‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 257 sur 433 · MESURES ADMINISTRATIVES · texte numérisé non relu

MESURES ADMINISTRATIVES

€ Il dit : «Je viens de mon pays, je descends de mon nome, ayant fait ce qui plaît aux » hommes, ce qui est agréable aux dieux. J'ai donné des pains aux affamés, des vête- » ments à ceux qui étaient nus. » — Dieu a été content de ses désirs 1. »

Ce n’est point là une formule en l'air ; il ne s’agit pas non plus de quelque aumône jetée en passant. Car si Antouf reste dans le vague d’une brève assertion, d’autres entrent dans des détails plus précis, et citent des faits ou même des chiffres. Le prince d’Edfou, Har-méh-hâti, prophète d'Hor, marque bien que l’abondance de tous est le résultat normal de sa bonne administration : « il » procurait la vie à tout le monde chaque année » ?. Quand tel ou tel prince ou gouverneur répète qu'il a « fait vivre les affamés de » son nome » *, il s’agit bien d’abord de soins administratifs et

non pas seulement d'œuvre charitable.

Veut-on savoir ce qui se passait dans des circonstances extraordinaires ? Lorsque l'inondation avait manqué, que les semences n'avaient pu être faites en temps voulu, ou que pour toute autre cause la sécheresse et la famine menaçaient le pays, les petits vontils pâtir “? L’Ami unique Atéfi, chef du bourg d’Aamaatour, le prince de Béni-Hassan Amoni, ou le prince de Siout Khiti, nous renseignent, d'une manière très précieuse pour l’histoire des mœurs, sur les mesures qu'ils ont prises. C’est par son activité, sa modération dans l'exercice de ses droits, sa protection aux travailleurs des champs , qu'Amoni combat le fléau, et aussi par sa prévoyance, ses approvisionnements à la manière du biblique Joseph, ses distributions en temps voulu et ses largesses universelles :

« J'ai travaillé le nome de la Chèvre tout entier par mes courses multipliées. Il ny » a pas eu de misérable en mon temps ; il n’y a pas eu d’affamé à mon époque. Car, » s’il se produisait des années de disette, je labourais toutes les terres labourables du » nome de la Chèvre jusqu’à sa frontière du nord au sud. J'en fis vivre les vassaux, » faisant pour lui des provisions, si bien qu'il n'y eut aucun affamé en lui 6. »

1 Stèle d’Antef, fils de Bouta (R. Tr., XI, 85).

2 Stèle d'Harmehhäâti à Edfou, xue d. (Mariette, M. D., pl. 40 ; p. 11) sam änkh n her neb r tennu ronpit.

8 Sänkh hager n hospit-f : Ouahabrà (2. Tr. XVIII, 115), — Cf. Zaho, prince de Tanis (Mariette, M. D., 107 3 8; Daressy, 2. Tr., XV, 150 : infra, p. 509).

4 Un anonyme « bon chef de sa ville » rappelle qu’il a sauvé ou nourri, « sa ville une » année de disette, par amour, car il fut bon » (MarwrTTe, Abydos, III, n° 544).

5 Cf. supra,.ch. x1, p. 464, n. 1-3; xu1, p. 494, n. 5.

6 Hypogée d'Amoni (L. D., II, 122; À. Tr., I, 170-174).

Atéfi a mis ses étables à la disposition du public ; de plus, lointain précurseur de Turgot, il a cherché le remède dans le commerce et la libre circulation des grains à l’intérieur du pays :

« J'ai fait vivre Aamaatour pendant les trois années désastreuses où il y eut quatre » cents hommes dans la misère. J'ai entretenu dix chèvres pour nourrir trois enfants » pendant toute l’année ; il y avait aussi des antilopes et des ânesses ; il y avait toute » espèce de bétail. Je construisis trente chalands et trente autres bateaux ; et je ramas- » sai les blés de la ville d'Ani pour cultiver et pour qu'ensuite Aamaatour en fût nourri.

» Jamais Aamaatour n'avait été disposé à descendre ou à remonter vers un autre » port !. »

Lui aussi, Khiti a fait des distributions de blé et de l'élevage ; il a établi une culture modèle et des dépôts publics d’étalons :

« J'ai été le riche en blé du nord, car la terre était bien entretenue 2. Je faisais vivre » la ville avec des mesures de blé, car j'ai accordé qu’en emportassent leur blé le vassal » et sa femme, la veuve et son fils, et j'ai remis toutes leurs redevances que j'avais trou- » vées établies par mes pères. Je remplis mes vergers de taureaux étalons, et chaque » individu du pays... devint riche en taureaux, et ses vaches mirent bas chacune deux » veaux, si bien que les maisons furent remplies de veaux nouveau-nés. Et je donnai

» gracieusement des vaches laitières, en disant: « C’est pour soulager mon peuple que » je suis riche en taureaux, en vaches, en bœufs,... en prospérité 8. »

Son exemple était bon ; son fils Téfabi le suivit ; 1l fut « le géné- » reux qui donnait à tout le monde » *, aussi recueillit-il la même gratitude et les éloges qu’on a vus plus haut.

Le devoir du chef de province ou de ville était donc bien tracé au temps du premier empire Thébain : il devait faire vivre tous ses vassaux ou subordonnés. La tradition ne se perdit pas. Dans la tombe de Baba-Abina à EI-Kab, datant des années qui ont précédé Immédiatement la restauration d’une dynastie égyptienne sur tout le pays, nous lisons l’autobiographie de Baba. Père d’une très nombreuse famille, 11 l’a élevée avec amour et prévoyance et ne l’a laissée manquer de rien; c’était son premier devoir. Mais dans les années mauvaises, il à étendu ses largesses à tous ses compatriotes :

1 Stèle d'Atéfi : Mus. Caire, n° 29,247 (Daressv, À. Tr., 4892, xIV, p. 21).

2 Littéralement « en ordre ».

3 Tombe V de Siout, Khiti ler, 1. 1-6 (ne Roucé, Z. Æ., 288; MarieTtE, M. D., pl. 68 np, p. 21: GrirriTa, Siué, pl. xv; supra, p. 473).

# Tomb. de Téfabi, 1. 3 (pe Roucé, Z. Æ., 292; ManerTe, M. D., pl. 69, p. 22; Grirriru S'iut, pl. 11; supra, p. 478). | É

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