‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 33 sur 433 · CULTE DES DIEUX · texte numérisé non relu

CULTE DES DIEUX

Le souhait le plus ardent d’un père égyptien en quittant la vie c’est de laisser un fils qui occupe ses places, prenne soin de sa demeure éternelle, fasse vivre et fleurir son nom. Les dieux ne sont point morts, Osiris excepté (et encore est-il ressuscité !) ; ils vivent éternellement ; mais ils ont quitté la terre où ils vivaient autrefois ; 1ls ont cessé de gouverner par eux-mêmes le peuple d'Égypte. Comme les heureux d’entre les humains, ils ont laissé leur fils à leur place : le roi occupe le trône de Rà ou de Toum, de Ptah, d'Osiris ou d’Amon. Aussi est-ce pour cet héritier un devoir strict de continuer la personnalité de ses pères célestes, de glorifier leur nom, d'entretenir la demeure de leur double, d'y célébrer des fêtes périodiques, d’y apporter en offrande toutes les choses bonnes et pures dont vit un dieu.

Du souverain pontificat du roi! ressortait le plus manifestement, pour des yeux égyptiens, la preuve de la filiation divine et de la piété du roi. Celui-ci traitait les dieux de l'Égypte et du monde comme ses aïeux, leur culte comme une affaire de famille. Chef de la religion nationale aussi bien que de toutes observances locales, il prenait part à tout rite sacré, et ce faisant, s’acquittait simplement de ses devoirs personnels et privés.

De même que tout fils aîné officie aux funérailles de son père et continue après lui le culte des ancêtres”, de même qu'Horus à rendu les derniers devoirs à son père Osiris, de même le roi, à titre de fils des dieux est leur prêtre naturel. Il se considérerait comme doublement ingrat envers ses pères et bienfaiteurs si, partout et toujours, il ne présidait à leur culte à tous ”*.

A lui seul revient le soin de les honorer, et aussi le droit de les prier et de recevoir leurs faveurs. Tout autre individu, pénétrant dans la demeure des dieux et s’ingérant dans leur culte, n’est

qu’un intrus, à moins d’être le serviteur ou le suppléant du fils-

1 Cf. Morer, Royauté pharaonique, % partie : Le roi prêtre des dieux et des morts, p. 115-208.

2 «Ces obligations (du roi vis-à-vis des dieux) se résument en le culte des dieux,de même » que les devoirs des fils se résument en le culte des ancêtres. » (Morer, Royaulé, p. 116).

3 « En échange, je célébrerai les rites en tous lieux, véritablement, en toute stabilité » et durée, à toujours et à jamais ; tant qu'ils (les dieux) seront sur terre, je les leur » célébrerai, moi le fils du Soleil. » (Marserte, Abydos, I, pl. 42 8; Morer, Royauté, p.117).

prôtre. Dans les funérailles du père de famille, le fils aîné mène le deuil; mais il ne récite pas toujours lui-même toutes les prières, il n’accomplit pas en personne toutes les cérémonies. Il se fait assister, aider, remplacer par ses frères, ses parents, ses clients ou esclaves, dont chacun joue une partie de son rôle. Ainsi du roi.

Faute du don d’ubiquité, le roi doit se faire représenter, dans chaque sanctuaire, par des prêtres attitrés'. Lui absent, ils officient en son nom : on le leur recommande* et ils prennent bien soin de le dire * de peur de sacrilège. Lui présent, ils s’effaceraient devant lui; non point en hôtes qui feraient les honneurs, mais en intendant devant leur maître, en vicaires dont le rôle est suspendu. Héritier des dieux, le roi est le chef absolu du culte de tous; il nomme à toutes les dignités religieuses et dégrade le prêtre infidèle ‘. Il désigne, au moins en théorie, pour tous les emplois ; comme à la mort du père de famille, le fils prend le commandement de la maison et assigne son office à chaque serviteur. Il met des princes de la famille royale à la tête des grands sacerdoces * : les princes et princesses des mastabas possèdent tous, à côté de leurs titres curiaux, quelque dignité religieuse qui les rattache au culte des dieux comme au culte des rois°. Un fils cadet du roi est

111 y en a même un quelquefois qui porte le titre de « roi en personne, soulon-2es-ef ». (Marierte, Dendérah, T, pl. 76 ; Morer, Royauté, p. 120, ne 4; Cf. Abydos, I, pl. 24).

2 « Faites offrir la table sacrée aux dieux de la province Sud d’'Eléphantine, en faisant » les prières pour la personne (?) v.s. f. du roi de la Haute et Basse Egypte Aakhoperka » Râ vivificateur. » (Circulaire de Thotmès Ie. Stèle de Wady-Halfa : Erwan, Z. 7.,189, XXIX, 18; Serne, Urkunden, IV, T9).

3 « Moi certes, je suis un prophète du dieu; c’est le roi qui m'envoie pour voir le dieu. » (Rituel d’Amon, ch. 9; Pap. Berlin IV, 2 : Morer, p. 42 ; Zd. ch. 41; IV, 6 ; p. 55).

# Pour le nouvel empire thébain, la preuve existe dans l’autobiographie de Boknikhonsou, grand prêtre d’Amon à Thèbes : Statue de Munich (Devérra, Rev. Arch., 1862 — B.-Eg., IV, 269-374 ; À. Barcrer, Rev. Arch., 1863 — B.-Eq., XN, 109-4118 ; Mas- PERO, /Â.-Or., II, 559). Pour le premier empire thébain, la stèle d’Antouf V donne l'exemple à la fois d’une destitution et d’une collation héréditaire (Perrie, Coptos, pl. vu ; Morer, Royauté, p.194, n. 5). Bien entendu, l'institution d’un culte nouveau, ou la restauration d’un culte désuet amenaient la création d’un clergé nouveau par le fondateur ; la nomination royale s’étendait alors à tous les membres de ce clergé, prophètes, prêtres, etc., choisit « parmi les enfants des notables du pays », comme aux moindres hiérodules colloqués dans le temple ou ses dépendances (Karnak, stèle de Toutänkhamon, 1. 17 : LeGrAIN, 2. Tr., XXIX, 168 et 173. — Médinet-Habou : À. Tr., XIX, 16, 1. 42 et 22. Cf. : Inscription dédicatoire d’Abydos, Papyrus Harris, etc., ec enfin le Décret de Canope).

5 Kaf-Snofrou, petit-fils de Snofrou, prêtre d’Apis (L. D., II, 46-17). — Merher, fils de Khoufou, très titré (L. D:, IT, 18-20). — Ptahchopsès, gendre de Chopsèskaf, grd pr. de Ptah, chef du temple de Sokar, proph. de Khont-Tatonen, d’Osiris, etc. (MARIETTE, Mast., 451 e-H; pe RovGé, Six dyn., T1).

6 Cf. L. D., IT, et Manrerte, Maslabas, passim. — /nfra, ch. IX et ch. XI, $ 3.

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