‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 325 sur 433 · NÉCESSITÉS BIOLOGIQUES ET PSYCHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉS BIOLOGIQUES ET PSYCHOLOGIQUES

mandent pas la vie et la nourriture au nouveau-né: le fils en pleine maturité ne compte pas sur l’aide du père devenu vieillard caduc. La subordination de l'enfant et l’assistance par les parents dérivent d’une logique immanente. Mais à quelles limites cessentelles pour l'adolescent ou l'adulte? quand est-ce que l’âge interverüt les rôles? D’autres principes interviennent; les circonstances varient à l'infini : c’est pourquoi le cours d’un ruisseau ou un degré d’élévation vers le pôle modifieront la législation et la conception de la piété filiale et de l'autorité paternelle.

Les coutumes et les lois positives sanctionnent d’abord la force des choses; elles ne s’en distinguent et ne se diversifient entre elles que lorsque se sont présentés des cas de conscience embarrassants, des conflits d'intérêts ou des conflits de devoirs. Mais dans cette diversité même on peut observer que des causes identiques produisent les mêmes effets et inversement. Ainsi des droits de la femme. Dans l'Inde, en Grèce, à Rome, la femme est exclue de la cité parce qu’elle l’est de la religion! : ce sera l’éternelle mineure. En Égypte, au contraire, elle participe au culte de la famille et continue celle-ci; mère, elle devient Osiris ; reine elle enfante des rois : en conséquence elle sera l’égale du mari et du père, et jouira de toute capacité civile, en personne libre. La logique dispose ; l’homme exécute.

La loi du talion est un cas particulier d’un de ces principes fondamentaux de la nature morale que l’on peut comparer à certains principes fondamentaux de la nature physique. Rien ne se perd; toute force se transforme, mais demeure constante; la pierre, le rayon lumineux, l’onde sonore qu’arrête une surface impénétrable, rejaillissent, se réfléchissent ou se répercutent suivant des lois mathématiques. De même tout acte humain a une répercussion dans les sentiments, l'attitude, la conduite d'autrui à l'égard de son auteur. L'instinct de conservation prime toute idée, commande les réflexes, inspire la fuite de la douleur et la recherche de l’utile et de l’agréable; il force d’aimer qui fait

1 Cf. Fusrez De CouLanGes, La cité antique.

jouir, haïr qui nuit et fait souffrir. La conduite de l'individu éveille, pour ainsi dire, dans l'humanité des harmoniques aussi nécessaires que l'écho ou que les combinaisons chimiques. L'opinion même, qu'on à nommée reine du monde, n’use, à propos des principes, ni des caprices féminins, ni du bon plaisir royal ; elle juge unanimement d’après l'intérêt général et ne divague que sur les détails d'application. La terre, à qui l'on fait produire plus que le rendement normal, s’épuise et ne donne plus rien : à ne lui rien restituer, on commet une sorte de malhonnéteté envers la nature physique; mais le coupable en est la première victime par une sorte de sanction infaillible. L’humanité a aussi ses réactions nécessitées. La violence provoque la violence; le meurtre et le vol suscitent défense, haine et vengeance; toute victime devient un ennemi : œil pour œil, dent pour dent. Les malversations du supérieur épuisent l’activité et la bonne volonté des inférieurs, et engendrent la famine, les grèves, les émeutes. Au contraire, la douceur engendre la douceur; la reconnaissance ne peut naître que des bienfaits; le dévouement de l’humble s'attache aux mérites, réels ou préjugés du maître. L’échange de services entre hommes, assistance et protection des forts, obéissance et travail des faibles, prévient les maux qui nécessairement résulteraient d’une perpétuelle et universelle lutte pour la vie. C’est une loi sociale et morale imposée par la nature, comme l'alternance des cultures est une loi agricole, comme la périodicité de la nutrition et la solidarité des organes d’un corps vivant sont des lois physiologiques. On peut enfreindre ces lois, mais non sans en subir les conséquences. La solidarité des hommes, le penchant à la réaliser en associations, ses effets favorables à la vie sociale, tout autant que la concurrence et ses effets, sont œuvres de la nature.

À défaut de la nature physique de leur pays, dont nous ne nions pas l'influence, la nature psychologique de l'humanité offrait donc à la réflexion des Égyptiens la loi de bienfaisance qu'ils en ont dégagée. Ils ont envisagé autour d'eux les conséquences naturelles des vertus qu’ils prônaient, des vices qu'ils

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