DEUIL. TITRES D'AMIS
« salt qui l’aime », comme dit Théocrite, et, ajoute-t-1l malicieusement, « et encore mieux qui ne l’aime pas »!.
Les uns donc tirent de leur amour une épithète honorifique. Pour d’autres, c’est une marque de distinction, voire même un tre officiel.
À toutes les époques, d'innombrables personnages, petits ou grands, se représentent comme de bons serviteurs aimants, meri?. Ce sont tous gens « qui aiment leur Maitre » * ou « qui aiment » leur Maitre loyalement » *, ou « qui aiment le Roi »Ÿ, ou « qui » aiment le Seigneur du double pays »°, ou encore « grands » d'amour »?, voire même « palmes d'amour »°. Ils se donnent à lui de tout leur cœur”*, franchement, sans réserve ni arrièrepensée !°.
Je ne parle pas ici des paysans royaux ou serfs du roi, merou ou miraliou. L'étymologie de leur nom n'indique point leur amour de leur maître, probablement pas le lien qui unit les « liges » au seigneur, mais simplement leur habitat, le canton ou bassin mer, circonscription territoriale où ils vivent".
Je n'insisterai pas davantage sur les personnages qui portent le titre de samir, les Amis royaux". les r& #/\wy de l’époque
1 Taéocrire, XVI, 62 (Cf. Boucaé-Leczerco, Lagides, I, p. 220).
2 Cf. supra, ch. vin, p. 323, n. 5, et p. 324-325, les expressions que j'ai prises dans le sens passif de « aimé du roi » et dont quelques-unes peuvent être ambigües.
3 Meri neb-f. Hor, xue d. (Stèle du Louvre C 2 : Srarpe, Æg. ins., Il, 22; Prerrer, Rec., IE, 107; Preuz, Z. Æ., L, pl. 1v, p. 6); Senbef, xme d. (Stèle de Vienne n° 35: A. Tr., XII, 15); Harmhabi, xvus d. (Stèles du Louvre C 68-70; Tombe : #. M. C., V, 487); Stat. de Mendès, ép. saïte, Berlin (Preuz, Æ. Z., 1887, 123-124). Cf. bok sen m& mer sen : Montousisou, Louvre C 1.
4 Meri neb-f ma : le sahou Antef, xrre d., Stèle de Bispegaard (Preuc, À. Tr., 1, 133).
5 Meri souten : Hornakht, vire d., (Stèle 2 de Turin : 2. Tr., IL, 114). Méri-Amounizéh joue sur son nom en se disant « ministre sage du roi qu’il aime » soulon ouahem ager mer-n-f : Stèle 1. 2 (A. M. C., NV, 360).
6 Meri neb tooui : Anaouaa (Marierre, M. D., 57; pe Roucé, Z. H., 42).
1 Aû n mertou : Hor, xue d. (Louvre C 2 ; supra, n. 3). — Ad mert : Sennofir, xvar° d. (Thèbes, tombe des vignes, pilier I : Virey, 2. Tr., XXII, 93); cf. p. 325, n. 2.
8 Banr n mertou : Merri, x d. (Louvre G 3: supra, ch. vu, p. 324, n. 6).
9 Voir supra, ch. vu, p. 324, n. 5, l'expression sam häli n neb-i.
10 «Moi je suis un homme de la suite du roi, exempt d’obscurité du cœur » sa amkhet souton, chou m senk häti : Hiqab, vre d. (Assouan : À. Tr., X, 185).
1 Voir J. BarzLer, Noms de l’esclave, p. 21-33 (R. Tr., XX VII, 211).
12 « Quand tu fus devenu un damoiseau de Ma Majesté, un apprenti unique de mon » palais, Ma Maj. t'a créé Ami (samir) bien que tu ne fusses encore qu'un jeune homme » de 26 ans. » Stèle d’Abydos sous Sénouserit III (Maspero, Rev. Crit., n° 45, 1905, p. 362).
macédonienne!. Si la correspondance entre le titre grec et le titre ancien ne souffre pas de doute au point de vue de l'attribution, il en est tout autrement au point de vue du sens intrinsèque *.
Parmi les sujets qui professent leur dévouement, leur loyauté, leur attachement et leur affection à l'égard du roi, il convient de faire une place particulière à ceux qui se disent les amakhou,. « féaux du roi» *, ou, par variante, des « maitres de féauté » 1'1Ve mot et son hiéroglyphe idéographique évoquent l'idée d’un lien, d’un collier qui attache symboliquement au maitre Ÿ.
Il désigne du même coup à la fois un sentiment et un étal social. Les amalhou sont à la fois vassaux et fidèles. Il y a des amakhou de chacun des dieux, surtout d’Osiris ; il y en à des seigneurs terrestres ; une femme l’est de son mari, un fils de son père ; il yen a surtout du roi ‘. C’est au temps de l’ancien empire que l’on rencontre le plus fréquemment ce titre. On s’en fait gloire et on s’en prévaut pour réclamer la protection et les libéralités de son patron. Dans cette phrase de lépitaphe de Sabou-Abéba «Sa Majesté m’aimait.. parce que j'étais attaché à son cœur » (le
1 De Roucé, Recherches, p. 57; Lumsroso, Æconomie, p. 191-195; Brucscu, Dict. hier.,
p- 1230-1231, S'uppl., 1062-1063; Maspero, £4. ég., II, 20-21 et 196-197; BERGMANN, 2. Tr, DIXS07:
2 Entre le mot smer (samir) et le mot meri, aimer, il ne semble pas qu'il existe de parenté. Jamais les signes qui rendent l’un n'échangent avec ceux qui transerivent l’autre. Les deux mots ne se vocalisaient pas de même. S'il serait téméraire de nier absolument toute connexion étymologique, aucune raison ne justifierait non plus un repprochement. La survivance même du mot dans le copte @iR HD, Re » T,
HD, 2) ED, M, avec le sens général d'ami, compagnon (même si le mot copté vient de l'antique mot égyptien et non d’une racine hébraïque comme le veut SETHE) ne prouve rien à ce sujet : la langue à pu user d’un trope, sans rien révéler sur le sens original du mot. — Le titre est parfois accompagné d’épithètes «grand » d'amour » smir dû n mertou (Nakht-Khem, Silsiléh : Grirrirn, Pr. S. B. À., XII, 100; L. D., text., IV, 94; Serge, Urk., IV, 465) ou « unique d’amour » smir ou n mertou (Anab, porte d'Edfou? m.-emp. : LeGRain, Ann. S'erv., III, 267), sans que, de ce rapprochement, on soit en droit de rien conclure sur le sens intrinsèque du mot.
3 Cf. Morer, À. Tr., XIX, 112-148.
4 Neb amkhit.
5 Avec amkhou (amakhou) on peut comparer sahouw et mer : s’il est permis d’esquisser la genèse de ces trois mots, on passe du sens concret et matériel (mour lier) au sens abstrait de liaison, habitude de vivre ensemble, et enfin au sens sentimental d'amour, dévouement. L’analogie me porte à traduire mer neb-f par lié à son maitre, l'aimant (mari) plutôt que, aimé de lui (mért). — Cf. Maspero, À. Tr., XNIII, 59-60.
$Il ya des féaux du souton, c'est le cas le plus fréquent; il y en a du bat, comme Khâmhäit, « féal du roi dans les nomes du nord » (Abd-el-Gournah, xvine d. : L. D., II, 76 8); voire même de telle administration royale : ainsi Pépi fils d'Henna, « féal à l’en- » trepôt de Pharaon » {xue d. : Stèle du Louvre CG 33 : Gaver, pl. 58, L. 7)