LES QUALITÉS GUERRIÈRES
mière fois dans les guerres civiles qui précèdent l'avènement de la xn° dynastie : un partisan des rois Héracléopolites, Tefabi, prince de Siout, « promenait la flamme à son gré dans les nomes » du Sud », mais il savait, dans le sac d’une ville, distinguer entre ses prises, et, quand il « s'emparait d’un chef, l’emprisonnait sur » le port jusqu’à ce qu'il payât rançon » ‘. Le tribut n’apparaît pas avant les conquêtes asiatiques.
$ 2. — Les qualités guerrières.
L’amour-propre trouve bien aussi sa part dans les récompenses accordées par le roi. Outre leur valeur matérielle, certaines d’entre elles ont une valeur d'estime ; ce sont des décorations, des armes d'honneur. L’ « honneur divin », noutir douaou, était une distnction fort enviée. En quoi consistait-il ? on l’ignore? ; on sait seulement, par quelques stèles, qu'il récompensait des services civils aussi bien que de hauts faits militaires comme ceux d’Amonemhabi. Le jour où ce dernier le reçut, « la joie remplit son sein, » l’allégresse s’attacha à ses membres » *.
Mais, si la satisfaction du triomphe s'exprime bruyamment par des cris de joie répercutés dans le pays tout entier, par des acclamations dans les villes et les campagnes exaltant les prodiges accomplis # le plaisir de la lutte semble avoir été moins vif. Rarement on voit, comme dans l'éloge de quelques rois, Pélan de la vaillance personnelle, la fermeté devant le danger, plus rarement encore l’enivrement du combat. Héros pratiques, les soldats des Pharaons songent avant tout au butin. Ravages et maraudes, convois de prisonniers et de dépouilles, voilà ce qui les touche plus que Le déploiement des vertus guerrières.
Nous ne connaissons pas un monument élevé au courage mal-
4 Grurrira, nsc. of Siüt, pl. xi-xn; Maspero, Rev. Crit., 1889, IT, 415-418; H. Or., I, 456-457.
2 Cf. ch. var, $ 14.
3 Stèle d'Amonemhabi, I. 28.
4 Insc. de Ménéptah, I. 47 (CHaBas, EÆ4., p. 198).
heureux!, au dévouement on au sacrifice. L'Égypte a eu des Thémistocle et des Alexandre : elle n’a célébré ni un Hector, ni un Codrus, ni un Léonidas. Nous savons par sa momie que le roi Soqnounri mourut dans une bataille en s’efforçant de chasser les Hycsos : nulle légende n’a célébré sa mort.
On n’admire guère d'actions d'éclat à la manière de celles des héros d'Homère ou de Plutarque. À peine pouvons-nous mettre hors de pair Amonemhabi, petit capitaine dans les campagnes de Thotmès II en Asie?. Il énumère avec soin toutes les batailles et les assauts auxquels il assistait, note sommairement la part qu'il y à prise et ne néglige pas de dire à chaque fois quelle récompense il en reçut; enfin il s’étend avec une certaine complaisance sur ses exploits au siège de Kodech. L’ennemi, pour jeter le trouble dans les rangs égyptiens, avait lâché hôrs des murs une cavale furieuse ; bravement Amonemhabi se mit à sa poursuite à pied avec son poignard, l’abattit d’un coup au ventre et rapporta fièrement au roi comme trophée la queue de l’animal : voilà un coup d'épée dont sourirait un matador espagnol. D'ailleurs, Amonemhabi, après s'être ainsi distingué, ne fut pas moins brave contre les guerriers et monta le premier à l'assaut.
Rien de chevaleresque dans la conduite ou les sentiments de l'Égyptien. En général, il ne rêve point de victoires chaudement disputées, de luttes à armes égales, d’adversaire digne de lui. Il méprise ses ennemis, sans même se rendre compte qu’à les rabaisser trop il diminue son propre mérite. Les héros d'Homère échangent des injures de haut ton ; ceux de l'Égypte usent d’un vocabulaire tout aussi riche pour parler de leurs adversaires : vils, lâches, ignobles, etc.* Le héros d’un conte d'aventures, Sinouhit, ne décrie pas le brave de Tonou qui vient le défier dans sa tente : il reconnait en lui « un illustre, sans pareils, car il avait détruit
1 Exceptons, si l'on veut, Papinakhti d'Eléphantine, qui périt dans une expédition par mer au Sinaï, surpris par des indigènes Hirouchaïtou, et dont le corps fut rapporté dans SOn pays par son compatriote Sabni (be Moncan, Cat. Mon., I, 175-176, 146 sqq.; Serne Urkunden, \, 131-135, 135-140; Maspero, H. Or., I, 432). ;
? Inscr. d’Amonemhabi, 1. 25-32 (CHapas, Mél., IV, 287).
$ Cf. infra, p. 178.