PÉCULE, HONNEUR PROFESSIONNEL
brique ne manquent pas de toutes ressources personnelles, puisque, tout en s’estimant victimes de vexations tyranniques, ils arrivent presque à fournir la paille nécessaire pour mêler à l’argile *. Si pauvres que soient les petites gens (nemhiou), des exacteurs, dont Harmhabi réprime l'excès de zèle, trouvent moyen de leur faire payer l'impôt de la dime du grain?. C'est une misère pour l'armurier, qui colporte à l'étranger sa pacotille, de payer si cher ses ânes et le droit de les parquer : mais cela prouve du moins qu'il jouit d’un certain capital”. Si mince qu'on le suppose, le courrier Juge utile d'en disposer en faveur de ses enfants, quand il part pour les pays étrangers *: que ce soit par don ou par legs, il use d’un droit inconnu aux esclaves.
Nous avons vu même que quelques-uns d’entre ces petits possèdent des serviteurs ou des esclaves”.
Ces gens ont leur honneur aussi, presque leur vanité professionnelle. Les scribes, tout de leur haut, méprisent le travail manuel. Qu'importe ? les travailleurs se glorifieront de leur habileté professionnelle. Un ciseleur, à peu près contemporain de la Satire des métiers, lient à perpétuer, par sa stèle funéraire, le souvenir de « la perfection de ses bras dans son travail en toutes » matières précieuses, depuis l'argent et l'or, jusqu'à l'ivoire et » l’ébène » ‘. Et de fait, sa stèle est un chef-d'œuvre de gravure. Indulgence à cette réclame posthume ! Parmi les tableaux de Rekhmarà, un préposé, baguette en main, dit aux déchargeurs d’un navire : « Hâtez-vous, enlevez, montrez-vous dignes de louange! »?; et, plus loin, à un groupe de pâtissiers on dit de se presser ; ils répondent en vantant leur ouvrage : « Certes, nous
1 Exode, V, 14.
2 St. d'Harmhabi (Brucsca, Æq. p. 298-299).
8 Douaour-sr-KHront, $ 14 (Pap. Sallier IT, pl. vir, 1. 4-6).
4 Jbid. $ 15 (pl. vu, 1. 7).
5 Cf. Donation d'Hor (supra, p. 595, n. 2); le valet et la servante du paysan (supra, p. 580, n. 4): les serviteurs des mariniers (supra, p. 565, n. 6).
6 Irilisen sous un Montouhotpou : Stèle du Louvre C 44, 1. 14-15 (WixpEmANN, 2. Tr. Vi; p.127):
1 « M sla-len, chop-tou-n-ten, pir-ten m hosit » T. de Rekhmarà (Virey, M.M.C., N, pl. xx, p. 47-48)
faisons besogne louable ! »!. Dans les scènes agricoles de l'ancien empire, les moissonneurs s’interpellent joyeusement :
« Qui a le cœur ferme et les mains solides ? »
crie un compagnon ou un contremaitre *. [ls se mesurent des yeux
et se défient : :
« Qui est-ce qui dira en saison (c'est-à-dire ayant le premier fini son ouvrage), ce qui
» convient ? » — ou encore : « Qui est le gars qui dira en saison : « C’est moi qui vous
» dis à toi et aux camarades, tous tant qu'ils sont, que ce sont des femmelettes ? »
Le scribe ne reconnaît de cœur qu'aux scribes : mais le moisson-
neur s’écrie :
« Celui qui se conduit en gars bouillant de cœur, c’est moi. 3 »
C'est de la saine émulation entre gens qui ne rougissent pas de leur ouvrage. Les scribes se font enterrer avec leur palette, leur encrier et leurs pinceaux“. Les artisans ne sont pas en reste : ils emportent dans la tombe leurs outils et instruments professionnels ; hoyaux, marteaux et ciseaux ne quittent pas leur momie pour l'éternité”. Ils se garderaient bien de conserver ainsi précieusement des insignes infamants. Et pourquoi rougiraient-ils donc de leur travail et de leur condition ? Est-ce que leurs maîtres ne se glorifient pas des peintures d’hypogées où ces artisans sont représentés, parfois avec leurs noms, en train de vaquer à tous leurs métiers manuels ? Est-ce que le roi ne daigne pas, à l’occasion, s'intéresser à leur ouvrage ? Ne conserve-t-on pas, par exemple, à Memphis une stèle qui rappelle à tout jamais les visites quotidiennes faites, pendant un an de suite, aux ateliers où tailleurs de pierre et sculpteurs dégrossissaient un beau bloc pour en tirer une statue royale ? stèle qui relate aussi les éloges officiels et le discours où le roi exprimait sa satisfaction, ses compliments aux ar-
1 « Mäk ar-na hos » : Tombeau de Rekhmarà (/bidem).
2? Tombeau de Nofriritnif (Marrerre, Mastabas, p. 325; Masrero, Et. Ég., IE, 84).
3 Tombeau de Ti (Bruescu, Æ4q. Grœberwelt, pl. v, nes 165, 166, 168 ; Dümicmen, Resultate, T, pl, 18. — Masrero, Et. Eg., Il, 82-83 ; H. Or., I, 342).
4 Erwerbungen der K. Museen (Æ. Z., 1890, 60-61).
5 Trouvaille de Passalacqua à Gournah (Catalogue raisonné, p. 197-203).