‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 240 sur 433 · LEÇONS, CONSEILS · texte numérisé non relu

LEÇONS, CONSEILS

$ 2. — Devoirs du sage.

Les grands ont sur leurs inférieurs une double supériorité : celle de la puissance matérielle et celle des lumières de l’esprit. De l'une ni de l’autre, ils ne doivent jouir en égoïstes.

Non pas qu'ils doivent communiquer à tout venant leur sagesse et leur science. Autour de certains secrets doit toujours régner le mystère. D’autres ne se transmettront qu'à un fils, afin d'assurer à la famille {ous ses privilèges. Il en est enfin que le vulgaire inculte ne saurait comprendre. 11 ne faut pas appliquer à la lettre et sans discernement ces préceptes d’un papyrus de Berlin : « Qu'il ne soit pas ignorant ; fais qu'il sache. Qu'il ne soit pas » inepte; instruis-le » ‘. Le sage choisira les disciples à qui exposer et commenter les préceptes de la sagesse, transmis à lui-même par ses maîtres ou ses ancêtres. Dans la guerre contre l'ignorance, iln’importe pas que tous les hommes soient au courant de la stratégie ; mais seulement que des chefs expérimentés commandent, et que les autres hommes écoutent docilement. Cependant si l'homme instruit ne doit pas prodiguer ses connaissances, il en doil user non pour froisser ou exploiter les ignorants autour de lui, mais pour les guider et les rendre heureux. La sagesse condamne la morgue de l’homme « hautain à cause de sa science » et recommande à son adepte de « s’entretenir avec l’ignorant comme avec le savant » : il y trouvera son compte s’il sait observer et raisonner, et fera le bien à autrui”. Livrés à eux-mêmes, les gens sans instruction ni expérience se nourrissent journellement « de ce que le grand sait » mortel »*. Il sera donc leur patron par ses exhortations ou ses renseignements. Préservés des dommages où les entrainerait leur ignorance, ils vivront grâce à lui. Dans la société, divisée pour le travail et la vie, son rôle sera de penser pour eux, de connaitre à leur profit le vrai et le bien : et « cela fera merveille », ils le diront bien, « d'exécuter ses instructions » “.

1 Pap. Berlin 2 et 4 (Cnapas, Mél. IT, 178).

2 Pap. Prisse, pl. y, 1. 8-9. Cf. Pap. Louvre, 2414, $ 25.

3 Pap. Prisse, xvnr, 8, $ 41. , 4 Pap. Prisse, x, 43 à xt, 1.

Dans cette mesure et avec ces réserves, le grand instruit les hommes. Antouf, par exemple, estun vrai maitre des peuples, ou, comme il dit, « la doctrine du pays tout entier » ; il parle au nom du roi, dont ilest « le cœur » et « la langue », et « compose les » règlements dans la demeure du pharaon, pour que chacun con- » naisse ses devoirs »!. Ainsi ses subordonnés n'ont que faire de recherches spéculatives ; quand ils l’ont entendu, ils n’ont plus qu'à agir en conformité avec ses leçons, qui sont en mème temps des nue C'est un docteur, mais qui passe sans arrêt de la théorie à la pratique ; c’est avant tout un conducteur d'hommes. Ce qu'il enseigne tout d’abord c’est le respect des lois et l’obéissance au roi : si quelqu'un fait le mal sans le savoir, 1l «instruit son » ignorance », d'autant plus sévère ensuite dans sa répression contre les crimes volontaires ?. Il reçoit sa direction du roi et il la transmet aux sujets; si on la suit, il se montre obligeant, « chaud » pour répondre à qui agit selon ses conseils; si l’on regimbe, il » brise la résistance ; il exige qu’on obéisse : donnant la direction » aux hommes pour leurs actions, toutes ses paroles s’accomplis- » sent comme ce qui sort de la bouche d’un dieu »*. Amonhotpou-Houï aussi est un sage et un savant ; il parle au nom du roi: « on le salue comme la bouche qui fait les lois du Pharaon » et « sa bouche prononce les paroles qui mènent les humains ». Quand il eut créé une armée et une flotte, «il guida leur conduite, » en sorte qu'ils obéissent à sa première parole » ; mais lui-même épie et suit aveuglement les volontés du roi qui le mènent à des actes glorieux”. En un sens plus terre-à-terre, guider les hommes ce sera leur donner les ordres nécessaires pour exécuter de grandes œuvres, où leur mérite se restreindra à la besogne matérielle : ainsi Thoti, trésorier et directeur des constructions, « ins-

truit les ouvriers au travail » ; il est « une bouche supérieure

qui donne des exemples à suivre ; il guide les ouvriers, pour

1 Stèle d’Antef (Louvre C 26,1. 9 et 6).

2 Sbaï-n-a khemt-f : Rekhmarà, vestibule, mur S.-0., 1. 33 (NewBerny, Life of 2. pl. vin, p. 19). Ê

8 Jbid., 1. 22, 14, 7-8.

4 Statue d'Amonhotpou (MariertE, Xarnak, pl. 36- 31) 1. 8, 17, 18, 34-38.

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