‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 272 sur 433 · SOUMISSION DE L'ESPRIT · texte numérisé non relu

SOUMISSION DE L'ESPRIT

C'est d’ailleurs l'usage devant tout maitre de maison; quel qu'il soit, il est le seigneur de tous ceux qu’elle renferme, quels que soient leur rang et leur fonction. Dans les tombes thébaines comme dans celles de l’ancien empire, on voit les serviteurs, qui apportent les provisions funéraires, et les subalternes, qui les dirigent ou viennent rendre compte de leur mission, se prosterner également devant le maitre et l’adorer'. En se subdélégant, même presque à l'infini, autorité ne perd rien de son caractère et de ses droits. Le lieutenant du roi, pour l'aider dans ses fonctions, a des sous-ordres et des scribes: ceux-ci, à leur tour, ont droit aux plus humbles marques de respect: on se met devant eux à genoux et on touche la terre du front ?.

Pour les petits, le grand est Le juge de la vérité et de l'erreur, le guide de la morale, comme le dépositaire de la force et le dispensateur de la vie. Ils se font humbles devant lui. Ils savent « respecter les vénérables » et se gardent bien de « se jouer de » l’homme vénérable leur supérieur » *.

Ils n’oseraient pas avoir d’autre opinion que lui; car «il ap- » partient au grand de reconnaitre l'erreur“ ». Ils se croiraient dans une mauvaise voie s’ils avaient raison pour eux-mêmes seulement et à son insu, car il faut « avoir raison à la connaissance » des grands »°. Au contraire leur approbation donne toute garantie, comme leur blâme préserve des écarts : « combats » cela », se disent-ils, « comme chose réprouvée des grands »°. Comme les grands désirent l'amour et les louanges du roi, les subalternes convoitent l'estime et l'affection des grands et s’enorgueillissent de s’intituler « amis » ou « amis parfaits de » leur maître »”.

1. 1: (Brrcu, 77. S.B.A., UI, p. 492-3; Rec. of Past.,its., X, 31-33; Baucscu, Gesch, 440-1 ; Masrero, A. Or., II, 343).

iL. D., II ct IL; M.M.C., N : passim.

2 Tomb. d'Amonemhabi (Vire, M. M. C., V, 228, fig. 4).

3 Pap. moral démot. 214 du Louvre (Prerrer, 2. Tr., I, p. 46) : $ vu « Qu'il C'arrive » de respecter les vénérables. » $ xxvi « Ne te joue pas de l’homme vénérable ton » supérieur ».

4 Pran-norrou, Préceptes, $ 15 (Pap. Prisse, pl. vin, 1. 43).

5 Jbid., $ 3 (pl. v, L 14).

6 Zbid., $ 4 (pl. vi, 1. 3).

1 Meh häti monkh n neb-f. Le scribe Macha au tombeau d'Amonemhabi (paroi O.:

Mais si le chef est justement irrité contre le subalterne, sl lui est hostile pour un motif quelconque, si même par impossible il avait tort, devrait-on admettre sa réprobation? Oui, il faudrait encore plier. Se soumettre serait le mieux ; attendre patiemment qu'il se ravise serait la suprême ressource de l'innocence méconnue :

« Ne réponds pas à un supérieur irrité : tiens-toi à l'écart. Parle doucement à celui qui

» parle en étant ému; c’est le remède pour pacifier son cœur. — Que la réponse d’un » vieillard portant bâton renverse tes audaces, de peur que ton émerveillement n'irrite » plus que tes audaces. ! »

Surtout on se défend de toute rébellion, ne fût-ce qu’en paroles, ne fût-ce que par un appel téméraire à la justice céleste : on « ne parle pas contre le maître », on « ne maudit pas son maitre » devant la divinité » *.

À plus forte raison l’inférieur n'oserait-1l point ne pas conformer ses actions aux ordres ou même aux désirs de ses supérieurs, car 1l sait que « si l’on n’est point dans la mauvaise voie, ce qui » y met, c’est le mépris de l'autorité » ?.

Les règles de déférence survivent à la vie même : « N’établis pas » ton tombeau au-dessus de ceux qui te commandent! » dit un moraliste*. Et de fait nous voyons la hiérarchie dominer les champs funéraires. Autour des pyramides les grands se massent selon leur dignité, d'autant moins proches qu'ils sont d’un rang social inférieur: dans d’autres nécropoles les flancs de la montagne sont réservés aux gens de qualité, la foule se contente des limites de la vallée.

Dans ce respect entre une certaine dose de fatalisme et de soumission religieuse à la volonté divine, sans préjudice des calculs utilitaires. A lutter contre les grands on tenterait l'impossible: on se briserait sans résultat :

Prieur, /. Æ., pl. 426 8, p. 91), à moins que ce ne soit un serviteur royal annonçant les présents funéraires du roi.

1 Ar, Maximes (Pap. Boulaq 4, xxu, 7-8 : Cuapas, $ 56-37; AMÉLINEAU, $ 58-59).

3? Pap. moral démot. du Louvre 2414, max. 1x et x1 (loc. cit.). — Cf. « Je n’ai pas maudit » ni le roi ni mon père. » Livre des Morts, ch. cxxv, 1. 27 ».

3 Prag-norrou, Préceptes, $ 36 (Pap. Prisse, xv, 5-6). — Cf. : obéissance, infra. p. 544-546. |

+ Pap. moral du Louvre 2414 (loc. cit.).

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