‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 244 sur 433 · ÉQUITÉ DU MAGISTRAT · texte numérisé non relu

ÉQUITÉ DU MAGISTRAT

faits sur lesquels on lui a fait requête » ! ; il « fait prospérer le » suppliant » * et « point ne pleura qui lui avait fait requête » ? S'il lui arrivait de faire acception de personnes, ce ne serait que pour montrer plus de bonté à celui que le manque de ressources personnelles et de crédit rend plus timide. Mais « il ne distingue » pas le pauvre du riche » ‘, les petites gens des puissants; il «rend » la justice sans distinction du maître et de son esclave, de la » servante et de sa maîtresse » * ; il ne voit que la cause. Il « juge » le pauvre en même temps que le puissant »°, c’est-à-dire il les met sur le même pied, sans passe-droit ni préférence ; » rebute” ni petit ni grand ; et le mal fait au pauvre, au vieillard, » à l’affligé, Horus le retournait à son auteur ».

il «

Ce ne sont pas là seulement utopies de moralistes et beaux compliments de style funéraire. La littérature romanesque parle le même langage. Quand le paysan, à qui l’on a volé son âne, aborde le grand intendant Mirouitensi, il fait appel à sa justice précisément dans les mêmes termes qu’emploient les panégyriques posthumes :

« Toi, tu es le père du misérable, le mari de la veuve, le frère de la jeune femme, le vêtement de qui n’a plus de mère : accorde que j'aie lieu de proclamer ton nom comme une loi dans le pays. Bon seigneur, guide sans caprice, grand sans petitesse, toi qui anéantis la fausseté et fais être la vérité ; viens à la parole de ma bouche. Je parle, écoute et fais justice. O généreux, le généreux des généreux! détruis ce qui cause ma » douleur ; me voici, relève-moi, juge-moi, car me voici suppliant devant toi ?. »

CRC

L’éloge est très beau. Il est vrai que la réalité n’y répond pas toujours, nous avons vu dans un autre chapitre des exemples de dénis de justice ; nous avons signalé diverses influences corruptrices, l'indifférence, la vénalité, les rivalités des juges. Pour le

1 Zbid., paroi m-N (VIREY, pe 14 et 170).

2 Stèle d'Harméhhäti, x d. (Marmerre, M. D., pl. 40, p. 11).

3 Rekhmarû (Virey, pl. m1, p. 13 et 107).

4 « Je n'ai pas fait plus de cas du grand que du petit. » Amoni à Bénihassan (L. D., 122 ; Brucsca, Dict. 1549).

5 Ar mé. an ten-nef neb r hon-f, bakit r honit-s. Sarcophage de Kemnefhorbéka, xxxe d. (Preuz, Z. H., pl. 88 4 p. 74).

6 Ap mar henä ousor, Rekhmarà, paroi A8 (Viney, M.M.C., NV, pl. 1m, p. 13 et 26-27 ; Newserry, pl, 1v) et paroi m-N (p. 14 et 171).

7 Rekhmarà, paroi n-1 (p. 13 et 165).

8 La divinité réparatrice, incarnée dans le roi, suppléé lui-même par le gouverneur,

9 Histoire d'un paysan (Masrero, Contes, p. 46).

paysan du conte, le droit a beau être patent, l'affaire traine en longueur : il faut respecter avant tout la foôrme administrative. Le bonhomme réitère ses suppliques ; son éloquence tombe dans la prolixité ; mais elle montre bien tout ce que les petits attendent des grands, et qu'ils obtiennent quelquefois, assez souvent du moins pour que leur attente ne tourne pas au désespoir. En somme si Mirouitensi ne se hâte pas de donner satisfaction au paysan, il ne le rudoie ni ne le berne comme ses clercs ; il accueille bien, l'écoute dès qu'il a le temps, rapporte son affaire au roi, soigne sa famille.

N'est-ce pas déjà méritoire de laisser parler ce plaideur intarissable ? Pour sa part, le sage Ptah-hotpou l’estimait. Il comprenait l’'agacement de l'auditeur ; mais il recommandait au juge la patience pendant l’interrogatoire et les exposés prolixes :

« Situes en qualité d’arbitre, écoute le discours du requérant. Ne le malmène pas; » cela le découragerait. Ne lui dis pas: « Tu as (déjà) raconté cela ». L’indulgence » l’encouragera à faire ce pourquoi il est venu. Quant à maltraiter le plaignant, parce » qu'il raconte ce qui se passait au moment où fut fait ce tort, au lieu de se plaindre » du tort lui-même, que cela ne soit pas ! Le moyen d'obtenir une explication sincère, » c’est d'écouter avec bienveillance 1. »

Du même papyrus que les suppliques du paysan, sinon du même conte, sont ces conseils ou ces requêtes à un grand pour sa conduite envers un petit :

« Qu'il ne garde pas le silence; fais qu’il parle. — Qu'il ne soit pas couché ; fais qu’il » se lève. — Qu'il ne soit pas dépouillé; munis-le. — Qu'il ne soit pas clos de bouche; » ouvre-la 2. »

Sous une forme plus sèche, ces sentences procèdent du même esprit que les conseils de Ptah-hoptou et comme lui font appel à une condescendance bienveillante.

Dans le commandement, comme dans son rôle de magistrat judiciaire, le grand doit rester maître de lui-même. Sans faiblesse comme sans colère, 1l se souvient des enseignements de la sagesse, et sacrifie son bon plaisir au souci de la justice.

1 Prax-Horrou, Préceptes, $ xv1 (Pap, Prisse, 1x, 3-7). Cf. Antef, 1. 46 « il ne se rebute » pas devant un discoureur, il se presse pour faire justice. » 2? Pap. Berlin n°2, ve, I. 29; ne 4,1. 61 (Cnapas, Mél., II. 178),

Page 1