‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 80 sur 433 · PAS DE TORTURES · texte numérisé non relu

PAS DE TORTURES

la destruction systématique des arbres fruitiers ingénèment rapportés par les monuments égyptiens ; elle ne voue plus à l’extermination totale le peuple vaincu, pas même par l'esclavage substitué à la tuerie; elle considère comme des êtres inoffensifs les femmes et les enfants, les déclare neutres et sauvegarde leur honneur, leur liberté, leur vie‘; elle impose enfin certains égards envers la personne des vaincus et les cadavres des tués. Mais il à fallu des siècles de barbarie pour réaliser ces progrès relatifs.

Dans toute l'antiquité, les « prisonniers vivants » et les noncombattants, âmes, corps et biens, tombaient à la merci du vainqueur. Pas plus que d’autres, les Égyptiens ne leur reconnaissaient aucun droit, pas même à la vie. Ni la victoire ni la bataille ne respectent une morale supérieure à la force. Cependant, entre tous les anciens peuples, ils exercèrent le moins de cruauté contre les victimes de la guerre. Si les légendes religieuses conservent les traces de l’anthropophagie primitive et de traitements honteux subis par les vaincus *, l’histoire n’en dit plus rien. Si une part des captlifs arrosait de son sang les autels des dieux, encore ne voit-on dans les représentations de sacrifices humains que des hommes faits, des combattants de la veille, et ces sacrifices se raréfient-ils aux âges historiques. L’esclavage remplaça de bonne heure le massacre après la bataille. Les documents historiques montrent le sort des prisonniers. D'abord on les traita en bêtes sauvages; on les attachait par un anneau dans lé nez * ou une corde passée aux lèvres‘. Plus tard, nous les voyons rudement liés les bras derrière le dos”, souvent étalés sous les pieds ou sous le trône du roi”,

1 Dronone (II, 36), suit son système de morale en actions pseudo-historique, quand il écrit : « Les guerriers (dans l'Inde) se massacrent les uns les autres dans le combat, » mais ils ne font aucun mal aux laboureurs qu'ils regardent comme leurs bienfateurs » communs; ils n'incendient jamais les champs de leurs ennemis et n’y coupent point » les arbres ».

2 Sur le viol des prisonniers : Pyr. Pépi IL, 1. 111 (Masrero, À. Tr., XI, 67, n. 7).

3 D: Fououer, apud pe MorGan, Recherches.

4 Ainsi le captif figuré par la tête humaine tenue en laisse par un épervier sur la palette de Nar-Mer (Quisezz, Hiéracônpolis. pl. 29; Masrero, Æev. Crüt. 1901, 1, 386). — Cf. Base de la statue de Khasokhem (Quisezz, /d., pl. 39-40).

5 Voir le texte de Ramsès IIT, supra, p. 156, n. 12.

6 Par exemple... cf. Jéquier, Æ. Z., 1906, XLIII, 96-97.

parfois attachés sur son char!; mais il y a là souvent un cliché et une métaphore plastique. Dans la réalité, ils étaient bientôt mêlés à la population servile des temples et dès métairies royales : là ils travaillaient à la culture et aux constructions ; les plus malheureux allaient rejoindre dans les mines les criminels de droit commun ?. Si la vie pesait durement sur eux, pouvaient-ils exiger un sort plus doux que celui des artisans et laboureurs sujets libres du rot ?

Du moins, on n'entend jamais parler de supplices et de tortures raffinées comme en infligeaient aux vaincus les peuples asiatiques. Il n’est question ni de prisonniers empalés vivants, ni d'yeux crevés, de nez et d'oreilles coupées, de lèvres et de langues arrachées, de pieds et de mains tranchés, ni de femmes et d’enfants assommés ou brûlés vifs, ni de chefs écorchés vifs, crucifiés ou sciés entre deux planches *. Pour trouver l’analogue en Egypte, il faut descendre jusqu’au supplice de Bocchoris brûlé ou écorché vif par Sabacon‘. Si les Égyptiens s'étaient complus à ces horreurs, on en trouverait quelque trace sur les monuments. Ils tuaient avec entrain et massacraient avec orgueil: on ne voit point qu'ils aient savouré quelque jouissance à faire souffrir.

Les joies du triomphe n'étaient pourtant pas toutes délicates. On ne se contentait pas de ramener de nombreux prisonniers et de rapporter une grande quantité de butin. Les morts n'étaient pas respectés, et ce n'étaient pas seulement leurs armes qu’on leur enlevait. En tête des trophées que Ramsès [IT et Ménéptah

1 Sur la stèle triomphale d'Aménôthès III (Mus. Caire, n° 293, ancien 1377), on voit des prisonniers asiatiques et nègres, antou m sak ankh, liés sur le char et d’autres attachés aux chevaux. Ceux qu'on voit sur le char de Séti I (mur N. de Karnak, campagne d'Asie : CHaAmpozuioN, Mon., 292; Not, Il, 91; Rosezumni, Mon. Stor., 50-51: L. D., 728 À 8; Burton, ÆZxc. hier., 36: Brucscu, Rec., 48-49), comme sur celui de Thotmès IV (Mus. Caire : Carter, Tomb of Thoulmosis IV, pl. 12), ou comme sur le socle du faucon de Nar-Mer (Quisezz, Hiéracônpolis, pl. 29) ne sont que des sculptures symboliques.

2 Dronore, III, 11.

# Cf. Annales d'Assournazirabal, Salmanazar III, Tiglatphalasar III, Sargon, Sennakhérib, Assourbanabal (Maspero, 7. Or., bibliog., III 13, 54, 418, 295, PEER fig. : II, 639, III, 203, 235, 357, 545-546; traits : IT, 637- 639, Ill, 18, 20, 40, 50-51, 67, 94, 191, 234, 240, 242, 289, 385, 410-413, 423, 438, 440) ; — Bible (Jud., I, "6-7: L Sam., XI, DE II, 31; I, Chron., XX. SIN Reg XXE AG; XXV, ïle

4 Brûlé selon MANÉTHON (éd. Muzer- Dior, Fragm. hist. græc., W, 593)

, — écorché selon JEAN D’ANriocae (Maspero, H. Or., IV, 540).

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