LE ROI GRAND PONTIFE
de droit « maitre de l’œuvre » ou grand prètre de Ptah à Memphis"; plus tard, à Thèbes, l'héritier présomptif représentera son père absent aux grandes fêtes d’Amon ou du Nil?. Au cours des temps une telle distribution procédera quelquefois de la politique et de la méfiance vis-à-vis d’un pouvoir rival ; primitivement c'était le partage naturel des rôles entre les membres de la famille.
Cependant, si le roi délègue habituellement le titre de grand prêtre à quelque haut personnage, il le retient quelquefois. On lit le titre de « premier prophète de Rà-Harmakhis soulevant l’ho- » rizon en son nom de Shou dans le Disque » dans le protocole de Aménôthès IV, à côté de celui de « portant les diadèmes (ou: » soulevant les levers solaires) dans On du midi »*?; c’est-à-dire qu'il a conservé lui-même la dignité de grand prêtre d’'Héliopolis et d’Hermonthis, ou tout au moins que, sans exercer toutes les fonctions, il porte le titre, comme tel souverain moderne colonel d’un régiment étranger. Ramsès [IT insère parfois dans son cartouche le titre de « père divin »‘. En introduisant dans son cartouche prénom son titre de premier prophète d’Amon, Hrihor légitimait aux yeux du peuple son accession au trône ; c'était comme en France le retour d’un apanage à la couronne par l'avènement d’une branche cadette. On en pourrait dire autant de Mour-machaou, sous la xiv° dynastie, s'il est vrai qu'il fut grand prêtre de Ptah*. Rien de plus naturel que le titre de « prophète de Bast » dans le cartouche d’un roi Bubastite‘.
Là où il se trouve, le roi, quand il veut, exerce ses prérogatives de grand prêtre, même s’il n’en à pas gardé le titre”. À Thèbes,
1 Cf. Brucscu, Thes., V, 886-963; SonraparezLr, Catalogo di Museo di Firenze, p. 201-203, liste de ces pontifes.
2 Sic : Khamoïs sous Ramsès II (Inscr. du Sérapéum, an 30 : MarreTTe, PB. Æq., XVIII, 170-172, 315; Brucsca, Rec. I, pl. v, 1; Thes., 957; Inscr. de Silsilis, de Sehel.et de Begeh : CHamrozzron, Mon., I, p. 162, pl. 115-116; L. D., III, 175 r; Brucscu, Rec. IT, pl. 82-83; Mariette, M. D., T1, — Cf. Wiepemann, Æg. Gesch., 464-466 ; Maspeno, H. O., II, 425).
3 Silsilis, L. D., III, 440 1 (Grégaur, Zymne à Ammon-Rd, p. 45 ; Masrero, /.-0., IN, 317.
4 Ramess at nouter hig On : autel Palin à Rome (Lepsius, Auswahl, XIV, 3).
5 Cf. Maspero, À. À., p. 128.
6 Stèle du Sérapéum n° 1898, an xxvin de Chéchonq III.
7 Par exemple, à Derr, on voit Ramsès II suivre et encenser la bari de Rû (Derr, 2e salle; IsAMBERT, Guide, p. 638).
il aime à pontifier dans les divers sanctuaires d’Amon’. Loin de lui enlever rien de sa majesté, ses fonctions sacerdotales le rehausseraient plutôt aux yeux des peuples *.
Il se rend en procession du palais au temple. On l’entrevoit de loin sur son char traîné par des captifs, ou sur un palanquin porté par ses gardes ou par les princes du sang. Il domine à la fois et son cortège d'enfants royaux, d'officiers, de soldats, de musiciens, et la foule des habitants de la ville qui, munis de toutes leurs armes, le suivent et l’acclament. Devant lui des prêtres marchent à reculons et font monter vers sa divinité les fumées de l’encens. Aïnsi, par exemple, il arrive à Médinet-Habou aux jours des fètes de Sokar-Osiris, d’Amon ou de Min, « pour voir les beautés de son » père ». Si, du peuple prosterné sur son passage, du collège des prêtres attendant humblement ses ordres, le roi relève les regards sur le monument, qu’aperçoit-il ? Toutes les inscriptions, toutes les scènes scuptées et peintes, associent la personne du roi à celles des dieux. Les murs ne lui crient-ils point qu'il entre, non chez un maitre, mais presque chez lui, du moins dans un bien de famille ?
C’est donc le roi, fils divin, qui préside toutes les solennités, et exécute ou dirige tous les actes du culte“. Il commande les chants et donne le ton. Il entonne l'hymne en l’honneur du dieu, comme un bon fils donne le signal aux pleureuses et prononce le
1 Ramsès IIT, dans l’'énumération de ses bienfaits envers Amon et son temple de Médinet-Habou mentionne son assistance aux processions lors de « toutes les grandes » fêtes d’Amon à Karnak et celles de la Vallée sans exception » (Médinet-Habou, mur extérieur sud, 1. 13-16; Daressv, 22. 7r., XIX, 16; Médinet-Habou, p. 177; Cf. p. 400, 116-126 et 180-181).
2? Piänkhi n’est pas tellement pressé de conquérir son royaume qu'il ne s'arrête, autant par politique que par dévotion. dans toutes les villes qu'il traverse, Napata, Thèbes, Memphis et tous les sanctuaires du Delta, et'n'y fasse sacrifices, processions, etc. : « Après avoir célébré les fêtes du Nouvel An, quand j'aurai sacrifié à Amon [de Napata] » mon père, dans sa fête excellente où il apparaît en procession du Nouvel An, quand » il m'aura envoyé en paix contempler Amon [thébain] dans ses fêtes de Thèbes, et » quand j'aurai promené son image en procession à Louqsor dans la fête qu’on lui célèbre » parmi les fêtes thébaines, la nuit de la fête établie en Thébaïde et que Rà institua à la » création, quand je l'aurai mené en procession et amené sur son trône, le jour d’intro- » duire le dieu, le 2 Athyr, alors je ferai goûter à l'ennemi le goût de mes griffes. » (Inscer. de Piânkhi : 1. 25-26 : Marrerre, M. D., 1869, pl. 2; pe Roucé, Chrest. IV, 1876; ScHærer, Urkunden, UI, 1905, p. 14; Masrero, Æ.-0., III, 174). 4
3 Médinet-Habou, galeries de la 2e cour (Lorer, L'Egypte, p. 43-46; IsamBenr, Guide p. 560; Daressy, p. 118, 121-122, cf. p. 100). î 6
#«Ton fils pontifie ‘pour accomplir tes cérémonies. » l \ Der Le I I Hymne à Alon (Bourranr,