FAMILLE. PATRIMOINE
» merez Vos portes ; vous emmènerez vos femmes et vos enfants » !. Après la mort, on leur donne une sépulture et ils ont droit, comme d’autres, à l’immortalité?. Panéba a volé des pierres par ci, des papyrus par là pour construire et meubler sa dernière demeure. De plus humbles ont aussi leurs tombes : parmi les victimes de Panéba, figure Nakhtmin, simple ouvrier, dont il vola le lit funèbre*. Les enfants héritent des biens que laissent les parents ; les cohéritiers se livrent mème à des disputes comme le montre l'exemple de Panéba et de ses frères #. |
Les ouvriers de la nécropole ne forment pas une exception. Mème les laboureurs au service d'un temple comptent encore pour des hommes. Quand Amonhotpou-Houi donne au temple de Kak des esclaves des deux sexes (Aonou et honitou), il prévoit le cas où un de ses successeurs, un général, « amènerait » des hommes (remdou), parmi eux, pourvoyant par là au service » du temple »°.
Dans la peinture même de la misère des travailleurs de tout métier, on découvre des indices qui les mettent au-dessus des esclaves de Sparte ou de Rome. Avant que les employés fourmillent à Thèbes dans le quartier des tombeaux, l’auteur de la Satire des métiers, Khroudi (ou Khiti) le fils de Douaouf, a vu des ouvriers à la ville et aux champs et décrit leurs misères sans sympathie. Chez lui-même et chez ses imitateurs, on constate que les ouvriers de la nécropole ne sont pas des privilégiés.
Pour d’autres aussi, la famille existe avec ses joies, avec ses devoirs même qui ne sont pas sans charmes. Le chef de culture à souci de nourrir sa femme et ses enfants, tant que la misère ne
1 Pap. de Turin, pl. 48,1. 17 sqq. (CHapas, Mél., IV, p. 57.
2 Le baron, grand juge Ptahhotpou, sous l’ancien empire, porte parmi ses titres celui de « chef de la nécropole royale des serfs » : mir asiti meratiou (MartETTE, Mastabas, CNT, p- 125):
3 Pap. Salt (Cuapas, Mél. III, p. 177-185 ; Erman, Æg., p. 185.
4 Si du moins nous assimilons aux ouvriers Panéba, chef d'ouvriers (dd n astiou), qui tua un de ses neveux et évita la répression en donnant au gouverneur 5 esclaves de son père, et si nous adoptons l'interprétation de Chabas pour cette phrase obscure : « I me fit jurer sur la chambre de mon père et de ma mère en disant: je n’y suis pas » entré ». Pap. Salt 124, re, p. 4,1. 3; vo, p. 4, L. 43 (Caapas, Mél., IIT, 192 et 196).
5 St. 138 du British Museum (Biron, ap. CHasas, Mél., II, p. 330).
disloque pas sa famille‘. Pour le laboureur négligent, le châtiment et la douleur suprème, c'est de se voir ravir femme et enfants *. Le boulanger * enfourne avec son fils. Le maçon, après la distribution des vivres, revient à la maison ; il y trouve ses enfants : à vrai dire, c’est pour les battre, effet de la misère comme de l'ivresse”. Mème quand on emmène aux carrières l’ouvrier, on ne le prive pas de sa famille. Une inscription de Gébéléin évalue le nombre des ouvriers envoyés par ordre de Nesbitat, sans compter « l’en- » fant sur le sein de sa mère » ; donc femmes et enfants pouvaient les suivre ou les rejoindre *. Même l’esclave que l’on vend ne cesse pas d’avoir sa généalogie. Dans un contrat de vente, sous forme de quittance du vendeur, celui-ci appelle le vendu : « le jeune » homme Psen..., fils de Thotmès, dont la mère est Sétéïrban »°.
D’autres, comme eux, possèdent leur maison, taudis sans luxe, je le veux bien, où pénètrent les bêtes”? ; maïs on s’y attache quand même. On y rentre une fois la besogne finie ; on trouve doux de s'y reposer et de prendre le frais à l’ombre de quelques arbres s'il s’y joint un petit verger. Le batelier, le cultivateur, l’armurier, le courrier, le maçon ont hâte d'y revenir et regrettent de la quitter :
« À peine arrive-t-il à son verger, arrive-t-il à sa maison, il lui faut s’en aller. S'il » part, sa misère lui pèse ; s’il ne s’en va pas, il se réjouit. 8 »
Avec la maison de famille, les ouvriers des champs ou de la ville, comme ceux de la nécropole, détiennent encore un pécule, une petite fortune mobilière. Leurs instruments de travail leur appartiennent. Lorsque des paysans et des artisans sont requis pour creuser les canaux, « ils se réunissent en masse avec » leurs instruments »°. Les Hébreux employés à fabriquer la
1 AMONEMANIT, Lettres à Pentaour : Pap. Sallier I, p. vx, 1. 3 : et Anastasi II, p. vu, 1. 4-3.
2 Ibid. : Pap. Sallier I, p. vi, L. 9; Anastasi V, xvir, 3.
3 Pap. Anastasi Il, loc. cit., supra, p. 583.
4 Douaour-sr-KHront, Satire, $ 10 (Pap. Sallier IT, pl. vx, L. 5).
5 St. de Gébéléïn, 1. 15, Smendès, xxre d. (Daressv, 2. Tr. X, p. 437).
6 Pap. démot. du Louvre, Collection Eisenlohr : An V de Darius (Revizzour, À. £g., II, p. 192).
7 Cf. Masrero, A. Or., I, 326.
8 Douaour-si-Karonr, $ 7,14,15 : Pap. Sallier IT, v, 5; vu, 2, T et 8 (MasPero, G. ép.,
° Pap. Anastasi IT, p. vni, vo (Guieysse, 2. Eg., vi, p. 22-23).