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HYPOTHÈSE DU HASARD

en dernière analyse, que la nature? Qu'est-ce que cette loi antérieure à toute habitude et qui n’est pas une première habitude? qu'est-ce que cet ordre universel, inhérent à l'essence des choses ?

Ges questions nous mettent en pleine métaphysique et dépassent de plus en plus les données historiques dans lesquelles nous encadrions nos recherches des origines et même les hypothèses les plus aventureuses. Si quelque réponse semble utile pour couronner tout ce travail, au moins me sera-t-il permis d’être bref en pareille matière.

La nature, force ou logique des choses, explique-t-elle vraiment quoi que ce soit? Qu'est-ce d’autre qu’un mot commode pour résumer notre connaissance du monde et de ses lois ? Mais expliquer les lois par la nature, n'est-ce pas dire que les choses sont nécessaires parce qu’elles existent, ou enfin tout au plus qu’elles sont nécessaires parce que nécessaires? La force des choses est une simple constatation; comme explication, c’est plus vaste mais non plus valable que la vertu dormitive de l’opium. Simple tautologie !

Notre raison n’explique pas la nature. Elle n’a créé ni le monde ni ses lois; elle n’a pas assisté à ses origines. Elle se contente de forger des hypothèses dont, par des retouches successives, les conclusions se rapprochent de plus en plus des effets apparents des causes naturelles. Pratiquement cela suffit. Mais la réalité est indépendante des lois que la raison lui assigne, comme le visage l’est du miroir qui le reflète, bien ou mal.

Qu’à la rigueur on regarde les lois mathématiques comme de pures créations subjectives de la raison, car la nature n’en fournit pas les éléments, lignes ou nombres! Mais les lois physiques ne sont pas des constructions logiques; la déduction y fait fiasco ; elles se fondent sur l’observation qui suppose une réalité externe forçant notre raison. L'obligation morale, pas plus que la nécessité physique, ne s'explique sans une réalité distincte de la conscience comme de la raison. C’est la nature qui nous crée ; et non pas nous la nature.

La nature est-elle œuvre du hasard ? Est-ce par hasard que la bonté aide et réjouit, que le cœur bat, que 2 + 2 — 47? Dans l'infinité des mondes possibles, notre monde, ordonné par les lois que nous reconnaissons, à une place; et il a une chance, au cours de l'infinité des temps, pour se réaliser une fois et même une infinité de fois, de même que, étant donné un nombre infini de lettres grecques, doit se réaliser la combinaison qui se lit dans l’Iiade d'Homère. Mais, à l'instant où nous vivons, il est invraisemblable que nous ayons affaire à un tel monde ordonné par le hasard, car pour une fois qu'il réaliserait cette combinaison, une infinité de mondes différents auraient chacun autant de chances de réalisation. L'hypothèse du monde œuvre du hasard est absolument anti-scientifique. La science vit en effet sur ce postulatum que le monde obéit à des lois stables, et l'hypothèse du hasard nous laisse incertains si, dans l'instant qui suit l'instant présent, au monde en apparence ordonné par des lois ne va pas succéder le chaos ; ou plutôt, elle nous donne une quasi-certitude qu'il en sera ainsi, la persistance du monde ordonné étant infiniment peu probable. Parmi les hypothèses scientifiques, celle de l’évolution répugne peut-être plus que toute autre à l’hypothèse fondamentale du hasard. L'évolution n’est pas la succession d’états incohérents, mais le développement de causes qui s’enchaïnent; elle suppose donc non seulement un unique ordre du monde, subsistant du moment qu'il à une fois commencé d’être, mais plusieurs qui se coordonnent en se succédant pour amener l’ordre actuel, et par delà peut-être quelque ordre inconnu et encore insoupçonné.

Pratiquement, 1l n’est pas un seul homme qui croye à l’empire absolu du hasard et agisse en conséquence : on abandonne bien à la fortune ou à la chance des événements que la prudence désespère de régler ; mais il n’est personne par exemple qui ne mange en vue de soutenir sa vie.

Reste l'hypothèse Dieu. On nomme « Dieu » une cause première, intelligence infinie et volonté toute puissante, tout en sachant que intelligence et volonté ne sont là que des métaphores à l’usage de notre raison finie qui a besoin de mots et de compa-

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