CITATIONS. SYNTHÈSE PHILOSOPHIQUE XI
avouées par les Égyptiens dans leur conduite comme dans leurs confessions, ne peut-on pas tirer une philosophie ? A la vie des hommes cette philosophie donnerait pour objet, pour principe et pour fin la vie elle-même. L'homme n’est-il point la mesure de toute chose ? Sur cet axiome des sceptiques reposerait dogmatiquement la société la plus autoritaire.
D'où proviennent la grandeur des dieux et la terreur qu'ils inspirent, sinon de leur action mystérieuse sur la vie des mortels? Amon-Râ, dieu suprême, donne la vie à tous les êtres que supporte la terre; mais si sa colère déchaîne les fureurs de Sokhmit, l'humanité tout entière disparaîtra bientôt dans un déluge de sang. C’est par un pouvoir semblable que le pharaon prouve sa divinité. Il pourrait « enlever les souffles » à tous les humains : et par intermittence les ennemis de l'Égypte le rapprennent à leurs dépens. Mais, plutôt que d’ôter la vie, il aime à la multiplier. Comme les dieux et de concert avec eux, il est l’auteur de la vie, le gardien de la vie, l’embellisseur de la vie. Il jouit de la vie pour lui-même dans la plus large mesure, étant le maître de tous les biens du monde : ei là éclate sa supériorité sur les simples mortels. Mais il communique hors de lui la vie et ses jouissances à humanité tout entière : par là sa bonté brille dans tout son jour divin. Sous ce double aspect, ne mérite-t-1l pas bien ces noms de « Bon Dieu » et de « Taureau fort » ou « Créateur tout puis- » sant » ?
Du même coup s’'illuminent et l’essence du bien et du mal et le principe de leur distinction. Le bien, pour tous les hommes, c’est tout ce qui contribue à créer, soutenir, développer, réjouir la vie humaine. Le mal, c’est ce qui la diminue ou la détruit. La morale, c’est la connaissance de la vie et de ses mystères, de ses ressorts, de ses aliments, de ses vissicitudes et de leurs causes ; c’est la mère des sciences, la gnose, source du bonheur. Quoi d'étonnant qu’elle ait pénétré, imprégné, transformé les cultes et la religion ? Le bien s'impose à notre amour ; le mal à notre haine, non en vertu d’une loi extérieure, mais parce que la vie qui est en nous tend vers tout ce qui la favorise et répugne à ce qui la combat. À