‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 261 sur 433 · DEVOIRS FUNÈBRES · texte numérisé non relu

DEVOIRS FUNÈBRES

plus forte raison le respect de leurs tombes ; et, comme les détrousseurs de cimetières pullulaient à certaines époques et n’épargnaient même pas les tombes royales, malgré les châtiments sévères qui les menaçaient', ils lançaient contre tout violateur les plus terribles anathèmes ?.

À vrai dire, les devoirs funèbres s’exerçaient tout d’abord envers qui vous était uni par des liens de famille ou de clientèle. Le plus proche parent du défunt, fils, père, sœur se chargeait de « faire vivre son nom » *; il parachevait la tombe, faisait sculpter la stèle, ordonnait le service de ia table d’offrandes. Lors des funérailles, c'était lui qui conduisait le deuil ; tous les parents et amis en deuil suivaient en manifestant leur peine. Au besoin, sans doute, un figurant jouait le rôle de si mer-ef « fils qui aime », et des pleureuses à gage hurlaient pour la famille ; mais le principe était sauf. Dans le Conte des deux frères, lorsqu'Anoupou apprit la mort de son cadet, il « retourna à la maison la main sur » la tête, barbouillé de poussière » *. A défaut des textes écrits, les peintures des stèles, des mastabas et des syringes, ainsi que les vignettes des papyrus commentent à l'infini les détails du convoi et des cérémonies funéraires ?. On v voit particulièrement les serviteurs en longues théories apportant toutes les provisions pour la vie d’outre-tombe et les déposant devant le maître en lui rendant hommage. Sans doute, le maître assure par là son bonheur posthume, mais ce n’est pas en égoïste. Beaucoup de ces serviteurs ont leur nom inscrit près de leur image : est-ce pour salisfaire une vaine curiosité? Non : il y a là un acte de protection et

1 Voir les Pap. Amhurst, Abbott, Mayor, Harris, 498, 499 (supra, p. 288-289, 306 sqq.).

2 Voir l’Inscr. d'Amonhotpou-Houi au temple de Kak (Caasas, Mélanges, II, 333-334).

3 Si mer-f (ou : son, ou sontt) sänkh ran-f : passim.

4 Les deux frères (Contes, p. 16).

5 La famille et la momie à la porte du tombeau, le geste d’Anoupou, voir entre autres: Tombeau de Roï, xixe d. (Rosezzunr, Mon. civ., pl. 199; CuampozzioN, pl. 178; WILKINSON, Manners, 2 éd., III, pl. 68; Maspero, À. Or., 1, p. 180); un autre tombeau thébain (Rosezunr, M. civ., pl. 132; Masrero, A. Or., II, 517). — Sœur dans le jardin funéraire : Stèle au Caire (MarreTre, Voice, p. 137; Album, p. 14; Maspero, RÀ. Tr., II, p. 106-107 ; H. Or., 11, 516; PError-Cuiprez, Hist. de l'Art, 1, 307). — Convoi sur le Nil : Tombe de Nofir-hotpou (Waizxinson, 0p. cit, pl. 77; Rosezunr, pl. 130-131; CHAMmPoLLION, Mon., pl. 432, 133, 137, et t. I, p. 547-548; Dümicuen, Ælotte, pl. 30; Masperno, H. Or., II, 544-515); Tombeau d'Harmhabi (Wizinson. pl. 66; BourranT, M. M. C., V, pl. 5.

de bienfaisance ; le maitre « fait vivre le nom » de ses serviteurs, comme son propre fils fait vivre le sien d’une façon plus luxueuse. C’est bien là l'intention que manifestait Khnoumhotpou en tête de son panégyrique et comme explication générale des tableaux de son hypogée :

« Il a fait exécuter ceci... rendant son nom florissant à toujours et se figurant lui- » même à jamais, en sa syringe, rendant le nom de ses familiers florissant, et figurant,

chacun selon son emploi, les ouvriers et les gens de maison ; il a réparti entre ses serfs tous les métiers, et il a montré tous ses subordonnés tels qu’ils sont 1. »

Le roi dans sa pyramide continue son rôle vis-à-vis de ses coursans réunis alentour dans leurs monuments : de même le grand dans sa tombe, comme dans sa maison terrestre, veut faire vivre ses serviteurs de tous les bienfaits d'une existence prolongée selon le mode osirien.

! Tomb. de Béni-Hassan (L. D., II, 124; Masrero, À. Tr., L, 161).

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