LE ROI BIENFAITEUR AU NOM DES DIEUX
» fait en compte juste » ‘. Il regarde l'administration de la justice comme un des principaux attributs de la royauté ; il sait que les divinités n’y restent pas indifférentes. En faisant régner l'équité, il s’efforce de leur plaire: « Depuis que je réside comme roi sur » le trône d’'Horus, je dirige la justice en ce pays où elle n’exis- » tait pas; car, je sais, tu souffres, si elle fait défaut dans le pays » de Egypte »?. Il maintient l’ordre public à l’intérieur, comme il repousse les ennemis du dehors, et il travaille après les dieux et comme eux au bonheur du pays.
Pour prix de ses efforts, il leur demande de parachever son œuvre et de lui accorder la prospérité de son peuple, « la terre » en paix, le Nil donnant toutes sortes de richesses et d’abondances »*. Le soleil distribue la vie et fait naître l’abondance, personnifiée par les déesses Chaït et Rannout ; on implore à ce {tre sa protection sur le roi“. L'alimentation du peuple tient en effet une grande place dans les soucis du roi. Amonemhäït [®, le grand instigateur des travaux d'irrigation en Égypte, savait bien comment l'amitié des dieux récompense sur ce point l’activité royale et il le rappelait : « Je fis produire du blé, étant l'ami de » Népra; je fis des adorations et le Nil couvrit toute la terre : il » n’y eût point d’affamé grâce à moi”. » L'inondation annuelle, condition de toute récolte, est un bienfait des dieux, dû à leur amour pour le roi : « Son père Nil l’aime et étend sa protection » sur l'Égypte dans la sagesse de son cœur ». Ramsès IV compte également sur l'assistance divine :
« C’est toi qui fais être pour moi l'amour dans les cœurs ; c’est toi qui me donnes des
» inondations très grandes pour alimenter tes offrandes..., pour faire vivre l'Égypte.., » pour faire vivre la totalité des hommes de ton pays (ainsi que) tous leurs troupeaux
4 Inser. dédic. d'Abydos, 1. 106-107 (Masrero, p. 61).
2 Stèle de Ramsès IV à Abydos, 1. 43-14 (loc. cit.).
3 « Quant à ce que l’on m'accorde en partage suivant mes mérites, que ce soit une » grande puissance sur la terre, la terre en paix, etc. » (Stèle de Ramsès IV, 1. 31; Preux, loc. cit., 18).
4 « La vie est dans ta main, la force est en toi; Chaït et Rannout dans ton poignet. » Protège ton fils qui t’aime, le Ssr Séti IT. » (L. D,, III, 237; Cuapas, Æ. Z., 1873, 187).
5 Instructions d’'Amonemhdit, $ 11 (AmMÉuNEAU, R. Tr., XI, 104).
6 Hymne au Nil'de Silsileh (en trois exemplaires : an I de Ramsès II, an VI de Ménéptah et an VI de Ramsès III : Æ. Z., p. 1873, 31).
» et leurs plantations qu'a crééesta main. Certes ! c’est toi qui as créé tout cela : tu ne » saurais l’abandonner.... Tu es le repos (ou la paix) de la terre d'Égypte : (ton) pays est » sous mes ordres f. »
Le roi continue donc l’œuvre créatrice des dieux ; il y collabore par les ordres qu’il donne, en union de pensée avec eux.
Telle est la volonté des dieux. Telle sera l’œuvre du pharaon, comme l'examen des rapports du roi avec ses sujets nous la montrera plus amplement. Dans ces conditions on conçoit facilement qu'il ne soit responsable d'aucun de ses actes devant nul mortel.
Le pharaon est souverain absolu et maitre de ses sujets. Personne dans ses États n’a le droit de lui dire : « Qui t'a fait » roi? » ni de lui demander compte de son gouvernement. Cependant il n’est point libre absolument d'agir à sa guise, de se conduire en tout à sa fantaisie, de décider de tout arbitrairement.
Au-dessus de lui plane la loi. En tout, quoi qu'il en ait, il doit obéir comme un fils à la volonté des dieux et faire ce qu'ils aiment. Or avant tout, les dieux aiment l’ordre, la régularité, la tradition, le bien selon les lois existantes, écrites ou non écrites. Le roi doit se soumettre à ces lois, maintenir l’ordre et l'harmonie sur la terre d'Égypte comme eux-mêmes les maintiennent dans le ciel et dans l'univers.
Les simples mortels se vantent d’avoir obéi à la loi, et par là, mérité la faveur des dieux. Ils ont « fait remonter Ait vers les » dieux », en leur apportant le bien * ; ils ont « fait remonter Hat » vers le maitre de Mit” », « vers celui qui l'aime »; ils « donnent Adÿt à Rà » *; préparés par Thot, ils « font voyager Maït » à l’avant de la grande barque »°. En agissant ainsi, ils imitent des êtres supérieurs : les quatres singes cynocéphales, gardiens du bassin de feu purificateur, « résident à l’avant de la barque » du Soleil » et « font monter Maït vers le Seigneur suprême » 7; Sokhmit aussi « debout à l’avant de la barque de son père », y installa Häit. Comme les hommes, avant eux sans doute et mieux
1 Prière à Osiris, 1. 17-21 (R. Arch., 1869, p. 281). 2 L. d. M., LXXIX, 5. 8 Jbid., LXXI, 4. # Tb., CXXIN; 10. 6570.) XCVIL A. 6 Zb., CXXX, 17. 7 1b., CXXNI; 1. 8 7h ICEXIN, 5-4.