‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 213 sur 433 · OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

OBÉISSANCE

de tous les instants ; voilà sans doute ce qu'un grand intendant de Thotmès IT «qui ne se repose point dans la tâche proposée, » qui ne dort pas pendant la nuit », Méri-Amounizéh, appelle « être maître de l'heure dans la demeure du roi v. s. r. »‘, titre précieux à l'affection du souverain. Comme cet intendant, comme le trésorier Karos qui « ne distinguait pas la nuit du jour »?, comme le général Amonemhabi*, comme le baron Khem #, le grand ministre Rekhmarâ, « maître suprème de vigilance, exempt » de paresse » , déployait une activité infatigable, car on « faisait » appel à sa supériorité à chaque instant de la nuit et du jour » 6. Au service du roi il n’y a ni répit ni repos :

« Toutes tes paroles s’accomplissent, mon Sefgneur excellent! plus de sommeil pen- » dant la nuit; plus de sieste pendant le jour; mais tes travaux (à Thèbes) se » construisent sans arrêt. 7 »

Peut-être toutefois l’obéissance n’atteint-elle à son mérite suprême que lorsqu'elle devient prévenante. La délicatesse épargne au maitre la peine d'énoncer un ordre : un geste, un signe, un jeu de physionomie l’instruisent assez. Sehotpouabri promet à ses fils de la part du roi une protection douce comme celle de Bast s’ils savent « adorer un geste de sa main » “. Ce n’est pas même encore le dernier point. Ecoutez le prince Amonhotpou-Houi :

« Les désirs de mon souverain étaient pour moi des ordres ; j'accomplissais ce que sa » bouche célait et je pénétrais dans sa pensée bien mieux que tous les indigènes et tous

» les étrangers présents auprès de lui... J'agissais selon ses paroles : j'exécutais selon » ses commandements ; et je trouvais ainsi des résultats magnifiques ?. »

4 Amounizéh (Virey, M. M. C., V, 375). « Maître de vigilance » Æhorp res (M. M. C., V, 354).

2 ME de Karos, « maître suprême de vigilance de la reine-mère Aah-hotpou », I. 11-12 (Bourranr, 2. Tr., IX, 94; Daressy, À. Tr., X, 145; Masrero, M. M. C., I, 627; SETHE, Urk., IN, 41).

3 « L’unique qui veille parfaitement pour le maître de la double terre. » Amonemhabi (M. M. C., NV, 280).

4« Le maître suprême de la vigilance du seigneur de la double terre. » Khem (M. M. C., NV, 368).

5 Khorp res tep, chou m bag : Rekhmarä (M. M. C., V, 171). — Nébamon est aussi « exempt de paresse » : xviue d. (BourrAnT, R. Tr., IX, 95-99; SETHE, Urk., IV, 152).

6 Zbid. (M. M. C., N, 45 et pl. 9).

7 Stèle d'Haremsaf à Silsilis, an 21 de Chéchonq (CHawpozzion, Mon., pl. 122bis; L. D., IL, 254 c; ne Roucé, Z. H., 267; Baucsou, Gesch., 663-664; Maspero, M. M. C., I, 731),

8 Stèle de Sehotpouabri, Mus. Caire (Maspero, Guide, p. 72).

9 Statue d'Amonhotpou-Houi, Karnak, pl. 37, 1. 35-37; Brucson, Æ. Z., 1876, 98.

Être admis auprès du roi, a sa cour, dans son escorte ou sa suite, passe le plus souvent pour un honneur, une récompense, un privilège ‘. Mais d’autres fois, suivre le souverain est un acte méritoire, l’'accomplissement d’une obligation. Les compagnons d'Horus,les Chamsou-Hor, ont avec lui conquis l'Égypte et vaincu Sit. Le roi aussi à ses suivants, qui l’accompagnent partout où 1 va. Ils ont soin de le rappeler : « J'ai suivi le roi » dit Nakht- Khem ?. «J'ai suivi le double de Sa Majesté comme un courtisan », dit Aï°. Parfois c'est là une expression métaphorique. On dit : Caller dans les eaux du roi », pour dire obéir au roi, s'attacher à sa fortune, suivre ses inspirations et lui demeurer constamment fidèle *. De cette locution,on peut rapprocher cette autre « suivre » le roi dans sa barque » ”, qu’on ne doit peut-être pas toujours prendre au sens propre. Avec une image en moins, le sens reste le même, tantôt métaphorique et tantôt exact, dans cette autre encore : « qui foule le chemin sous le seigneur des deux régions » 6. Mais parfois le sens propre est le seul admissible. I s’agit bien non seulement de conformer ses pensées, ses désirs, ses actes à la volonté du roi, mais de lui faire escorte de sa personne en tout lieu. Ainsi le général Montouhotpou « qui marche sur les chemins » du seigneur des deux mondes » mentionne aussitôt auparavant qu'il « ale pied sûr etles jambes fortes » *. Ainsi on « suivait son » roi, — son maître, — son dieu,— en tous ses déplacements, —

1 Cf. supra, ch. vor, p. 333-335.

2 Louvre C 55 (PrerreT, Rec., II, 90).

3 Ai, xvine d. (R. Tr., 47).

4 « Marchant sur son cœur » : Amonemhäâit, xvrre d. (R. Tr., XIV, 72).

5 Supra, Ch. var, p. 334, n. 6. Ù Ù

6 Rà, Boulaq (Æ. Z., 1888, 48). — Cf. Amonemhabi : « Le roi le connut... sachant

7 Ment bata, her uartu : Montouhotpou, Louvre C 176 (Prerrer, Aec., I, 35; Pieux, I. H., pl. 26, p. 31). Cf. Sénouserit le propriétaire, Louvre C 170 (Suarre, Eg. In., 1 pl. 55,1.5; Prernrer, Rec., Il, 63; Gayer, XZ7e d., 97 ; Peux, R. Tr., IN, 1419)

8 Chems n neb-f n itou-f : Sabre de Douaou sous Sognounri Ier (Marierre, MVotice du Musée, p. 210; Masrero, B. Eg., VII, 62); Thotnofir, xvire d., Stat. Turin, ne 153, L. 3et8 (R. Tr., IV, 128). — Que le souverain soit une reine, le baron Karos modifiera à peine la formule pour « suivre S. M. quand Elle se déplace, r itou-s (Bourranr, R. Tr., IX, 94 : MasPero, M. M.C.. I, 627). D’autres emploient le masculin, comme Monkh, majordome de la reine, chems neb-f : Tomb. de l'O. à Silsiléh (L. D., III, 8 ce, Text, IV, 95: GRIFFITH, Pr. S. B. À., XII, 99; Serxe, Urkunden, IV, 130).

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