TROPHÉES SANGLANTS
ont conquis sur leurs ennemis figurent des dépouilles prélevées sur les cadavres. Au soir de Crécy, les hérauts d'Édouard IT alignaient et comptaient les morts ; mais, la victoire évaluée, ils respectaient et inhumaient les restes de chrétiens comme eux: les anciens ne prenaient pas le mème soin. César fit couper la main des défenseurs d'Uxellodunum ; du moins les rois d'Égypte ne s’en prenaient qu'aux morts.
Les nombreux textes funéraires qui parlent de décapitation semblent indiquer que la tête des vaincus servait ordinairement de trophée. Aucune relation de combat ne le dit expressément !. La traduction des rares textes non-religieux invoqués pour prouver l'existence de la décapitation en Égypte a été contestée ?, Cependant, parmi les textes de Karnak qui commémorent les victoires de Séti I° sur les Chasous ou les Syriens, on lit bien : « Séti se » réjouit de saisir ses armures, son cœur se délecte à la vue du » sang; 1l coupe les têtes des rebelles”. »
Sous la dynastie précédente, Aménôthès IT, ayant pris à Takhis sept princes révoltés, les ramena à Thèbes, en sacrifia six devant Amon, fit attacher leurs têtes et leurs mains à l’un des pylônes de Karnak, et expédia le septième à Napata pour subir même traitement “. Il est à noter que ces deux cas suivent des campagnes
1 Les rois se réjouissent souvent de manier le cimeterre et parfois de couper les têtes (C£. Séti Ier supra, p. 122 et 131 ; Ramsès IT, ap. Daressy, p. 98 et 139), mais rien ne dit qu’on les ramasse.
2 Les deux textes seuls invoqués : — « Er hieb ab die Kopfe ihrer Grossen » (Amonemhabi : Erman, Æ. Z., 1873, 8) et : « elle tranche la tête des Amous sans qu'ils » puissent résister » (St. de Thotmès III : Maspero, G&. Æp., 87), — renferment une
métaphore et doivent se traduire ainsi : « Il a lié en faisceau les principaux de leurs » chefs », et « Ecrasant les chefs des barbares d'Asie. » — (Cf. Preuz, Æ. Z., 1885, 86; 1888, 114-116).
8 Karnak, mur nord, g., Aer reg., 3e tab. ; Retour de Kodech : /bid. dr., 2e reg, 3 tab. (L. D., IL, 198; À. Tr., XI, 59, 69).— C’est à tort que l’on a cru voir là des têtes coupées attachées au char (Cf. p. 57, n. 3); ce sont des ornements sculptés aux supports de la caisse, comme certains bras de fauteuils et pieds de lits figurent des têtes de lion. On voit également des têtes de Nègres aux bras du fauteuil de Sit-Amon (Masrero, Guide, 1906, p. 438-439; Archéologie, 1907, fig. 284; Davis, The Tomb of Jouiya, 1907, pl. 33-34; Boncaanor, Æunstwerke, pl. 39; Caparr, Art Eg., pl. 78) et des têtes royales à la barque de Ramsès II (Daressy, M.-/., p. 142).
4 Insc. d’Amada (L. D., II, 65, 1. 16-20; Masreno, A. A., 204; H. Or., IT, 292). Plusieurs auteurs comprennent le passage différemment; ce serait seulement le cadavre des princes qu’Aménôthès aurait attaché à la proue de son navire et promené depuis l'Asie jusqu’à l'Ethiopie.
en Asie‘. Pourtant le traitementinfligé par Thotmès [au cadavre d’un chef nubien, qu'il suspendit la tète en bas à la proue de son navire pour le ramener à Thèbes, précède les campagnes d'Asie ?.
De scalp je ne relève qu’une mention. Encore est-il vraisemblable que Thotmès I ait retorqué cet outrage contre des ennemis qui l'en menaçaient. On lit en effet : «Il a enlevé leurs » chevelures aux Amou-Kennou et aux Hérouchaou..…. I ne lui » manque pas de tresses de cheveux » *.
Les monuments témoignent d’une autre sorte de mutilations opérées sur les cadavres d’ennemis. Les soldats de Ménéptah [*, dit l'inscription de Karnak, revinrent poussant devant eux « des » ânes chargés de phallus coupés de la nation des Libyens, ainsi » que des mains de toutes les nations qui étaient avec elles, conte- » nues dans des peaux ou en bouquets “»; et plus loin on lit les chiffres pour chaque catégorie d'objets répartis par nationalité °. Ramsès II aussi évalue ses succès par la quantité des membres coupés”. Il imite en cela même Ramsès IT, le grand ancêtre”.
Non seulement les inscriptions relatent le fait; mais les arts de l’ornementation les reproduisent en tableaux sur les murs du Ramesséum, d'Ibsamboul et de Médinet-Habou. Les trophées s’entassent en plusieurs monceaux, des scribes prennent note, le roi contemple avec une joie fière et sereine.
1 L’ablation, le recensement, l'exposition des têtes étaient en effet des coutumes asiatiques. Cf. Annales de Tiglat-Phalasar Ie : « Je les décapitai et couronnai de leurs » tètes les murs de leurs villes. » (Col. I, 62-88: Lorz, Die Inschr. Tiglathpilesers ; Maspero, H. 4., 295. — Lavarn, The monuments of Nineveh, 1, 22 (T0), IT, 49, 29, 37, 45 ; Masrero, À. Or., II, 635, 639, bibliogr. 643; IIT; 278, 412. — Rois, II, X, 8).
2 Insc. d'Ahmas-si-Abina, 1. 28 (Cuapas, Æ{., p. 21-23: Masrero, A. Or., II, 106).
8 Stèle de Thotmès Ier à Tombos (L. D., III, 5 A; Preue, Pet. Et., p. 2-3).
4 Insc. de Karnak, 1. 46 (CHapas, Z., p. 198).
5 Jbid., 1. 50-56.
6 « Leurs tués sont mis en tas sur le sol... On prit comme butin pour l'Egypte des » mains et phallus coupés et d'innombrables prisonniers enchaînés pour le dépôt. » {Inscr. de lan V, 1. 35-37 : Dümicnen, H. 7, II, pl. 47; CHapas, p. 230). — La campagne contre Machachar, fils de Kapour, donne 2175 mains coupées (Inse. du gd pylône : Dümicmen, À. 1., pl. 27). Cf. 2e cour, portique sud, tableaux ; mur nord extérieur, 3° et 9e tableaux, où le compte est de 12, 535 membres (Daressy, M.-H., p. 78, 106, 187 et 192).
7 « Compte fait pour lui des phallus des chefs des Khétas et des mains de ceux des » Naharina. » Ibsamboul et Ramesséum (Cnampozzion, Not, p. 65; Mon., pl. 26-33 ; Gureysse, 2. Tr., VIII, 126, 139-140).
8 Décrivant les sculptures du tombeau d'Osymandias correspondant à celles de Médinet-Habou, Diopors (1, 48) interprète l'usage de la mutilation par un symbolisme erroné comme la description même sur laquelle il repose. On voyait, dit-il, sur le second mur