L'ÉLECTION EN ÉTHIOPIE
cissait les rangs, et amenait des avènements inattendus. Mais la mort n'était que la servante de la divinité qui frayait les voies à son élu.
De là ces protestations qui font partie des prénoms de tant de rois, à partir de la x1x° dynastie, se disant élus de tel ou tel dieu. Harmhabi et Ramsès IT se nommaient « Élu de Rà, Sotpenri », ainsi qu'un certain nombre de leurs successeurs !. D’autres se réclamaient du choix de Ptah?, de celui d’'Amon*, de Khnoum‘ ou d’Anhour”. Quant aux Ptolémées, dans leurs longues légendes figure toujours le nom d’ « Élu de Ptah », «de Râ» ou « d'Amon ».
Ramsès IT, second roi d’une dynastie nouvelle (la xx°), insiste dansses inscriptions officielles sur la grâce de cette élection divine : « C’est Amon-Rà qui l’a élu roi. Le fils de Rà..., choisi parmi les » héritiers, les monarques, désigné dès l’enfance pour être roi.., » dit : « … Apprenez la vaillance de mon père auguste Amon... » moi qu'il à choisi, qu'il a trouvé parmi des centaines de mille, » il m'a installé sur le trône en paix”. »
Ce choix du dieu suprème était notifié aux dieux par un décret sorti de la bouche de Rà et transcrit par Thot. Les hommes le connaissaient par certaines allusions dans les textes gravés sur les murs des temples, voire même un libellé complet comme le développement poétique connu sous le nom de Vécret de Piah à Ibsamboul et Médinet-Habou. Mais d’autres signes le leur révélaient d’abord.
Quand, après la première conquête perse, l'orthodoxie politique
4 Amonmossou et Ménéphtah II, de la même dynastie, Ramsès IV, Ramsès VII, Ramsès X, Ramsès XI, de la suivante, Chachonqou I et Osorkon Ier, de la xxrre.
2 Ramsès XII de la xx° et Khabicha de la xxire.
3 Ramsès IV de la xx, puis Siamon, Psioukhanou, Amonemopi, les Tanites de la xxre en concurrence avec les Thébains premiers prophètes d’Amon, et Pinozmou II l'un des ces derniers ; à la xx, Takelot I et ses cinq successeurs immédiats; Osorkon III de la xx; enfin Alexandre-le-Grand.
4 Hakori de la xxrxe.
5 Nectanébo I, de la xxxe.
6 Médinet-Habou, /nscer. de Mésori, an XI (Dümicen, Z2.,1, xvur, 1. 27 ; Daressy, 82).
7 Médinet-Habou, 2e pyl. N., face E., 1. 14-15 (Greene, fouilles 1855 ; ve RouGé, Athenœum Franc., 1855, p. 6; Cnapas, Æt., p. 248-249 ; Daressy, p. 94).
8 Thot dit à Séti Ier : « Rà a décrété de sa bouche et ma Majesté a mis par écrit l'éta- » blissement du fils sur le trône paternel de roi des nations du Midi et du Nord, sans égal » de lui. » (Marierre, Abydos, 1, 22 ; Gnévaur, A. à Amon-Rà ; p. 219). Voir énfra sur testament de Rà, p. #4, n.3.
et religieuse de l'Égypte se fut réfugiée en Éthiopie, il s’y établit une théocratie plus absolue peut-être encore que celle de la xxr° dynastie à Thèbes. Le roi ne fut qu'un instrument dans la main des prêtres. Son élection divine fut signifiée aux yeux par les cérémonies et le rituel de son avènement. Le roi était désigné à l’obéissance et à l’adoration de ses sujets par un geste de la statue d’'Amon. « Il est aussitôt proclamé roi par le peuple qui » l’adore et le vénère comme un dieu, comme s’il tenait sa souve- » raineté d’une providence divine !. » Ce témoignage de Diodore, avec lequel concorde dans ses grandes lignes celui du pamphlet de Synésios Sur l’Egyptien*, a été confirmé par la découverte des stèles de Gebel-Barkal, dont l’une raconte, avec des détails plus circonstanciés, mais au fond analogues, l’intronisation d’Aspalout. C’est d’abord l’anxiété du peuple, de lParmée et des granüs qui attendent le bon vouloir d’Amon. L'armée dit : « Notre maitre est avec nous sans que nous le connaissions ‘en- » core... Mais il y a ce dieu Amon-Râ de la Montagne-Sainte qui » est le dieu de l'Éthiopie ! Allons, marchons vers lui, ne parlons » pas en ignorance de lui, car elle n’est pas bonne la parole qu'on » prononce en ignorance de lui. Posons le cas à ce dieu, qui est » le dieu du royaume d’Éthiopie, depuis le temps de Râ. Il nous » guidera, car les rois d'Éthiopie sont de ses mains, et il donne le » pays à son fils qui l'aime. » Puis c’est le défilé des prétendants devant la statue et la manifestation du dieu qui embrasse Aspalout et s'écrie : « C'est lui votre roi! c’est lui votre maître qui vous » fait vivre ! » Enfin se succèdent les acclamations des chefs, le couronnement du nouveau roi et les fètes populaires ?.
1 Dropore, II, 5 ; cf. Marierte, 4 pages de l’hist. d'Ethiopie, p.13. :
2 Synésios, Œuvres, trad. Druon, 1878, p. 224-945. L'évéque de Ptolémaïs en Cyrénaïque transporte en Egypte même les cérémonies de l'élection et à Thèbes la Montagne-Sainte de Napata. Il attribue au peuple, présidé par le roi, l'élection du nouveau souverain. Mais « on croit que la divinité est présente et concourt à l'élection »; le vote plural des prêtres égale leur influence à celle des guerriers; en cas de ballottage les dieux interviennent directement. « C’est aux dieux qu'on s'adresse; on les invoque sans relâche dans un » religieux recueillement, jusqu’à ce qu'ils se manifestent sans voiles, et viennent, non » plus par signes, exprimer leur volonté : le peuple entend ainsi de ses propres oreilles » les dieux décider qui sera roi. » (Maspero, Siatues prophétiques, B. Eg., 1, 86-89).
3 Stèle de l’intronisation, époq. pers. (Mariette, M. D., p. 2, pl. 9 ; Maspero, Rev. Arch., 1873, XXV, p. 300, sq. ; Guide, p. 68, 69; Scxærer, Urkunden, III, 81-100).