RESTAURATION DE TEMPLES
quité reculée du sanctuaire, sa vénérabilité accrue, et la découverte de quelque plan ancien, legs sacré du dieu mème.
Nous ignorons la date de la construction du temple d’albâtre et de granit voisin du grand Sphinx, le seul! qui demeure de l’ancien empire. Mais la plus ancienne mention qui existe de constructions sacrées a trait justement à des réparations. Malgré la mauvaise réputation que leur ont faite les romanciers égyptiens et dont Hérodote a recueilli l’écho?, ni Khéops, ni Khéphron, les constructeurs de grandes pyramides, ne furent ennemis des dieux, ne fermèrent les temples, n'interdirent les sacrifices. Au contraire, la princesse Honitsen, fille de Khoufou (Khéops), mentionne sur une stèle que ce roi trouva le temple d’Isis près de ceux du Sphinx et d’Osiris, qu'il reconstruisit son sanctuaire en pierre, prit soin des images des dieux parèdres, donna de nouveau un apanage à la déesse et inscrivit sa donation sur une stèle : Khéops, dit-elle, « fit » cela pour sa mère Isis » et érigea la pyramide de sa fille ainsi que la sienne propre daas le voisinage du temple de la déesse ?. Des inscriptions de Dendérah faisaient également dater de son règne et de celui de Pépi L (vi dyn.) des restaurations du temple d'Hâthor*, fondé par les suivants d'Horus. Son petit-fils ou petit-neveu Menkarâ (Mykérinos) chargeait Dadoufhor, son fils, d’un voyage d’inspection dans les temples’. Depuis lors, de nombreux souverains les imitent. Surtout après des périodes de troubles, ils tiennent à honneur de rétablir l’ordre et de donner la sensation de la prospérité en substituant aux ruines de beaux édifices.
La tradition s’impose à tout souverain nouveau. Restaurer les temples est un devoir qu’il ne saurait éluder, mais aussi un don de joyeux avènement qui le rendra populaire. Après les luttes théologiques où sombre la xvm* dynastie, Harmhabi inaugure son
1 Seul en dehors des temples funéraires des rois, si le temple de granit n’en est pas un lui-même et date d’un temps antérieur aux pyramides.
2 HéroporTe, II, 424-8.
3 Marrerre, Notice des principaux monuments, % 6d., p. 207-209 ; Mon. div., pl. 53; Maspero, À. À., p. 64.
4 Dümicmen, Bauurkunde des Tempelsanlagen von Denderah, pl. xtv a, b; cf. pl. x, 1. 20; Manrerre, Dendérah, III, pl. 71-72, et Texte, p. 54 sqq: Cuapas, Æ. Z., 1865, p 92-95).
5 Livre des Morts, LXIV, 30.
règne en restaurant dans toute leur splendeur les sanctuaires du culte légitime ! ; il débarrasse Karnak des monuments d’Aton*, et répare ou enrichit tous les temples de l'Égypte’. Après les années d’anarchie qui terminent l’histoire de la xix° dynastie, Nakhtséti inaugure une ère nouvelle de prospérité par le rétablissement du culte des dieux. Il « réorganisa ce qui avait été » bouleversé. rétablit les temples et les sacrifices, si bien qu'on » rendit aux cycles divins leurs hommages traditionnels »*. Tout programme de règne comprend cet article ; un prétendant surtout ne l’oublie pas s’il se heurte à des compétiteurs ou à des résistances. Ainsi le pharaon éthiopien Tonouatamon (Tandamanou), sûr du moyen de rallier à sa cause les habitants de Thèbes et de la Haute-Égypte, se fait-il adresser par eux sur son passage ces acclamations : « Va en paix! rends la vie à l'Égypte, relève les » temples qui tombent en ruines, redresse les statues et les images » des divinités! Rétablis les fondations pieuses faites aux dieux » et aux-déesses, les offrandes pour les mânes ! Remets le prêtre » en sa place pour satisfaire à toutes les cérémonies du culte !° »
Les derniers venus, Ptolémées el autocrates romains, ne faillirent point à la tradition : chacun à son tour voulait « réparer les » désastres »f. Sans parler de restaurations partielles, ou d’embel-
1 Toutàänkhamon, qui y travailla d’abord sur les conseils d'Harmhabi, et «rendit de » la vigueur à ce qui était ruiné parmi les monuments éternels », traçait un tableau désolé de l’abandon causé par Khouniaton : « Les biens des dieux étaient [dévastés] » depuis Eléphantine | jusqu’au Delta..….,] leurs sanctuaires allaient à la male heure et » les champs à la ruine. Les mauvaises herbes (?) y poussaient. Leurs retraits étaient » anéantis, et leurs enclos sacrés (servaient) de chemin aux piétons. Le monde était » souillé. Les dieux désertaient; ce monde était placé derrière leur tête (loin de leurs » pensées); ils ne venaient point;..… leurs cœurs étaient dégoûtés de leu.s créa- » tures. » (Stèle de Karnak, 1. 4-10 : LecraIN, 2. Tr., 1907, XXIX, 167),
2 Débris réemployés dans les pylônes d’Harmhabi (Prisse, Mon., pl 10-11 ; L. D., III, 110 c-6, 119 4-8; MasPero, /7.-0., Il, 344-346). .
3 Harmhabi « restaura les sanctuaires depuis les marais d’Athou jusqu'en Nubie; il en » refit les sculptures mieux qu’elles n’étaient jadis, sans parler des belles choses qu'il y » accomplit, si bien que Rà se réjouit en les voyant. Ce qu’il y découvrit gàté d’aupa- » ravant, il le remit en place, érigeant, pour une statue qui manquait, cent statues de » figure exacte, en pierre de prix. Il inspecta les villes des dieux qui étaient ruinées en » cette terre, et 1] les installa telles qu’elles avaient été au temps de la 4e Ennéade ». (Stat. de Turin, 1. 22-24 : Brucscu, Gesch., 443-444; Thesaurus, 1078; MasPERo, 7. Or. IT, 346).
4 Gr. pap. Harris, pl. 76, 1. 9 (Maspero, 7. A., 955; Ersencour, 7r. S. B. À. I, 364).
5 Stèle du Songe, 1. 11-43 (Masrero, Rev. Arch., 1868 — B. Eg., NII, p. 12; MARIETTE, M. D., pl. 7, p. 2; Scuærer, Urkunden, I, 65).
5 Ptolémée IT convoque « les princes, gouverneurs, prophètes, pères divins des temples » du midi et du nord »….……. « Je ferai embellir cette ville plus qu’elle n'a été aupara-