‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 235 sur 433 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

RÉALITÉ DE GES DEVOIRS. — $ 1. LEURS SANCTIONS : CAUSES DE LA POPULARITÉ. — $ 2. DEVotRs DU SAGE : LECONS, AUTORITÉ, ÉQUITÉ DU MAGISTRAT, MODÉRATION. — S 3. DEVOIRS DU FORT : POLICE, PROTECTION CONTRE LA VIOLENCE, LE BON MAITRE. — $ 4. DEVoIRs DU RICHE : ASSISTANCE A TOUS LES FAIBLES.

Responsable vis-à-vis du roi, l’administrateur se sent redevable aussi envers ses administrés. La sanction qu'il espère et redoute est double; il l'attend à la fois d’en haut et d’en bas. Il sait qu'il doit des comptes au roi ; il sait que la justice des dieux le surveille ; il sait que pour plaire aux dieux et au roi, il lui faut faire ce qu'ils aiment et qu'ils veulent le bien du monde. Il sait que le bon sujet, le féal du roi, ne fait de mal à aucun homme", qu'il doit pouvoir se dire « l’ami de sa Sainteté chaque » jour, sans manquer de travailler dans l’intérêt de sa propre » ville »?. Mais il sait aussi qu’il a des devoirs directs envers les hommes.

Là se marque, entre le roi et lui, la différence peut-être la plus profonde. Le roi trouve en soi, dans sa nature divine, la raison de sa bonté et de sa bienfaisance : il a des devoirs envers luimême et envers les dieux ; il n’en a pas envers les hommes. Au contraire le baron ou le fonctionnaire ont conscience d'obligations envers leurs administrés :

1 « Je suis son féal (de Sahouri); je ne fais action mauvaise contre personne. » St. de Sokhmit-ni-änkh, 1. 5, vre d. (Marrerre, Mast., 202; Masrero, B. Egq., NII, 3834-35.

2 Statue de Smendésnam (Za-banibdidou-namou) à Mendès, Mus. de Berlin, ép. saïte (Pieuz, Æ. Z., 1887, 124).

» Je n'ai pas commis de péché envers les hommes, afin de pouvoir rejoindre mon » lieu de repos à l'occident de Thèbes. »

dit le prince Ramès'. Maltraiter le peuple serait donc à la fois faute politique et faute morale.

$ 4°. — Sanctions des devoirs. Causes de la popularité.

Il y a plus. Ces devoirs envers les hommes trouvent dans leur objet même leurs sanctions. Sans doute, loin d’être pour les sujets le plus saint des devoirs, l'insurrection contre la tyrannie n’est même pas un droit. Les hommes, ne dispensant pas la puissance aux grands, ne la retirent pas davantage. Le grand vit indépendant de tout pouvoir humain, car, s’il dépend du roi, le roi n’est pas un homme :

« Pour le grand qui a derrière lui des moyens d’existence, sa ligne de conduite est ce que vaut sa personne. Il fait ce qui lui plait; s’il forme le dessein de se reposer, sa personne le réalise. Le grand, en allongeant sa main, fait ce à quoi les hommes ne parviennent pas. Mais comme les moyens d'existence sont sous la volonté de Dieu, on ne peut pas se révolter à l'encontre 2. »

Donc pas de rébellion. Toutefois, dans le silence de la soumission, on pense et on juge : les grands ne disent point qu'ils n’en ont cure.

Le jugement des hommes constitue pour les grands l’une des récompenses ou l’un des châtiments de leur conduite. Non pas, encore une fois, ce Jugement porté après la mort, avant de procéder aux funérailles, qu’avaient imaginé les Grecs. Mais le jugement condamnant ou glorifiant l’homme public de son vivant même, et plus tard célébrant ou flétrissant sa mémoire. Pendant sa vie, une bonne réputation le préservera de toute récrimination, de toute attaque ; la satisfaction de ses administrés le garanüra contre les tracas et le déshonneur qui s’attachent à toute comparution en justice; quels que soient le nombre, limportance, les difficultés des charges qui lui auront été confiées, il ne soulèvera aucune plainte contre lui’. Après sa mort, non seule-

1 Tomb. de Râmés à Thèbes sous Aménôthès IV, I. 7-8 (Pur, Æ. Z., 1883, 198).

2 Pram-Horrou, Préceptes, $ 7 (Pap. Prisse, vu, 2-3). 3 Cf. supra, ch. vu, p. 292-296 et 320, ch. vin, p. 326.

Page 1