‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 37 sur 433 · CONSTRUCTION DE TEMPLES · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION DE TEMPLES

est couvert des ruines de temples élevés par leur munificence. Tout souverain qui avait des ressources et des loisirs voulait immortaliser son règne en élevant un sanctuaire nouveau ou en embellissant les anciens. Aujourd’hui même c’est peut être surtout au nombre et à la splendeur de ces constructions religieuses que nous jugeons l'étendue du pouvoir d’un prince ou d’une dynastie, l'importance, l’activité et l'éclat d’un règne ; contestée pour une époque, l’unité du royaume s’affirme lorsqu'on voit le même souverain bâtir dans toutes les provinces, ou du moins dans des nomes éloignés les uns des autres. Si d’autres sortes de monuments permetlent de contrôler cette déduction, généralement ils en confirment la justesse.

Tels sanctuaires présentent en raccourci l’histoire de leur ville et du pays entier, comme celui de Karnak !. Quand Thèbes est devenue capitale et Amon dieu du monarque, la chapelle antique qui suffisait au petit dieu féodal disparait : un édifice nouveau surgit et,

1 Antouf-äa avait embelli Thèbes et réparé son temple (Mar., M. D., pl. 49, p. 45); Amonemhäit I le reconstruit; Sénousorit I l’agrandit en même temps qu'il consolide la dynastie (Wrzxinson, Modern Egypt, 1, 248; Marterte, Karnak, pl. VIII Àæ#, p. 41-42; Virey, Notice, p. 41. n° 131; Masrero, 7. Or., I, 507; piliers retrouvés : LEGRAIN, 2e rapport, p. 12-14, Annales, 1902). Les Sobek-hotpou et les Nofirhotpou de la XIIIe dynastie y travaillèrent et l’embellirent de leurs statues (Marierre, Karnak, p. 44-46, pl. vir k-m statues, n-0 bloc, 1x-x tables d’offrandes; Virey, MWofice, p. 39, n° 123; Maspero, Æ. Or., I, 530). La domination des Hycsos ruine le temple aussi bien que la monarchie nationale. La XVIIIe dynastie relève l’un et l’autre : Ahmès rouvre pour Amon Thébain les carrières de Roufou (Stèle de Tourah : L. D., II À, L 34; pe Roucé, Mél. I, 41; Maspero, Æ. Or. III, 92, fig. p. 93); les quatre Thoutmès, la reine Hâtchopsou, les Aménôthès II et IIT restaurent et prolongent l’ancien sanctuaire, accumulent au devant chambres, salles hypostiles et cours à cariatides, construisent trois pylônes, érigent de grands obélisques, ornent, remanient et achèvent les constructions l’un de l’autre. Thotmès III entoure l'édifice d’une enceinte que doublera Ramsès Il; Ramsès I élève un nouveau pylône et la grandeur de la XIXe dynastie se reflète dans la grande salle hypostyle que construisent Séti I et Ramsès II; à l'instar des Thotmès, ils en ornent les murs du récit de leurs exploits et Ménéptah en achève la décoration. Aux alentours du grand temple, Thotmès I commence les Propylées du Sud que continuera Harmhabi; Thotmès III bâtit le grand édifice de l'Est ainsi que les temples de Ptah et de Montou; Aménôthès III relie ce dernier au grand temple par une avenue de sphinx criocéphales et bâtit le temple d’Aton et le temple du Nord; Séti I, le petit édifice de l'Ouest; à l'Ouest aussi Ramsès III construit un nouveau temple d'Amon et celui de Khonsou auquel s’attachent ses successeurs. Les prêtres-rois de la XXIe dynastie se contentèrent de célébrer par des stèles les oracles d’Amon. Les Bubastites se remirent à bâür et fermèrent la première cour. Les Ethiopiens et les Saïtes, entre les invasions assyriennes et perses, continuèrent les constructions et, entre autres, dressèrent les grandes colonnes de la première cour. Les Ptolémées restaurèrent le sanctuaire et insérèrent dans la grande enceinte le premier pylône d’Amon et celui de Khons (Cf. Marerre, Karnak, plan en couleurs; Isamperr, Guide, p. 577, tableau des époques du grand temple; Borcaarpr, Zur Baugeschichte des Amonstempel von Karnak, Untersuchungen de Sstxe, V, 1905).

dans ses développements, suit toutes les vicissitudes de la monarchie, grandissant ou végétant comme elle. Plus de trente souverains ont collaboré à cet ensemble et y ont laissé leurs noms. Les sanctuaires de Ptah à Memphis! ou d'Osiris à Abydos * ne s'enorgueillissaient pas de souvenirs moins riches. Tout du long de la vallée chaque ville possédait son monument de la générosité des rois bâtisseurs envers sa divinité.

Après le légendaire Menès, fondateur de Memphis et de son grand temple de Ptah, et après les autres rois fondateurs de temples en telle ou telle localité, leurs successeurs avaient encore la partie belle.

La vétusté, les tremblements de terre, les inondations, des vices de construction, les guerres civiles ou étrangères, bien des causes endommageaient les édifices les plus respectables et nécessitaient des réparations. Les modifications du goût public, le dédain de dimensions trop petites, ou d’ornements trop pauvres, ou d’un style trop archaïque, le désir d’égaler l'aspect d’un sanctuaire à sa renommée, prétextaient aussi les injures du temps. Restaurer les temples occupa donc souvent les rois. Ils en tirèrent gloire aussi bien que de les créer de toutes pièces. Peut-être même mirent-ils parfois une certaine coquetterie à parler seulement de restauration quand ils créaient : la modestie n’entrait pour rien dans le calcul ; mais on évitait de passer pour novateur, sans rien perdre de son mérite ; au contraire, on le rehaussait par l’anti-

1 Héronore, II, 99 (Menès), 101 (Mœris), 108, 110 (Sésostris), 112 (Protée), 121 (Rhampsinite), 136 (Asychis), 458 (Psamtik}, 176 (Amasis); Dropors, I, 50-51 (Uchoreus et Mæris), 57 (Sesoosis), 67 (Psamtik) et 97.

? Travaux sous Sénouserit Ier : Stèle de Montouhotpou (MarierTe, Abydos, II, pl. 23: DE RouGé, I. H., pl. 303-304; Danessy, Z. Tr., X, p. 144-149; Brucscx, Gesch. p. 132-133: LusainGron, Tr. S. B. A., NIIT, 353-369; Vrrev, Notice de Gizeh, p. 38, n° 120 ; — sous Sénouserit [II : Stèle d’Ikernofrit (Berlin, ne 1204 : Scuærer, Mysterien des Osiris, ap. Serne, Untersuchungen, IV, fasc. 2); — sous Nozirri : Stèles d'Amonisonbou, Louvre, c 41-12 (ne Honraok, ap. Cnapas, Mél., IV, 203-217) ; — sous Thotmès Ier : Stele au Caire (ne RouGé, /. Æ., 19-22; Marretre, Ad., 31; Serue, Urkunden, IN, 94-103: — sous Séti Ier et Ramsès II : inscrip. dédic. (MarieTre, 46., I,pi.5-9 ; Maspero, /nscr. dédic. 1867; Laura, Z. d. Morg. Ges., XXIX, 456 sqa.; Brucscn, Gesch, 479-490; WrepEmanx, Æg. Gesch., 418-420); — sous Ramsès [V : inscer. de l'an IV, 1. 22 (Prerner, À. Arch., 1869, 282). — Pour les temps archaïques : tombeaux royaux, palettes de Nar-Mer, Den, etc. (AmÉLINEAU, Nouvelles fouilles d'Abydos, 1899: pe Moncan, Recherches, I, £Ethnogr., 1897; Perne, The royal tombs of the 1t dyn., 1899; Masrero, À. Crit., 1901, 1, 385 S{Œ.). — Pour le règne de Pépi Ier, cf. Marierte, Abydos Cat., p. 83-92.

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