CHAPITRE XIII
$ 4. LA HIÉRARCHIE ET LES SUBALTERNES : MOBILITÉ DES RANGS SOCIAUX, GRADES INFÉ- RIEURS. — $ 2. L'ESPRIT HIÉRARCHIQUE ET LES QUALITÉS APPRÉCIÉES CHEZ LES SUBALTERNES.
Entre le roi et l’esclave s’étage une hiérarchie de dignités aux multiples échelons. Il n'entre point dans le plan de cette étude de les étudier en détail. Les Égyptiens avaient, pour s’y reconnaître, des manuels comme celui du papyrus Hood-Wilbour‘ qui énumère, dans l’ordre de préséance et par groupes, tous les êtres depuis le ciel jusqu'à la boue, depuis le dieu et le roi jusqu'aux serfs du domaine royal et aux ouvriers des temples. Nous examinerons seulement la nature et l’esprit de cette hiérarchie.
$ 1°. — La hiérarchie et les subalternes.
Les grands et les fonctionnaires, les hommes libres de toutes conditions, les agriculteurs et les ouvriers, les riches et les pauvres, vivant sous une domination commune, se superposent les uns aux autres. Non point qu'ils soient fixés pour jamais à leur place et à leur rang. Point de classes impénétrables, point de caste fermée, point de richesse immuable ! Les échelons de la hiérarchie sont des échelons mouvants.
Du hasard, de la faveur, de la richesse, du mérite aussi, non
4 Amonemarir, /nstructions (Masrero, Et. Eq., IX, 1-66).
moins que de la naissance, dépend le sort des individus. On passera, si le roi le veut et si l’on aide le ciel, d’une condition à une autre, d’un rang à un plus élevé, d’une fonction à une autre tout opposée.
S'il y a une aristocratie (et elle existe), c'est une aristocratie ouverte. L’hérédité joue un rôle dans la société; mais elle n’enchaine pas l'individu, ni ne lui garantit absolument les avantages acquis. Le noble instruit ses enfants qui, vraisemblablement, occuperont sa place, mais non sûrement, car, ajoute Kaqimna, « on ne connaît pas les devenirs que fait Dieu »'. Les maisons montent et descendent : une famille de noblesse provinciale finira par tenir le sceptre de la double Égypte, et l’on verra des descendants des pharaons supplantés par les descendants d’un barbare *:
La fortune est instable : « On ne sait pas les événements qu'on » peut voir demain »*. Malgré l'absence de monnaie et de spéculation, la richesse s’épanouit tout à coup et s’évanouit encore plus vite :
« On sait, disait le sage Ani, qu'éternellement l’homme qui n’est pas devient ; l’un est
» riche, l'autre mendiant... et tel est riche pendant une ou deux saisons qui devient » palefrenier la saison suivante #. »
Un papyrus de l’époque de Ramessides envisage froidement l'hypothèse où « celui qui n’a rien devienne maître de richesse » et le cas plus invraisemblable où « des rois seraient soumis à des » travaux vulgaires » *.
D’humbles emplois on peut s'élever aux plus häuts. Parfois, il est vrai, c’est pour les initier aux affaires que tels grands personnages font débuter leurs fils par dés emplois très modestes. La naissance ne dispense pas d'apprentissage ; elle aidera seulement, avec la protection, à franchir rapidement les degrés intermédiaires. Quand donc des enfants de fonctionnaires haut placés semblent ainsi descendre, c'est avec l'ambition et l'espoir de
1 Kaoïmna, Leçons (Pap. Prisse, pl. 11, 1. 2). — Cf. Pran-morrou, $ 40 (ibid., vn, 1. 8-9) et $ 22 (xi, I. 2).
? Sur l’origine babylonnienne ou libyenne des Bubastites, cf. Maspero, A. Or., IL, 768-769.
8 Pran-norpou, Préceptes, $ 22 : (Pap. Prisse, xt, 2). :
# Anr, Maximes, $ 41 (Pap. de Boulaq IV, xxt, 4-6).
5 Pap. de Leyde I, 344, p. van, 1. 4 et 1. 10-12 (Leemaxs, pl. 108; CHapas, B. Eg., X, 140).