HIÉRARCHIE RURALE
tures et les chefs qui dirigent le travail. Ceux-ci d’ailleurs ne portent pas partout les mêmes noms et se groupent différemment selon les professions. Il y a lieu en particulier d'étudier à part, à ce point de vue, indépendamment de l’armée !, la ferme et l'atelier ou le chantier.
À la tête d’une exploitation agricole (aouhit), d’un domaine (häit) royal ou seigneurial. est un kig ou chef de domaine. Hâtons-nous de remarquer que ce mot a été pris dans des sens plus relevés, seigneur suprême ou prince, que le dieu Gab (Sib, Terre) a été nommé « kig des dieux », que plusieurs rois, dans leurs cartouches même, se sont intitulés « Lig de Thèbes », ou « hig d'Héliopolis ». Mais le sens qu'il a couramment au temps de l’ancien empire, est celui de fermier, de tenancier d’un fief rural, nommé par le roi et non héréditaire
Le hig nouït est le directeur, l’exploitant, non le propriétaire du domaine. Ainsi Amden (Meten) est 2ig des domaines royaux, dont il jouit, mais qui ne lui appartiennent pas; ses fils y sont nommés employés par rescrits royaux; ces fermes ne lui font pas d’apports funéraires. Au contraire, les Amden-chiril, qu'il tient de son père Anoup-m-ânkh et dont il est propriétaire, lui font apport, ainsi que les douze Amden-chit*. Eux-mêmes les Aigou de chaque domaine viennent rendre hommage à leur seigneur, et guident les subalternes et les ouvriers qui apportent les produits des champs. La scène est représentée et expliquée par le titre : « Amener » ou « enregistrer les chefs des domaines *. »
La surveillance du Aig est effective et redoutée. On se cache de lui pour mal faire et on craint d’être surpris, comme ces deux fellahs du tombeau de Ti, qui, en train de labourer, s'arrêtent et
41 Cf. Brucscx, Ægyptologie, p. 232-262.
2 Cf. Maspero, NVouit et hait : Pr. S.B.A., XII, 226, sq.; Culture : Et. Eg., I, 79; Deux fonctionnaires, I], 162; sqq.
3 Mastaba d'Amden (L. D., II, 6, 7. Cf. Maspero, ƣt. Eg., II, 217 et 239).
4 Ap higou : Mastaba de Snozemab- Méha (L. D., Il, 74 c); — Heseb higou : Mastaba de ? (Masrero, Et. Eg., II, 79 : référence inexacte) ; 2 pit higou nouitou r heseb : Mastaba de Ti (pAoenes Egypte, 1908, p. 150, fig. 3; Enman, Æg., p. 148); — Ant higou nouitou heseb : Mastaba de Sabou (MARïETTE, Mastabas, 145 ; Maspero, B. Eg., NII, 354);
Cf. supra, p. 219, n. 3.
traient une vache ; l'inscription les avertit de se hâter : « Fais, » tandis que vient ce chef de domaine‘. » L’œil du maitre fait peur, comme (ans ces autres scènes où l'on annonce « l’arrivée » du chef Pihiri ». prince et gouverneur d’El-Kab : « Dépéchons! » est-il dit, « le bœuf de tête qui précède les autres! le » chef est là qui regarde?. »
La responsabilité des chefs agricoles les expose même à des châtiments corporels: S'ils jouent du bâton pour activer le travail des serfs et des corvéables, ils ne sont pas à l'abri des coups : à leur tour ils deviennent humbles et tremblants, quand ils viennent rendre des comptes à leurs propriétaires, grands seigneurs ou représentants du roi. Des tableaux dans les mastabas nous font assister à cette scène. Les kigou nouïtou, chefs de domaines ou anciens de village, sont amenés au recensement devant des scribes, jetés à genoux pour faire leurs déclarations, d’autres fois à plat ventre. Autour d’eux se tiennent des chaouiches armés de solides gourdins et prêts à frapper si le contribuable regimbe, s'il dissimule une partie de sa récolte, si le maître ne trouve pas suffisant son apport”.
Au-dessous du hig*, ou peut-être le remplaçant en certains cas, nous rencontrons dans les textes, le « chef de culture » Air ahouît. Il est responsable de tout ce qui se passe sur sa terre. Le
1 Ountou, sir üli-ro-f hig pou : Tombeau de Ti (Maspero, 4. Egq., I, 78-19).
2 Mak, pa ha, dhà her ptarr : Hypogée de Pihiri à El-Kab : {L. D., III, 10; Masrenro, Æ. Z., 1879, 59).
3 Cf. supra, p. 525, n. k.
4 S'il fallait en croire CHaBas, comme les soldats suivent des sergents, et les ouvriers des contre-maïitres, les cultivateurs obéiraient encore à des « chefs de corvée » nommés menh ou menhet. On trouve cette mention parmi les Libyens prisonniers de Ramsès III (Médinet-Habou, 1 pylone, face est : Dümicnen, 77. Z., 26; CnaBas, Æt., p. 242; Danressy, M.-H., 18) mais ce n’est certainement pas un titre militaire. Un scribe, vérifiant le personnel et les produits d’un verger royal sous Séti II, note la présence de 21 agents sous l'autorité d’un supérieur du verger hir kamou; parmi eux il compte 4 menhet (Pap. Anastasi IV, pl. vu, L. 2-3 : Cnapas Mél., IV, 81). Ces menhet participent au travail, n'ont jamais beaucoup d hommes avec eux et mettent la main eux-mêmes à la besogne. En effet Bokniamon, écrivant à son père au sujet de la moisson, escompte par deux fois le travail d’un menhet avec celui des homines : « J'ai trouvé 3 hommes et un menhet, » ensemble # personnes, faisant 800 mesures »; et un peu plus loin, évaluant la tâche d’un homme à 200 mesures, il conclut : «Il te faut 2 hommes et un menhet faisant » 600 mesures. » (Pap. de Bologne 1086 : Cnapas, Mél. III, 233). — Mais Brucscx, observant dans ces textes le voisinage avec des mentions de vieillards et d'enfants et le parallélisme avec les nofritou ou jeunes filles, conclut pour notre mot au sens de « jeunes » gens » (Æ. Z., 4876, 71-77).