‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 264 sur 433 · LE TITRE DE SCRIBE · texte numérisé non relu

LE TITRE DE SCRIBE

hautes positions pour l’habile homme qui, unissant la science et l'expérience, donnera des preuves de ses capacités. Ainsi l’instruction conduil-elle à tout: par elle les vieilles familles se maintiennent, car « c’est la doctrine d'autrefois qui fait le mérite des » enfants des grands »'; et par elle aussi un enfant du peuple, un petit, peut-il espérer qu’un jour il marchera de pair avec les grands *.

Sur ce premier fondement, avec de l'intelligence et de l’activité, de linitiative ou de la docilité selon les circonstances, le jeune égyptien édifiera sa fortune. Une fois formé à l’école des seribes, la mémoire exercée et l'esprit ouvert, il acquerra vite les connaissances nécessaires à chaque profession et portera dans toutes celles qu'il exercera, l’ordre, la ponctualité, le zèle qu'il aura déployé dans l’une. Les qualités de son esprit et de son caractère le serviront mieux que des notions spéciales. Les bonnes occasions, les relations personnelles, peut-être la faveur et l’intrigue feront le reste.

D’autres demeureront toute leur vie dans les emplois subalternes. Des grands aux petits on passe insensiblement. Entre eux s’échelonne une foule d’intermédiaires. Tout ce monde a reçu les leçons des sages et revit dans les correspondances des scribes. Que nous en possédions les originaux, les minutes enregistrées dans un copie-lettres, ou des recueils de morceaux choisis, elles reflètent encore la vie dans les diverses administrations publiques ou privées.

Toute la vie sociale en Égypte, est, en effet, organisée administrativement. Armée, religion, travaux publics, justice, finances, agriculture dépendent du palais royal ou de la « double maison » grande » par une série de ministères, d'hôtels (pir) et de bureaux (as) subordonnés les uns aux autres. L'intendant militaire, le capitaine de recrutement, ont autant d'importance que le

41 Pran-norpou, Préceptes, $ 4 (Pap. Prisse, pl. v, L 5).

2 Tel ce disciple à qui son maître dit : « Tu es un enfant de manouvrier (samdot); tu » n’es pas un chef; je t'ai amené d’un autre lieu pour te mettre à mon service. » (Pap. Anastasi V, xxvi, 6; Cnapas, Wél., AV, 156).

chef de troupes qui fait campagne. Le prophète est avant tout un régisseur des biens divins, veillant à la régularité des services du temple. Une ferme est moins une terre à cultiver qu'un service administratif : son nom à pour déterminatif la maison et non le champ; et en effet, c’est un bureau de direction où l'on donne des ordres au personnel, où l’on suppute toutes les entrées et sorties, où l’on tient note de la quotité des récoltes, des provisions emmagasinées et des dépenses d'entretien, et d’où l'on envoie à qui de droit des rapports que contrôlent des inspecteurs. Les maisons privées ne diffèrent point sous le rapport des services. Dans tous ces postes pullulent des fonctionnaires de tout grade.

Tout Égyptien est donc ou désire être fonctionnaire. Comme le titre de scribe ouvre l'accès à toutes les fonctions et les ouvre seul, tout jeune Égyptien aspire à ce titre ; quiconque le possède méprise qui ne l’a pas. Et en effet, qui ne l’a pas ne compte pas dans la société : « le scribe prime tout », comme on aime à le répéter. Entre le lettré et l'illettré, il y a une différence plus profonde qu'entre l’'hommelibre et l’esclave. Peut-être est-ce la seule vraiment sensible ; l’homme libre qui n’est pas fonctionnaire, travaille des mains comme l’esclave, et l'esclave vit comme le travailleur libre, tous deux jouissant à peu près des mêmes droits.

Le travail des ouvriers, qu'ils fussent libres ou non, citadins ou ruraux, élait surveillé de près par un grand nombre d'employés, auxquels la correspondance des scribes recommande l’activité et l'exactitude. Les surveillants étaient eux-mêmes hiérarchisés, maîtres et contremaîitres, chefs et sous-chefs de divers grades.

Les titres de ces chefs ne donnent pas toujours une idée juste de leur condition sociale. Aujourd'hui, nous connaissons des chefs de division aux ministères, des chefs d’escadron, et des chefs de cuisine. En Égypte, un mir pouvait être un grand seigneur, un parent du roi, ministre ou général; ce pouvait aussi n'être qu’un esclave, chargé de surveiller un petit groupe de compagnons.

Dans tous les métiers ou toutes les administrations, on peut distinguer la foule des travailleurs, les scribes qui tiennent les écri-

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