LES QUALITÉS GUERRIÈRES
» tous ses rivaux », et tout le peuple tremble pour Sinouhit!. Mais c’est là une exception qui tranche sur les habitudes.
Le plus souvent, on affiche le mépris. Le roi Sénouserit III se moque de la fuite des nègres :
« C'est que le nègre est {ombé de bouche ; il ne répond pas ; il s’est mis à fuir, comme » si un crocodile le poursuivait ; en fuyant, il marche plus vite que le crocodile. Certes, » ce ne sont pas des hommes dignes d'égards ; ce sont des misérables, des cœurs in- » sensés 2. »
Passe encore après la bataille, lorsque l’ennemi a tourné le dos! Mais Ménéptah préjuge les défaillances du chef des Lybiens, le violent désespoir qui s’emparera de lui, la terreur qui circulera dans ses membres et sa fuite précipitée où il laissera tomber arc et carquois * ; voici donc les aménités qu’il débite :
« Mon intention est de les prendre comme des poissons sur leur ventre. Leur chef est
» tout le portrait d’un chien; c’est un homme ignoble, sans cœur ; il ne se rassiéra pas » [sur son trône]; je les ferai fuir jusqu’au pays des Petti-Chou #. »
Contre de vils adversaires, tous les moyens sont bons. A côté de la vaillance, la ruse a sa place. Malgré l'horreur qu'ils affichaient pour le mensonge, les Égyptiens ne réprouvaient pas une duplicité habile et profitable. S'ils n’ont eu ni toute l’ingéniosité d'Odysseus, ni la perfidie que Rome, peu scrupuleuse pour son compte, attribuait à Carthage, ils n’ont point dédaigné de leur ouvrir la voie. Ils applaudissaient le conteur qui leur narrait comment Thotii prit la ville de Joppé?. Le personnage exista° ; mais rien ne garantit l'authenticité de l’aventure, que les graves historiens tiennent à bon droit pour suspecte”. Thotn, général de Thot-
4 Pap. Berlin, I, L. 76 sqq. (Masrero, Contes, p. 111.
2 Inser. de Semnéh (L. D., Il, 136; Cnapas, ÆT., p. 133).
3 Inser. de Ménéptah à Karnak, L 34-35 (Dümicuen, A. Z., 1-5; Cnapas, Æ4., 196; Cf. supra, p. 90 et 151). — Dans la stèle d'Israël, après le récit de sa fuite, les injures sont mises dans la bouche des sujets mêmes du vaincu : « Quand il revint dans sa » montagne, il fut en butte aux malédictions; chacun dans son pays avait horreur de » l'accueillir : « Prince déchu! chien de malheur! panache de roseau! » lui criaient tous » ses concitoyens. » (L. 8 : SrreceuserG, Æ. Z., 1895, XXXIV, p. 3 et 12; Pere, Six temples, pl. 13-14, p. 26).
4 Inscr. de Karnak, L. 23-24 (Cnapas, £t., p. 194).
5 Pap. Harris, n° 500, p. 1-3 (Contes, p. 151-160).
6 Masrero, A. Or., I, 277; Perte, History, II, 142.
7 Brcu, Egypt from the earliest times, p. 103-104.
mès IIL; assiège Jôpou (Joppé). Pour faire sortir de la ville le chef qui la défend, il manifeste des intentions pacifiques et lui promet de lui livrer la canne magique du roi Menkhopirri; l’autre vient avec des femmes et des enfants, traite Thotii comme un frère et boit avec lui. Mais Thotii l’étend à ses pieds d’un coup de lacanne bien asséné et fait mettre son corps dans un sac avec les fers aux quatre membres. Et d'une ! Si le « vil chef » a été bien crédule, Thoti s’est montré peu loyal. Le chef mort, reste la ville. Un autre stratagème la livre à Thotii. Il a fait enfermer des armes, des chaines et des soldats dans de grandes jarres qu’il fait porter dans la ville par ses hommes, comme butin pris sur lui-même. À un signal donné, cinq cents hommes ainsi introduits se ruent ensemble sur les habitants et se rendent maitres de la place au nom du roi d'Égypte. L’Orient a retenu de ce conte le stratagème qui rend populaire encore aujourd’hui le nom d’Ali-Baba, chef des quarante voleurs. Si les jarres de Thotii rentrent dans la légende, c'est un monument authentique qui nous à transmis le souvenir d’une autre ruse de guerre, la cavale du roi de Kodech.
$ 8. — Guerre et religion.
La religion se mêle trop intimement à la vie des peuples anciens pour être restée étrangère à un fait aussi important que la guerre C’est même à la guerre, selon Diodore‘ et Plutarque?, qu'une croyance populaire rapportait, entre autres explications, l'origine du culte des animaux. Osiris, ou quelque capitaine antique, aurait donné aux différentes divisions de son armée, comme signes de ralliement, des images d'animaux fixées au bout d’une pique ; et, en reconnaissance de leurs victoires, qu'ils attribuaient aux animaux figurés, les Égyptiens auraient décerné à ces animaux les honneurs divins. Que les Égyptiens primitifs aient pris au contraire leurs fétiches pour enseignes, cela paraît plus vraisemblable
4 Dionore, I, 86.
2 PLurarQuE, De Jside, éd. ParrTHEY, p. 126-127.