‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 89 sur 433 · LES FILS DE LA RÉBELLION · texte numérisé non relu

LES FILS DE LA RÉBELLION

temps que leur alliance avec les dieux, leur dévouement à la bonne cause et leurs titres à partager le séjour et le bonheur divins.

Prolongeant la personnalité des dieux, les rois continuent sur terre et imitent leur œuvre : ils traitent leurs propres ennemis comme les dieux traitent les leurs ; or, en fin de compte, ce sont les mêmes. Shou est le « Seigneur des immolations » et « tranche » la tête des impies », il « saisit sa pique et abat les impies », il « massacre les Monitiou et les Satiou » ! ; les bas-reliefs du Sinaï célèbrent les Pharaons Memphites massacrant Monitiou et Satiou ?. Rà, Montou, Horus, Sit, Baal aiment les batailles ; Sokhmit, dans sa rage sanguinaire, semblable à une tempête, faillit anéantir l’humanité. C’est pourquoi Ramsès If, à Abou-Simbel, fait honneur de sa gloire aux dieux en se proclamant leur émule :

« Il a conculqué le pays de Khéta, il en a fait une demeure de cadavres, comme » Sokhmit dans sa tempête à la poursuite des pestiférés..……. Il enchaîne leurs têtes » comme je fils de Nouït...… Il immole les grands des nations qu'il a captivés, il en fait » la destruction 3. »

Ainsi, toutes les fois qu'un roi écrase et massacre ses ennemis, acclame-t-on sa ressemblance avec quelque divinité *.

Les rois n’attaquent donc jamais que les ennemis des dieux, les violateurs du droit, les « fils de la rébellion »°. Mais combien cette doctrine est simple et commode ! Les agressions des voisins de l'Égypte, ou même simplement leur résistance à la conquête égyptienne, ne paraissent jamais légitimes aux Égyptiens : ils les qualifient toujours de « révolte ». Ainsi déjà l'inscription d’Ounas traite-t-elle la guerre de Pépi contre les Hirouchaou°. De même, avant d’envahir le royaume de Ramsès IIT, les Machaouacha et les Tamahou avaient « couvé l’iniquité et la révolte » 7. L’expédition de Séti [® en Asie, l’an [ de son règne, est motivée par un

1 Pap. mag. Harris; Litanies de Shou, pl. x, 2 à x, 5 (Cuaras, Mél, IV, 250).

2 0), 11 34 0, 89%r, 116 À cf supra, p.119/n.2,3 et'4,

3 Inscr. d'Abou-Simbel {(Ibsamboul) : (CHampozzron, Mon., 295; L. D., II, 195; CHABAS, Mél., I, 37; IL, 10; Gureysse, À. Tr., X, 63).

4 Cf. chap. 1, p. 11-18.

5 Cf. « Ses esprits enchainent les méchants » (duu). — Pap. Anastasi I, pl. mi, 1. 6 : Maspero, G. Ep., 82.

6 De Roucé, Mon. six dyn.; Capas, Et., 117.

7 Pylône de Médinet-Habou (Dümicuen, H. Z., 22-27; CHapas, Et., p. 241),

message annonçant que « les vils Chasou ont tramé la révolte », et le dieu Amon charge le roi de massacrer les impies'. La cause d’un prétendant ne se justifie jamais aux yeux d’un roi en possession du trône, ni celle d’un compétiteur aux yeux d’un prétendant. Takellôthis IT réprima avec l’aide de son fils Osorkon les « fils de » la révolte » qui ont troublé son règne comme un cataclysme céleste ?. Tonouatamon, vainqueur des princes du Delta sous Îles murs de Memphis, élève une stèle pour immortaliser le grand massacre qu'il à fait des « fils de la rébellion sortis pour combattre » Sa Majesté »*. Après la révolte et le sac de Lycopolis, Ptolémée Épiphane invoque également le souvenir des dieux, heureux en cette occasion de faire revivre à son profit les anciennes traditions. Malgré la parole jurée aux petits princes de la Basse Égypte de leur laisser la vie sauve, il les avait traîinés nus derrière son char de triomphe et leur avait fait ensuite trancher la tête : ces événements se parent d’une couleur religieuse dans le décret de Memphis* :

« Sa Majesté égorgea les impies 5 qui s’y trouvaient en faisant un grand carnage, » comme l'avaient fait Thot et Hor, fils d’Isis et fils d'Osiris, pour les impies qui s'étaient » révoltés contre eux, en ce lieu autrefois. Quant aux impies qui avaient assemblé des » troupes et étaient à leur tête pour troubler les nomes et violer les temples, étant hors

» des voies de Sa Majesté, les dieux lui accordèrent de les abattre à Memphis dans la » fête anniversaire du jour où il reçut la royauté de son père. »

La conduite des divins chefs règle celle des rois à l’égard des vaincus après la bataille. Le droit de vie ou de mort appartient au vainqueur sur ses prisonniers et il en use à sa guise. C’est le principe que reconnaissent ces paroles de Rà après une des défaites de Sit :

« On donnera les compagnons de Sit à Isis avec son fils Horus ; ils leur feront tout ce » qu'ils veulent 6 ».

1 Karnak, mur nord, 1er reg. g., 3° tab. (CmampoLuron, Not. H, 93; À. Tr., XI, 60.

2L. D., LI, 256, L. 7; Capas, Mél., IT, 104.

8 Stèle du Songe (Marrerte, 4 pages, p. 4; Masreno, 2. Arch., 1868, XVII, 336 —B. Eg., VIX, 14).

4 Pierre de Rosette, $ 19-20, 1. hiérg. 13-17; 1. gr. 22-98; Stèle de Damanhour, 1. 20-93 (Bourranr, 2. Tr., VI, 7-8; Auc. Barzcer, Décret, p. XV = B. Egq., XV, 384-387).

5 De même Piänkhi n'avait massacré « que les impies » (supra, ch. 11, p. 9%).

6 Le mythe d'Horus à Edfou (cf. supra, p. 178, n. 3).

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