations à Rà-Harmakhis quand il se lève !, et les acclamations Joyeuses quand il pénètre dans la montagne d'Occident”. Le grand hymne de Berlin traduit au nom de lPunivers un enthousiasme plus pur d’arrières pensées personnelles *, L’hymne du papyrus de Boulaq s’épanche en actions de grâces : le dieu a créé hommes et herbages, poissons et reptiles ; 1l nourrit le rat dans son trou et l’oiseau sur la branche ; le monde entier l’en bénit “.
Le fils du Soleil, image de son père, recueille le même enthousiasme au cours de sa vie :
« Tu es le Soleil; le bon prince », disent à Ramsès III les chefs de toutes les nations.
1 « Salut à toil... tous les dieux sont en joie lorsqu'ils te voient... Tous les visages » sont en joie à ta vue... Tu mets en fête la totalité des nomes, des villes et des » temples. » (Z. d. M., XV, 4, 8, 19).
2 « Tous les dieux se réjouissent de le voir arriver heureusement : charmé est le cœur » des mânes. Les habitants du Douaou t’acclament, frappés de ta vue chaque jour. » (Jbid., 26-27, 45).
3 « Les nautonniers de ta barque, leur cœur est content; le seigneur du ciel est en » joie; les chefs du ciel inférieur sont en allégresse, les dieux et les hommes poussent » des exclamations et s’'agenouillent devant le soleil sur son pavois.…. Le ciel est en allé- » gresse, la terre est en joie, les dieux et les hommes sont en fête, afin de rendre gloire » à Râ-Harmakhis ! — Un bruit de joie est dans le lieu grand: les dieux sont en » exultation. — Au ciel inférieur les âmes sont dans le ravissement matin et soir... » Ceux qui goûtent les souffles de la vie poussent des exclamations vers toi. » (L. D., IT, 145; Masrero, B. Eg., II, 454, 456; H. A., p. 281-289).
#« Sois béni pour tout celal.….. Tu es béni de toutes les créatures: tu as des adora- » teurs en toutes régions... Les dieux s’inclinent devant ta Sainteté, les âmes exaltent » qui les a créées; elles se réjouissent de se présenter devant leur générateur... Nous » te bénissons parce que tu demeures parmi nous. » (MARIETTE, Pap. Boulag., t. I, DT M p CS Ten NS D AS MRC RTE Ant Hymne, p. 16-20; Maspero; H. A., p. 285).