DÉVOTION DES COURTISANS AR
la contemplation perpétuelle au maître,‘ « en regardant de ses » deux yeux vers la splendeur du seigneur du palais dans la » beauté parfaite de toutes ses manifestations » paraît aux courtisans la suprême béatitude. « C’est une richesse que de le voir » au matin; c'est le bonheur de la vie. Rien ne dure sans toi: car » ta Majesté est les deux yeux de l’humanité »?.
L'amour du roi fait leurs délices?, et, quand ils l’expriment, leur adulation se perd dans l’adoralion. « Tu te lèves excellemment » Ô (Séti D) le bon prince aimé comme Amon »#.
Ce maitre est un dieu et un bien aimé. Pour lui le langage trouve des caresses amoureuses et de dévotieuses tendresses :
« Je te connais, s’écrie un courtisan, je te connais, joie de la terre, fils d’Aton, Nofir- » khopirou-Rà Ouä-ni-Rà (Khounaton-Aménôthès IV). Je soutiens (?) mon maitre, » accomplissant ses instructions ; j'écoute sa parole et mes yeux ne cessent pas de » regarder ses beautés continuellement. O mon maître, connu comme Aton, qui se » complait dans la vérité, ordonnant que, celui qui écoute ton instruction, il vive! et » certes il est heureux en te voyant, il atteint la vieillesse... Celui pour qui des millions » de Nils monteront à Mont-Rä-nofir-khopirou Ouä-ni-Râ, celui-ci est mon dieu. J'ai » consacré ma vie à sa personne : tu m'as donné d'être heureux à ton service sans » cesse. » 5 l
Un autre, Aï, gendre et futur héritier du même roi, lui adresse cette prière :
» O dieu qui m'as créé, qui m'as donné une forme, accorde-moi de me rassasier de ta » vue sans cesse! J'ai suivi la personne de Sa Majesté comme son courtisan, j'ai vu » ses beautés quand il apparaît dans son palais. Je f’ai connu, aussi je t’exalte, Ouä- » ni-Râ !.… Il a multiplié pour moi ses faveurs... Il a embelli la demeure dans laquelle » il à vécu. J'ai suivi les instructions de mon Seigneur : j'ai vécu en adorant sa personne, » heureux de le suivre. Mes souffles viennent de lui. Il est mon Nord. O Seigneur, qui » as produit la durée pour faire un heureux destin à ton favori. pour qu'il soit réjoui » en te voyant sans que ses yeux cessent de voir Aton journellement... donne-moi de » me prosterner sur la terre pure, de paraître devant toi autant de fois que ton père Aton » te l'accorde à toi-même ! » 6
Dans son enthousiasme il ne sépare pas du roi la reine, « l’asso- » ciée aux beautés de celui qui fait paisible Aton, celle qui a la
1 Stèle de Péhsoukher, 1. 14, xvure d. (M. M. C., V, 300-402).
2 Parchemin de la fondation d'Héliopolis, p. 11, L. 3-4 (Cnapas, Choix, p. 8-9). 3 Merr suten hät-f nozem : Amonemhabi (#. M. C., V, 253).
4 Hiq nofir mert Amon md : Stèle d'Horkhem : Louvre C 213 (LEGRAIN, p. 5). 5 Tombe anonyme d'Hagi-Qandil (Daressy, 2. Tr., XV, 40).
6 Tombe d’Aï à Hagi-Qandil (Daressy, 2. Tr., XV, 46-49).
» voix douce et dans les mains de laquelle il est beau de voir les » sistres »!.
Diodore indique une autre mesure de l'affection des Égyptiens pour leurs souverains qu'il déclare supérieure à toute tendresse de famille, au point que tous, pris en masse, pensaient moins à leurs femmes, leurs enfants et leurs biens, qu’à la sécurité de leurs rois *.
Autant les pharaons vivants soulevaient de joie sur leur passage, autant leur mort causait de deuil ; et les honneurs funèbres qu’on leur rendait paraissent à Diodore une des plus fortes preuves de l'attachement de leurs sujets. La vie nationale était suspendue. Pendant soixante-douze jours, plus de fête, plus de sacrifice, plus de viande aux repas, ni de froment, ni de vin, plus de luxe, plus d’amours, partout des démonstrations de tristesse, vêtements déchirés, temples fermés, chants funèbres dans les rues. « Tout le » monde passait le nombre de jours indiqués dans Paffliction et » le deuil comme à la mort d’un enfant chéri. »
Plus bref, le récit par Sinouhit du deuil où la mort d’Amonemhâit [°* jeta la cour et le pays concorde avec la tradition recueillie par Diodore :
« Quand le roi Sehotpouabri monta au ciel... les dieux se réjouirent. A l'intérieur du palais, ce n’était qu'affligés. endeuillés ; les Grandes Portes furent scellées ; les courti-
sans restèrent accroupis en signe de deuil; les hommes furent saisis de douleur et silencieux #. »
SNS
Lui-même, Sinouhit, pris d’'épouvante à l’annonce de la nouvelle, s'enfuit comme un coupable. Les détails ne sont pas identiques à ceux de Diodore : la consternation muette remplace les manifestations exubérantes ; mais il subsiste une impression analogue.
L'amour du roi vit dans les cœurs de tout le peuple. Mais c’est à qui professera personnellement le plus vif, et se dira son ami. Comment en serait-il autrement ? Le roi, si bien informé de tout,
1 Tombe d’Aï à Hagi-Qandil (Daressy, R. 7r., XV, 46-49). 2 Dronore, I, 71.
SUD14. VIe:
4 Contes, p. 96.