TENUE DEVANT UN GRAND
« Le grand en allongeant sa main, fait ce à quoi les hommes ne parviennent pas. » Comme les moyens d'existence sont sous la volonté de Dieu, on ne peut rien contre
» cela 1, »
Il faut donc se soumettre, et, sans maugréer contre la fortune,
€ qui ne vient qu'à sa volonté et n’a de loi que son caprice »,
laisser à Dieu le soin de punir le puissant qui abuse de sa situa-
tion. L'obéissance et le respect envers l’autorité plaisent à Dieu : « Si tu t'abaisses en obéissant à un supérieur, ta conduite est entièrement bonne
» devant Dieu. Sachant qui doit obéir et qui doit commander, n’élève pas ton cœur
» contre celui-ci. Comme tu sais qu’en lui est l'autorité, sois respectueux pour lui, » comme il lui appartient 2. »
D'ailleurs, cette fatalité n’est pas sans compensation. L'autorité qui gêne est protectrice et limite la licence d'autrui :
« Courbe ton dos devant ton supérieur... Il faut réfléchir quand on est entravé par » elle, que la gêne de l’autorité se fait sentir aussi au voisin ?. »
Tels sont Les principes de Ptah-hotpou ‘.
Devant un grand on conservera toujours une altitude respectueuse. On se contraindra devant lui. On ne l’abordera point sans nécessité ; car il faut Le laisser à ses affaires :
« Ne dérange pas un grand ; n’affaiblis pas l’attention de celui qui est occupé 6... Com-
» pose ton visage au milieu même du trouble, pour que la paix soit avec sa personne, » lorsque l'agitation règne dans son personnel 6. »
Si l’on est admis en sa présence, à sa table, dans sa maison, après lui avoir rendu les honneurs qui lui sont dus, on se tiendra modestement à sa place.
Saluts, courbettes, adorations ne coûtent rien. Cette forme de la politesse paraît au moraliste tellement simple quil n’en parle pas. Mais il donne des conseils de savoir-vivre sur là manière de recevoir un don ou une part à table, sur la tenue et la conversation :
1 Prag-Horpou, 201d., $ 7 (pl. vu, |. 2-3).
2 Jbid., $ 10 (pl. vu, 1. 7-9).
3 Jbid., $ 31 (xin, 9, 11; x1v, 3-4).
4 Cf. Douaour-s- Karounr, S'atire des métiers, $$ 23, 25 et 27.
5 Cf. : « Qu'un esclave n’aille pas importuner le maître du pouvoir dans l'exercice de la » puissance. » (PaiBeraor, Pap. moral de Leide : Revizzour, J/. 4s., 1905,210, ch. vu, 1. 30).
6 Pran-morpou, $ 26 (xu, 8-9). — Laurx : « activitas apud feminam ejus ».
« Si tu es parmi les personnes assises (à manger) chez un personnage plus grand que » toi, prends ce qu’il te donne en t'inclinant profondément (m. à m. en te mettant sur le » nez). Regarde celui qui est devant toi, mais ne le fixe pas ; ne le regarde pas fréquem- » ment; c’est un personnage blämable celui qui sort de cette règle. Ne lui parle pas » plus qu'il ne demande, car on ne sait pas ce qui peut lui déplaire; parle quand il t'y » invite, et ta parole plaira 1. »
L'auteur de la Satire des méliers recommande aussi de présenter ses demandes modestement et sans importuner par des jérémiades :
« Si tu entres, quand le maître de la maison est dans sa maison, — et que le bras » d’un autre ne soit pas devant toi, — assieds-toi la main à ta bouche, — comme qui
» implore quelque chose pour toi. — Celui qui a fait comme les diseurs de « Que cela » soit! » est comme qui veut briser une badine contre un pieu ?. »
À plus forte raison la bienséance et la simple prudence proscrivent-elles le libertinage dans la demeure du patron : « Si tu désires imposer le respect dans l’intérieur où tu entres, par exemple l'intérieur
» d’un supérieur, d'un ami, ou d'une personne considérée, ..garde-toi d'approcher de » la femme, car il n’y a rien de bon à ce qu’on y fait là, etc. ?»
L'histoire de la femme d’Oubaou-anir illustrerait au besoin ce précepte. Le complice qui répondit à ses avances était un vassal, un petit (nozes) ; ensemble ils festoyèrent et se divertirent dans la villa du bord du lac; mais le maitre vint et le vassal vit bien qu'il s'était « perdu pour jouir d’un moment court comme un rève », car Oubaounir le fit emporter sous l’eau par un crocodile magique, et le roi confirma le jugement‘.
La bonne humeur, qui a toutes sortes de mérites dans les relations privées”, devient dans certains cas une vertu sociale. De la part de l'inférieur c'est une marque de respect pour les supérieurs et de bon esprit public :
« Que ton visage soit épanoui le temps de ton existence. Quand on voit sortir du » magasin un de ceux qui sont entrés pour apporter leur part de vivres, le visage con- » tracté, cela fait connaitre que son ventre est vide et que l'autorité lui est en horreur. » Que cela ne t'arrive pas! 6»
4 Pran-HoTpou, $ 7 (vi, 11; vu, 1).
2 Douaour-si-Karounr, Satire des métiers (Pap. Sallier II, pl. 1x, 1. 8-9 : Maspero, G. Ep., p. 68-69) |
8 Prax-norrou, Préceptes, $ 18 (Pap. Prisse, 1x, 7-10 sq).
+ Khoufou et les magiciens : Pap. Westcar (Contes, p. 58-62).
5 Pran-norrou, Préceptes, $$ 19 et 20.
6 Jbid., $ 34 (xiv, 12-13; xv, 1-2).