QUESTIONS SECONDAIRES IX
de leur obéissance et la nature de leurs services résultent des pouvoirs qu'il leur délègue ; mais aussi bien le rôle de conseiller que celui d'administrateur, celui de directeur de travaux publics que celui de chef d'armée, les astreint à une soumission absolue. Cependant ils se trouvent associés à l'autorité royale, en exécutant les ordres ou les désirs d’en haut, ils collaborent au gouvernement du roi et à ses effets bienfaisants : leur sagesse, leur force, leurs richesses profitent aux petits, qu'ils assistent, protègent et éclairent ; leur bonté, reflet de la bonté royale, fait vivre le même peuple, et, en lui enseignant ses devoirs, le guide au bonheur. Les subalternes participent en quelque mesure à l'autorité et aux devoirs des grands ; leur respect de la hiérarchie et des traditions contribue efficacement à transformer les pratiques du gouvernement en vertus individuelles, la providence administrative en œuvres de charité. Les petits rendent en humbles services, en hommage et en travail, les bienfaits qu'ils reçoivent ; toutefois ce sont des hommes, dont les misères excitent la pitié et dont les sentiments à l'égard de leurs maîtres ne laissent pas ceux-ci indifférents. À tous les degrés de l'échelle humaine, chacun sent sa responsabilité, vis-à-vis des dieux sur terre et dans l’autre monde, vis-à-vis du roi, vis-à-vis de ses supérieurs, vis-à-vis même de l'opinion de ses égaux et de ses inférieurs.
Incidemment, plus d'une question secondaire se greffera sur cette trame générale. Peut-être taxera-t-on de digressions plusieurs de ces développements. Chaque chapitre en renfermera, sans épuiser la série des recherches justifiées par tel ou tel titre. Je ne les ai point écartés pourvu qu'un lien les rattachât à la question morale. Ainsi n’ai-je tracé un tableau complet d'aucune administration, mais ai-je seulement indiqué quels devoirs généraux devait remplir chaque administrateur, indépendamment de son grade et de ses attributions spéciales. Si j'ai insisté sur la justice royale, c’est à cause des comparaisons nécessaires avec la justice divine et ses sanctions. Tout un chapitre traite de la guerre, sujet touché encore par deux autres ; mais on n°y verra rien sur la stratégie ou la poliorcétique, pas plus que sur l’arme-
x PRÉFACE
ment. L'adoration due au roi entraine bien des détails sur le culte du roi vivant : à peine ai-je glissé quelques mots sur le culte des rois défunts, qui prêterait beaucoup à dire comme le culte des dieux, mais qui n’atteint pas la mème importance au point de vue de la conduite. A propos des devoirs du bas peuple, je n’ai pu me dérober à la question préalable de l'esclavage.
Tout le long de cet ouvrage, j'ai multiplié les citations, même à l'appui d’assertions d'importance secondaire. Autant que possible, j'ai cherché à reproduire les idées et les sentiments des Égyptiens avec leurs propres expressions et pour ainsi dire de ton original. Le risque d'alourdir mon exposition et mes notes, m'a paru moindre que celui de procéder par allusions obscures et invérifiables. En effet, les textes égyptiens, on l’avouera, sont peu répandus et peu accessibles aux lecteurs, en dehors des spécialistes. À ceux-ci même des références précises épargnent des recherches et du temps. Mais cela ne va pas sans quelque pédantisme. Pour un auteur classique, il suffit de noter avec un titre le chiffre d’un chapitre ou d’un paragraphe, que reproduisent éditions et traductions : les égyptologues citent peu l’auteur ou le titre d’un texte, rarement connus (d’ailleurs, plus souvent le possesseur antique ; tantôt 1ls renvoient au manuscrit, tantôt à la collection qui le conserve, tantôt à un éditeur, ou à un traducteur, ou à un commentateur, tantôt à tel ou tel recueil de textes ou à telle revue ; parfois on croit avoir affaire à une multitude de textes et ces références si variées ramènent au même passage. Faute de mieux, j'ai cru d’une bonne méthode de combiner ces diverses indications. On ne trouvera pas ici de texte inédit, Quant aux traductions, je les emprunte le plus souvent aux maîtres de la science, sans m'interdire toute rectification ou tout complément.
Du spectacle offert au cours des siècles par la société égyptienne des relations reconnues entre les hommes, des obligations morales