‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 54 sur 433 · PROTECTION DES DIEUX MÉRITÉE · texte numérisé non relu

PROTECTION DES DIEUX MÉRITÉE

» sance apparaisse et pour montrer la terreur » qu'il inspire‘. Loin d’être laissé à lui-même par les dieux, il accomplit leurs secrets desseins et peut toujours se dire en union avec eux

« Shou, le dieu de la création, où j'entre, il entre ; d’où je sors, il » sort; aussi ne peut-on résister à mes attaques. » C’est aussi l'avis des adversaires qu'il terrasse. Les habitants de Parâkhemkhoper demandent à capituler « puisque l'ombre du dieu? est sur sa tête » et le rend tout puissant » : « Ce que tu désires, disent-ils, se » fait à l'instant, comme ce qui sort de la bouche du dieu; car un » dieu t'a enfanté, nous voyons cela par tes œuvres » °.

Ces victoires, dues à la protection paternelle des dieux, chacun prétend les avoir bien méritées par son amour, sa docilité, sa piété, ses dons et tous ses services : il est justement récompensé. Si par exemple, Ménéptah a vaincu tous les peuples de la mer confédérés « par la vaillance de son père Amon et la » sauvegarde de tous les dieux, alors que les anciens rois » n'avaient pu repousser les envahisseurs, c’est qu’enfin les » dieux furent touchés de l’amour de leur fils »‘ et qu’alors Q ils voulurent que l'Égypte fût gouvernée par son Seigneur. » Chaque roi, à son tour, invoque de semblables titres. Les Ptolémées, qui respectent ou qui font soigneusement revivre toutes les traditions, ne manquent point de continuer celle-là, et demandent aux dieux de les rendre redoutables à leurs ennemis et de bénir leurs armes pour rémunérer leur piété et leurs services ?. |

Parmi tous les témoignages de dévotion filiale des rois méri-

1 Stèle de Piänkhi, 1. 93 (Marrerre, M. D., pl. 4; DE Roucé, Chrest., IV, 90; ScHærER, Urkunden, TI, 32). Û

2 Cf. la dispute entre le garde du roi de Tyr et le voyageur égyptien à qui il concède l’ombre de pharaon, non celle de son maître (Voyage d’Onou-Amon en Syrie, Pap. Golenischeff, p. IL, 1. 45-46 : R. Tr., XXI, 92.

3 Stéle de Piänkhi, 1. 79 (ne Roucé, Chrest., IV, 88). ,

4 Inscr. de Karnak, L. 2-3, 40 (Dümicaen, A. L., 1 ; Cnapas, Etudes, 191, 197).

5 « En récompense de ce qu'il a fait, que lui soient données la victoire, la force avec la » joie, de sorte que sa terreur soit parmi tous les peuples étrangers. » (Décret de Ptolémée Ler, 1. 17 : Z. Z., 1871). — Après les 27 considérants, le décret de Memphis ajoute: « En récompense de ce qu’il a fait, les dieux lui ont donné la victoire, la puissance, la » vie, la santé, la force et toutes choses bonnes en quantité; sa dignité étant établie » pour lui et ses enfants à jamais. » (Aug. Barzcer, Décret de Memphis, Bibl. Eg.,

XV, p. 391).

tant l'assistance des dieux, on doit réserver une place spéciale à la prière de Ramsès II dans le poème de Pentaour. Abandonné de ses soldats sur le champ de bataille, au milieu des combattants Khétas, Ramsès s’écrie :

« Qui es-tu donc? O mon père Amon! est-ce qu'un père oublie son fils ? ai-je donc fait

» quelque chose sans toi ? n’ai-je pas marché et ne me suis-je pas arrêté sur ta parole ? » Je n'ai point violé tes ordres. »

il continue à énumérer les actes de sa piété, puis il ajoute :

« Je tinvoque, à mon père Amon! Je pense qu'Amon vaut mieux pour moi qu'un » million de soldats. L'œuvre des hommes n’est rien, Amon l'emportera sur eux !. »

On perçoit là un accent sincère, personnel et parti du cœur. L'affection et la confiance y éclatent avec plus de chaleur que dans tous les panégyriques et autres actions de grâces officielles. On entend moins le roi haranguant solennellement le dieu pour édifier le peuple, et plus le fils se tournant vers son père dans le danger, criant à l’aide, et lui reprochant affectueusement un oubli auquel il ne se résigne pas à croire.

$ 5. — Gouvernement intérieur du pays.

Enfin les dieux ne se désintéressent pas du gouvernement intérieur de leur fils et de la prospérité de son royaume. L'Égypte, entre ses mains, n'est pas une propriété dont il puisse user et abuser indifféremment : c’est un héritage dont ils lui ont transmis la jouissance, un patrimoine dont ils lui ont confié la gestion; il doit le régir en conscience comme un bien de famille.

Dans les diverses branches de son administration, comme dans la conduite de la guerre, le roi, à l’époque Thébaine du moins, se regarde comme l'agent et Le procurateur des dieux.

Sans doute il a ses mérites personnels : certes, on ne les laissera pas ignorer, on en étalera le panégyrique au grand jour. Mais ce sont les dieux qui lui « accordent de montrer ses qualités admi- » rables et d'accomplir tous ses bons desseins » ?. \

1 Poème de Pentaour, 1. 26-33 (De Roucé, R. Tr. I, p, 5). 2? Décret de Plah : Ibsamboul, 1. 22-23 (L. D., III, 194); Médinet-Habou, L. 34.

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