MASSACRE DES IMPIES
Aussitôt Horus égorge les prisonniers. Les dieux accordaient aux rois des permissions toutes semblables dans des termes équivalents. Ainsi Amon concède à son fils Ramsès IIT tous droits sur la tête des prisonniers ramenés de Nubie à Médinet-Habou ! :
« Je t'amène, lui dit-il, les chefs des contrées méridionales qui t’apportent leurs » enfants chargés sur leurs dos et tous les produits précieux de leurs pays. Laisse la » vie à qui tu voudras parmi eux, tue ceux que bon te semblera. »
Les imperatores romains abandonnaient aux licteurs le rôle d'exécuteurs des hautes œuvres; Pierre le Grand y savourait un âcre plaisir ; en Égypte, ce rôle ne dégoûte ni les dieux ni les rois. Un texte des Pyramides, énumérant tous les services que Pépi a rendus à Osiris, ne manque point de le montrer rivalisant dans ce rôle avec les dieux :
« Tandis que Sib (Gab) affute ton couteau, et que Thot qui manie le couteau, qui » tranche les têtes, qui coupe les cœurs, tranche les têtes et coupe les cœurs de ceux qui » les font naviguer [tous deux], voici que ce Pépi vient à toi, à Osiris, et il tranche les » têtes de ceux qui se mettent à l'encontre de ce Pépi..…. et il anéantit les membres de » tes ennemis. il les met en pièces, 6 Osiris, et il se change en Celui qui est parmi les » mis en pièces ?. »
Pylônes des temples”, bas reliefs du Sinaï“, palettes d'Hiéracônpolis”, mettent sous nos yeux cette émulation des rois et des dieux.
Tout homme, dans la limite de ses forces et de ses moyens, imite et le roi et les dieux. Lui aussi s'associe aux querelles des dieux : c’est son devoir, et son intérêt le lui indique. Quelque faveur qu'il désire obtenir des puissances célestes ou du pouvoir terrestre, il lui faut leur plaire en voulant ce qu’ils aiment et en agissant comme eux.
En temps ordinaire, le simple particulier se contente d’une fiction mystique et il s’assimile à Thot, se vantant d’exploits qu'il ne peut accomplir que dans l’autre monde :
1 Hymne des points cardinaux (Dümicnen, A. 1.,17; Cuapas, #t.,115; Daressy, #.-A.,72). 2 Pyr. Pépi Ier, 1. 488-189 (AR. Tr., V, 193).
3 L. D., III, 61, 439 4, 444,186, 494, 195, 207, 209, 210; IV, 51 8, /74.
SL rD NL 27907. “
5 Palette de Nar-Mer(supra, p.168); Ivoire Mac-Gregor (SrreceLper6, #.Z.,1897,7-11,1ig.)
« J'ai combattu pour toi... Tes compagnons sont les miens, Osiris! Je suis l'un de ces » dieux nés de Nouit, qui massacrent les ennemis de l’Immobile de cœur, qui empri- » sonnent pour lui ses adversaires. — Tes compagnons sont les miens, Horus ! J'ai com- » battu pour toi, je me suis rangé auprès de ta personne 1. »
Faute de se ranger réellement parmi les fils de Nouït et les compagnons d'Horus, on ne manque pas d'emploi pour sa combativité. Horus a laissé des successeurs ; il s'incarne, avec les plus grands dieux, dans la personne de pharaon. Les sujets de pharaon continuent donc le service des compagnons d'Horus. Ses ennemis se confondent avec les ennemis des dieux. Etrangers ou sujets insoumis, envahisseurs ou partisans d’un compétiteur au trône, on les nommera, comme les adversaires d'Osiris ou de Rà, les « fils de la rébellion ». On ne leur ménage pas les appellations injurieuses ? : ce sont loujours des « renversés » *, des « éva-' » nouis » * « barbares violents de cœur » f, ou encore « des impies » 7, naturellement désignés à la colère des dieux. On ne les regarde pas comme des adversaires avec lesquels on mesure ses forces, mais comme des méchants, des peuplades à châtier*. Carnages, incendies, razzias deviennent des punitions méritées par eux ; nul excès ne passe pour acte de barbarie. Contre eux, la guerre est œuvre pie. Et on les massacrait sans scrupule, pour imiter les compagnons d'Osiris et d'Horus.
, des « misérables », « pervers », ou « infirmes »”°, des
La guerre des princes de Thèbes contre les rois Pasteurs qui aboutit à l'expulsion des étrangers et à l'établissement d’une nouvelle dynastie nationale, resta dans le souvenir du peuple empreinte d’un caractère religieux. Ce n'étaient pas seulement