ÉLOGES POÉTIQUES
densées et choisies, mais tout un panégyrique. La stèle de Kouban, par exemple, débute par sept longues lignes qui se résument en une date et le nom de Ramsès IT amplifié par deux fois. J'y relève ici seulement les diverses expressions de sa puissance protectrice et terrible :
«€ L'an III, le 4 de Tobi, sous la Majesté d'Horus, taureau fort... l’unisseur du vautour » et de l'uræus, protecteur de l'Egypte et dompteur des pays barbares, l'Horus d’or.…., » grand de victoires, le roi... Ramsès... — Le dieu bon... bel épervier de vermeil, qui » couvre l'Egypte de ses ailes, et étend son ombre sur les Egyptiens, rempart de puis- » sance et de victoire, terrible au sortir du sein maternel, saisissant sa vaillance, » élargissant ses frontières, au corps de même couleur que la force de Montou, l'Horus » et le Sit..., taureau fort contre la misérable Ethiopie, griffon rugissant contre le pays » des Nègres, dont les pattes conculquent les Anou et la corne fonce contre eux, dont » les esprits sont puissants en Haute-Nubie et la terreur s'étend Jusqu'au pays de Sakari, » dont le nom règne en {out pays à cause des victoires que ses bras ont remportées…., » le roi Ramsès. 1 ».
À Ibsamboul* et à Médinet-Habou *, les amplifications du protocole deviennent même un thème littéraire, une sorte d'hymne en l'honneur du roi, dont le nom revient comme un refrain. Elles retournent ainsi à leur origine, la poésie religieuse.
Mais cette sorte de protocole se rencontre dès le lendemain de la libération du territoire dans une stèle d’Ahmès * : l'usage doit dater du premier empire thébain.
A la même époque au moins remontent les expressions imagées, les métaphores et les hyperboles qui ont fait irruption jusque dans l’énonciation officielle des noms royaux. Elles s'étaient épanouies d’abord avec plus de liberté, plus de naturel aussi et je n'ose dire plus de grâce, dans des compositions d’un style moins asservi à une rigoureuse exactitude. Dans les chants ou les discours à la louange du roi, dans l'explication d’une série de scènes historiques retraçant sa gloire sur de longues murailles, comme celles de Karnak ou de Médinet-
1 Stèle de Kouban, 1. 1-7 (Prisse, Mon. Eq., pl. 21; Cnapas, Mines d'or, 1863, p. 13-39; Erman, Æ9., 90-91).
2 Protocole amplifié de Ramsès IT (L.D., 111,195; Gurexsse, 2. Tr., X,61-63); infra, p.142.
3 Protocoles de Ramsès III : an V, L 1-17 (ne Roucé, Z. Æ., 139-140; Daressv, À. Jr1e 408-110); mésori an XI, 1. 1-23 (DÜMICHEN, H. I., 18-19; Danressv, 2/.-H., 80-81); an XI, 1. 4-12 (Greene, Fouilles, pl. 1; Danessy, M.-H., p. 92-94). |
4 Karnak, 1. 1-21 (LecraiN, Ann. Serv., IV, 27-29; SETHE, Urkunden, IV, 14-20).
Habou, la variété est de mise, et c’est un mérite que de renouveler l’expression.
L'ode de Kahoun en l’honneur de Sénouserit II, écho d’une tradition sans doute déjà longue, mais que nous n’atteignons pas, assemble les éléments de l'éloge poétique d’un roi protecteur de l'Égypte et terreur des ennemis.
« Exultent les Egyptiens par ton sabre, car tu as protégé leurs anciens droits 1...
» Exultent les deux rives de l'Est et de l'Ouest par tes exploits, car tu as élargi leurs » dépendances !…
» Exultent les deux terres du Sud et du Nord, car tu as protégé leurs remparts !.… » Grand ilest, le Maitre de son domaine, car lui il est ce rempart de murs qui garnissent » la contrée de Qosimou (Goshen, Gessen) !
» Grand il est, le Maître de son domaine, car lui il est ce refuge où nul ne peut être » poursuivi !
» Grand il est, le Maître de son domaine, car lui il est ce boulevard qui délivre le craintif » de son ennemi !..
» Grand il est, le Maître de son domaine, car lui il est le mont qui s'oppose comme un » mur à la brise au temps de l'ouragan | » Grand il est, ie Maitre de son domaine, car lui il est comme Sokhmit, la déesse-tigre, » contre les ennemis qui enjambent par-dessus la frontière !.… » Ilest venu, il a protégé les deux terres du Midi et du Nord ; il a pacifié les deux bandes » de l'Est et de l'Ouest !
» Iest venu, il a foulé les barbares du Midi; il a assommé ceux du Nord qui ne le » redoutaient point !
» Il est venu, il a consolidé sa frontière, et il a repoussé les guerres loin d'elle 1 ! »
Idées, expressions, métaphores se perpétueront dans le genre encômiaque. Les époques postérieures les reproduiront avec les comparaisons à la déesse Sokhmit, à un rempart ou une muraille protectrice. Que les dieux prennent la parole, que les grands rendent hommage à leur maitre, que le roi prononce son propre panégyrique, c’est tout un. Thot dit à Séti [er :
« Tu as fortifié l'Egypte, en qualité de son maître; tu as étendu les ailes sur ses habi- » tants ?; tu es pour elle un mur de métal 3 aux créneaux hérissés de pointes, dont tu as » scellé la façade avec du fer si bien que les barbares n’ont pu le forcer. # »
1 Pap. Petrie (Grirrira, pl. mu, p. 1-3; Maspero, B. Eg., VIII, 406-409).
2 Cf. « le bel épervier de vermeil, qui couvre l'Egypte de ses ailes et étend son ombre » sur ses habitants, la forteresse de puissance et de victoire. » Ramsès II, Stèle de Kouban (Prisse, Mon., 21, 1. 2; Caapas, Mines d’or).
3 Cf. Thotmès I : « forteresse de ses soldats mennou ni menfiou-f. » St. de Tombos (L. D., UT, 5, 1. 10). — Ménéptah : « Ses paroles sont comme un rempart. » Éloge ; Pap. Anastasi Il, p. 4 (Cnapas, X7Xe d., p. 93). — Ramsès III « Grand rempart pour » l'Egypte » — « Muraille résistante, ombre pour les Egyptiens qui se reposent à l'abri » de ses armes puissantes » — « Mur résistant qui couvre l'Egypte et qu'aucun ennemi » ne perce. » Médinet-Habou, an V, 1. 12 (ne RouGé, Z. Æ., 140; Daressy, p. 410); murN., 5e et 9e tabl. (CHapas, Æ££., 275 et 257; Daressy, 189 et 194).
4 Marietre, Abydos, TI, 52, 1. 46-17; Maspero, 2. Crit., 1870, II, 40; — G. Ep., 98).