‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 318 sur 433 · QUESTIONS PRÉALABLES · texte numérisé non relu

QUESTIONS PRÉALABLES

morte, dont les témoins ont disparu comme elle sans consigner par écrit des réponses à des questions qu’on ne leur posait point, l'instruction s’appuyera tant bien que mal sur des faits isolés, ou sur des théories, peut-être contraires à la pratique, souvent violées à coup sûr. Les statisticiens d'aujourd'hui ont beau relever, par exemple, le nombre des arrestations et des condamnations d'enfants, années par années, pendant une période récente, ils doutent encore si ces chiffres prouvent ou non l’augmentation de la criminalité précoce, se demandant si les variations constatées ne dépendent pas du plus ou moins d'activité dans l’investigation et de sévérité dans la répression; à plus forte raison ne savent-ils pas attribuer avec certitude à une cause quelconque ces variations. Comment donc constater, apprécier et expliquer les variations de la moralité égyptienne ?

Pourquoi reculer devant la difficulté de relever les actes, si, de fait, on en relève? Les actes constatés, pourquoi s'arrêter à la délicatesse d'interpréter les actes par les intentions qui en modifient la valeur du tout au tout, si de ces intentions existent des indices suffisants ? Pourquoi la connaissance des actes et des intentions s’aheurterait-elle à une négation préalable et générale de tout progrès? Si cette négation procède a priori, l'expérience ne peut-elle la détruire? Si elle repose sur l’expérience, comment tiendrait-elle devant une expérience mieux informée? Dès lors, pourquoi renoncer à poser le problème? Pourquoi renoncer à le résoudre ?

Désespérerions-nous donc de savoir si la société égyptienne à franchi quelques étapes dans la marche de l’humanité vers une moralité supérieure? Écarterons-nous le problème par la question préalable ? Admettrons-nous d’ores et déjà, comme un axiôme, qu'aux divers âges de la vie d’un peuple, ses vertus et ses vices forment des sommes constantes, ou, comme disait Pascal, que « la bonté et la malice du monde demeurent en général les » mêmes? » Ou bien comparerons-nous plutôt la moralité du monde à un bilan dont la balance demeure toujours égale, quoique, en raison de la multiplication de la race, de la complexité

grandissante de la civilisation, comme des expériences successives, l'actif de vertus et le passif de vices présentent de part et d'autre des sommes toujours croissantes! Mais encore est-il bien sûr que cette balance égale s’obtienne sans passer un article de profits et pertes, variable suivant les temps? Ce serait [à précisément l'objet de notre curiosité et de nos recherches.

Voyons-nous donc des faits à relever, des progrès moraux à enregistrer ? Entre ces progrès moraux et le gouvernement pharaonique, établissons-nous quelques rapports ?

Oui ce semble, surtout si l’on veut bien suivre le développement parallèle des idées de justice et de bonté dans le gouvernement du roi et dans la conduite des particuliers.

Dans les textes les plus anciens, ceux des Pyramides, le roi admis au séjour d’Osiris, juge, c’est-à-dire gouverne, comme sur la terre'. Mais il semble bien que ce soit uniquement dans son intérêt personnel. En l’autre monde, il à pour ainsi dire des provisions de royauté, comme il a des provisions de nourriture.

Les mastabas contemporains des Pyramides portent déjà la marque d’une époque postérieure. En effet, dans les tombeaux des rois, on collectionne le plus possible de longues formules anciennes : dans ceux des particuliers, on se contente encore de formules très simples: mais on y esquisse de sommaires biographies. Elles comprennent avec le nom du mort, sa filiation, les diverses fonctions dont 1l s’occupait successivement, et deux ou trois mots d’éloges sur ses relations avec son maitre, sa famille, et parfois ses gens ou ses concitoyens. Le souci de l'opinion d'autrui commence à poindre; mais la bienfaisance ne s'affirme encore que très rarement”. La succession du Moyen-Empire à l’Ancien-Empire présente un paradoxe inexpliqué. Entre la vi° et

1 C£. supra, chap. 1, p. 4 et 6.

? Par exemple dans les épitaphes d'Ourkhouou, de Nozemab ou d’Henkou (supra, ch. x11 et XIV, passim).

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