‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 214 sur 433 · SUIVRE LE ROI · texte numérisé non relu

SUIVRE LE ROI

» dans ses courses sur eau, sur terre, sur toute montagne, — en » toute place où se transportait Sa Majesté, ? — partout où il se » proposait d’être sur terre, * — en pays du midi et du nord, {— » Sans Jamais éprouver un moment de défaillance 5».On était véritablement le « compagnon de ses pieds » 5. Certains, au lieu d’user de ces formules générales, précisent en quels lieux ils ont effectivement suivi le roi 7. Retenons ce petit commentaire d'Amounizéh : € Moi, à la vérité, sous l'inspiration bonne pour le cœur... j'ai suivi » le roi où il allait, sans faire de vilain tour contre aucun de ses » desseins » *. Qui l'eût donc osé ?

Le devoir de suivre le roi impose à tous les vassaux du roi, barons héréditaires, gouverneurs de provinces ou simples particuliers, de mettre à la disposition du roi leurs services personnels, soit à des dates périodiques, soit sur réquisition du roi. Les uns forment sa cour, d’autres sa garde ; les paysans hâleront sa barque sur les canaux, ou exécuteront diverses corvées sur son passage. Surtout le service militaire les groupera tous autour du roi et les entrainera à sa suite *. Abandonner le roi dans ses expéditions ou sur le champ de bataille serait un manquement grave. Ramsès Il, dans le poème de Pentaour, reproche vivement à ses soldats leur trahison. Dans la campagne de Syrie, lorsque Thotmès II à résolu de passer par les gorges d’Arouna, et qu’on lui propose un autre chemin moins dangereux mais plus long, il s'irrite et, devant la

1 Paour, Gournah (Æ. Z., 1883, 135); Amonemhabi (47. M. C., V, 275).

2 Amonemhabi (1bid.).

3 xvyrrie d. (SHARPE, 93, 4).

4 Le fils royal Anebni (Stat. Brit. Mus. : Suarpe, [, 56,1. 10-11; Lersius, Auswahl, xx, 5; cf. SHarpe, 93, 5); — Amonemhabi (#. M. C., V, 247).

5 Douirnehahou, Stèle de Thèbes (Perræ, Six temples, pl. 15; Masrero, À. Crit., 1898, II, 479) « sur l’eau et sur la terre, dans les contrées du midi et du nord ».

6 Ari ouardou n neb tooui : l'architecte Amonhotpou, socle de Süisiléh (L. D., IT, 81 » ; Lecrain, Ann. Serv., IV, 209-210). — Cf. Amonemhabi (infra, p. 430, n. 6) et d’autres guerriers : — Harmhabi, « compagnon des pieds du maitre du glaive dans les pays du » nord ou du sud » (M. M. C., N, 416 et pl. 1); — Tenna « compagnon des pieds du » maitre de la double terre en tout lieu où il va » (Preux, 2. Z., pl.108, p.81); — Amonbésef « compagnon de ses jambes, surveillant de ses pas » (Louvre G 65 : Devéria, 8. Eg., NV, 64; Prorrer, Æec., Il, 44). CÊ. supra, ch. vux, p. 333, sqq.

7 Par exemple, Minmès «a suivi le roi aux pays des Fankhou et du Lotanou ». Stèle à Thèbes (Perrie, S'ëx temples, pl. 15}. Cf. Zaïnni, Nébamon, Amonemhabi, infra, p. 430.

8 Tomb. de Méri-Amounizéh, 1. 6-7 (M. M. C., NV, 360; À. Tr., VII, 39).

9 « J'ai suivi mon maître, dit Amoni, lorsqu'il marcha pour battre les ennemis dans » les contrées étrangères ». Béni-Hassan (L. D., IT, 122).

colère royale, les plus hardis se bâtent de professer leur soumission : « Nous te suivrons en tout lieu où tu passeras, comme il con- » vient que des serviteurs marchent à la suite de leur maitre”. » Ils reconnaissent non une nécessité accidentelle, mais un principe général et permanent.

La constance à suivre le roi? attire ses éloges et son affection : le premier venu ne peut pas dire que ses démarches ou ses «expé- » ditions plaisent à son Seigneur »°. Mais elle peut mener loin. Elle entraine au bout du monde et d’une extrémité à l’autre * Amonemhabi qui suivit Thotmès IE dans ses campagnes de Nubie et d'Asie, sur le Haut-Nil et jusque sur les bords de l’Euphrate pendant des années. Aussi a-t-il le droit non seulement de se dire « une grande fidélité au souverain », dont il « partage et illumine » le cœur », mais d'ajouter aussitôt : « J'ai suivi mon maitre sur » ses pas, dans la région du nord et du midi, à son gré. J'étais » un compagnon de ses pieds”, et (j'étais présent) lorsqu'il ma- » nifestait sa force et sa valeur, le cœur intrépide »°. Sa récompense fut en rapport avec son mérite ; il obtint de ne pas quitter le roi : mis à la tête de ses amis et de son escorte, il « suit les pas » du roi dans l’intérieur de sa retraite », c’est-à-dire dans les appartements secrets du palais”, où il fait « ses délices de se tenir

4 Annales de Thotmès III (Masrero, R. Tr., 1880, II, 54 — B. Eg., VIII, 219).

2 Le prince Zaïnni a suivi Thotmès IIT et a vu toutes ses victoires au Zahi (Palestine) et suivi de même ses deux successeurs (Stèle Turin 182 : Orcurm, Vest., 51; Maspero, R. Tr., IV, 130). — Le fils royal Neb(amon) «a suivi le roi (Séti Ier) en toutes ses expé- » ditions dans les terres de Rotennou (Lotanou). » (Karnak, mur nord : L. D., III, 1%8 8; RU 09)

$ Hossu neb-f chetu-f : St. de Montounsisou, Louvre C 1 (Maspero, Un gouverneur, 1er congrès, p. 52 — B. Eg., NIIL, 157).

#4 « Celui qui suit le roi au commencement de la terre, à la fin et au circuit, étant » dans Khenthernefer, parcourant les pays de Rotennou à la suite d'Horus. » Amonemhabi (M. M. C., V, 262).

5 Cf. supra, p. 429, n. 1.

6L. 1-3 (Cnapas, Mél., IV, 282; M, M. C., V, 238-541). Cf. « celui qui a suivi son » seigneur sur ses pas au pays du midi et du nord sans s’écarter du seigneur de la » double terre au milieu de ses prouesses à l’heure de combattre des multitudes » d'hommes ». Amonemhabi (M. M. C., V, 241).

7M.à M.:« dans son nid, lui agréant cela, chez Anubis, prince du nord » suten-iut chems m am sechi hos-n-f-ta su m Anpu (M. M. C., N, 254), allusion à la retraite septententrionale du soleil couché, veillé par Anubis. Peut-être faut-il entendre tout autrement : Amonemhabi ne parlerait-il pas des chasses où il accompagnait le roi, comme

Sobek-hotpou, le préposé aux marais de plaisances. mir sechi m skhen-hati Borélly : À. Tr., 1, 108). or

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