‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 246 sur 433 · PATIENCE. MODÉRATION · texte numérisé non relu

PATIENCE. MODÉRATION

€ A la tête, sache ne pas te faire avantage d'être parvenu au premier rang ; n’endurcis » pas ton cœur, à cause de ton élévation et parce que tu disposes des dons de Dieu ; » ne dédaigne pas autrui, ton semblable ; sois pour lui un compagnon 2. »

Qui commande évite les airs hautains et « une attitude al- » ère »°. Mais il évite également de tomber dans l'indulgence excessive el la faiblesse : appuyé sur sa connaissance du juste et du bien, il est, comme le sage stoïcien d’'Horace, ferme en ses résolutions, éenax propositi, «il ne dévie point de sa direction et » aucune rencontre ne Jui fait intertompre sa route ». Père, «il » frappe sur la bouche » l'enfant indocile ; maitre, il « donne » l’ordre sans ménagement à ceux qui font mal »‘ ; magistrat, nous l’avons vu, il châtie impitoyablement.

Entre tous ces divers excès, le grand, vraiment conscient de ses devoirs, choisit l'attitude, le ton, le sentiment qui conviennent le mieux. La nature ne permet à personne l’impassibilité complète : du moins il se contient, bride la passion, affecte le calme et la modération. Il « vise au juste milieu comme les pilotes » ©. Il se souvient des conseils du sage :

« Si tu es puissant, donne ton respect à la science et à la parole sereine. Ne commande » que pour diriger, être absolu c’est aller au mal. Que tes pensées ne soient pas hau- » taines, qu’elles ne soient pas humbles! Fais entendre tes ordres et fais pénétrer tes

» réponses ; mais parle sans chaleur ; fais-toi un visage sévère. Quant à la vivacité d’un » cœur ardent, tempère-la ; l'homme doux pénètre les obstacles 6. »,

$ 8. — Devoirs du fort.

L'amour et la douceur ne se confondent pas avec la faiblesse désarmée. Pour faire triompher le bien et le droit, la raison ne suffit pas toujours. Un gouverneur peut se vanter sans cynisme d’avoir « administré avec force (ouser) »’7. Les grands ne sont

4 La traduction de Virey (p. 82) « Tu n’es devenu que l’intendant des dons de Dieu », force peut-être le texte dans un sens trop mystiquement charitable et qui rompt le parallélisme.

2 Prag-norpou, $ 30 (Pap. Prisse, x, 7-9).

3 Pap. dém., Louvre 2,414, $ 25. — Pap. Prisse, v, 8, $ 2.

4 Prag-norrou, $ 12 (Pap. Prisse, vu, 12 à vin, 2).

5 Littéralement : au plein, à la pleine eau, au chenal profond du thalweg.

6 Pran-aorpou, $ 25 (Pap. Prisse, x1, 12 à xn, 5).

7 Amonemhäâit, xvaue d, (PrenL, Æ#, Z., 1883, p. 132). — Cf. supra, p. 155).

pas en vain les dépositaires de la puissance matérielle. Leur rôle les jette en pleine action et non pas seulement dans les méditations et les théories pacifiques.

La force fait respecter la loi ; elle garantit la paix et la sécurité de tous. Sans elle, pas de bonne police’. Elle seule applique les sanctions de la justice, et par la crainte prévient les infractions. Elle produit la confiance, et la population, sûre du lendemain, peut non seulement vaquer à ses occupations quotidiennes, mais concevoir de longs espoirs, semer sans appréhension la moisson des prospérités futures, etemmagasiner pour l'avenir d'abondantes réserves.

Le soin de la police revient tout particulièrement au commandant supérieur des mercenaires Mazaïou*, qui forment une sorte de gendarmerie. Il est chargé de rechercher les voleurs et les brigands et de prêter main-forte aux magistrats lors des arrestations. Un papyrus du Louvre 3169 contient un ordre d’un gouverneur de province au chef des Mazaïou Ounn d’avoir à concentrer rapidement ses hommes et de surveiller la direction prise par les Machaouacha*. Le papyrus Abbott nous en montre un autre particulièrement préposé à la garde de la nécropole thébaine : il a fait au gouverneur, aux magistrats et aux contrôleurs royaux un rapport sur les déprédations commises dans les sépultures royales et quelques autres, et, après inspection, il dresse une liste des voleurs qui sont aussitôt saisis et jugés. La police réprime et prévient aussi les désordres en toute occasion. Toute agglomération d'habitants est sous sa surveillance permanente ; tout concours de peuple, tout rassemblement insolite de la foule pour une fête ou toute autre cause appelle son intervention. IL faut empêcher les bousculades et mettre à l'abri curieux ou dévots contre les agressions des pickpoketsé gyptiens dont à peur la Syracusaine Praxinoé

1 Sur la police royale et ses bienfaits, voir supra, ch. iu, $ 2, le roi protecteur de l'Egypte (p. 126-128, 136-137), ch. vi, le roi gardien de la vie (p. 241-251) et particulièrement le tableau de la paix dans la stèle d'Israël (p. 243-244). — Cf. Brucscu, Ægypt., 243-247 et 299-301 ; ErMaAN, Ægypten, 189-215.

? Hu her Mazaïou.

3 Maspero, Pap. du Louvre, p. 111.

# Pap. Abbott, p. 1, 1.7-8 et p. 1v, 1. 5-10.

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