JOIE POPULAIRE. RECONNAISSANCE
« Tu es le portrait de ton père, le maître des dieux: ton aspect pénètre d'amour comme » celui du Soleil. 1 »
Lui aussi répand sur son passage la joie de l’entendre et la joie de vivre; lui aussi on l’acclame et on le bénit.
Avant même sa naissance, on le désirait, on l’aimait : car « il a été accordé aux prières des nations »?. Sa naissance est le signal de réjouissances universelles. Quand Bitiou renait de sa femme infidèle qu'il à rendue enceinte surnaturellement, « on se » réjouit dans la Terre-Entière ; on se mit à faire un jour de fète » on commença d'être en son nom » *. Le Créateur, en mettant au monde et sur le trône le nouveau roi, lui assurait dès lors l’amour des peuples. Ramsès IV en remercie Osiris : « C’est toi qui pro- » duis pour moi l'amour dans les cœurs » “.
En l'honneur de l'avènement du roi, la joie s’épanche et devient lyrique. Les distributions octroyées, les grâces ou l’amnistie accordée inspirent des chants semblables à celui de Nakhtou-Amon, scribe de la nécropole, déjà cité?.
Ces fêtes, à l’aurore d’une vie ou d'un règne, ne traduisent encore que les espérances des peuples. L’ivresse d’une belle journée pourrait se dissiper vite. C’est surtout par ses actes, ses paroles, son gouvernement, sa bienfaisance que le roi mérite et conquiert l’amour universel.
La reconnaissance suit les bienfaits dont le roi comble ses sujets. Il ne suffit pas même qu'il échappe à l’ingratitude de ses obligés et fasse dire à un prince : « Je suis reconnaissant, exempt » de jalousie contre mon maitre qui m'a élevé quand j'étais » enfant. » Il y a plus. Une bonne administration crée une atmosphère de bonheur, les cœurs s’y épanouissent ; l'affection nait et ne se cache pas. « Son amour est verdoyant dans tout » cœur’. » Tout bonheur venant du roi, toute reconnaissance
1 Médinet-Habou, pavillon, tour sud (CHampozrion, Wot., 1, 722; ne RouGé, LOS pl. 147; Daressy, M.-H., p. 52).
2 Ramsès IIL, an V : Médinet-Habou, 1. 29 (Cnapas, p. 229).
3 Les deux frères (Contes, p. 30).
4 Stèle d’'Abydos, an IV, 1. 17 (Rev. Arch., p. 282).
5 Supra, ch. vi, p. 252.
6 Tomb. de Khiti, prince de Siout (Marre, M. D., pl. 68, p. 22). 7 Voir l'éloge poétique de Nectanébo II (supra, p. 254).
remonte à lui ; et Diodore explique avec raison l'affection des sujets par les bienfaits et la justice des souverains? : Les textes anciens ne le démentent pas sur ce point. Proposant sa vie en exemple à ses successeurs, Amonemhäit constate cet effet de sa sagesse et de sa bonté : « Tout ce que je disais était un nouveau » sujet d'amour. » Et son fils Sénouserit à parfaitement profité de ses leçons ; car l'éloge que fait de lui Sinouhit part du cœur et montre le prince redouté et admiré pour ses qualités personnelles, mais aimé aussi et adoré dans tous les sens du mot :
« C'est un bien-aimé qui a su merveilleusement conquérir l'amour : son pays l'aime » plus que soi-même, et se réjouit en lui plus qu'en son propre dieu: hommes et » femmes accourent à ses appels... c’est un être unique, divin, par qui cette terre se » réjouit d'être gouvernée. » 2?
Toutévénementextraordinaire stimule les sentiments du peuple. Une victoire, qui sauve le pays ou lillustre, fait éclater des acclamations. Après que Ménéptah, par exemple, a culbuté Libyens et peuples de la mer, l'Egypte respire et chante ; elle fait honneur à son roi, de sa sécurité reconquise, avec une effusion de gratitude :
« Une grande allégresse règne en Egypte ; des cris de joie s'élèvent du Pays-Égyptien : » on va parler des victoires remportées par Ménéptah-Hotpouhermäât sur les Tahonnou. » Très aimé est-il le prince des victoires; très grand est-il le roi émule des dieux ; » très glorieux est-il le seigneur qui commande les chants de joie ! » 3
Chaque fois que le roise montrera en public, à sa vue des sentiments d’amour et de joie pénètreront tous les cœurs et des acclamations s’élèveront de toutes les bouches :
« Sa Majesté apparaît comme un enfant divin, semblable à Râ lumière de l'Égypte ; » tout cœur est saisi par ses beautés ; les deux terres sont remplies de son amour. » #
« Ilest aimable comme Phrà à son lever matinal... A son apparition on se réjouit en » lui comme à celle de l’astre solaire. » 5
Maître de la création comme le Disque solaire, il répand chaque matin sur elle la même allégresse :
4 Diopore, I, 71.
2 Contes, p. 103.
8 Stèle d'Israël, 1. 21-22 (Perrie, Six temples, pl. 14; supra, p. 243-244). Cf. Ramsès III (supra, p. 127).
4 Médinet-Habou, mur S. (Daressy, M.-H., 181).
5 Médinet-Habou, inscr. de l'an VIII de Ramsès III, 1. 8-10 (CHapas, Æ£., 248). Cf. supra, chap. ir, p. 113-114.