‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 97 sur 433 · EMPLOI DES TROUPES AUXILIAIRES · texte numérisé non relu

EMPLOI DES TROUPES AUXILIAIRES

Sans doute, il y a des soldats parmi eux : ils constituent le lien et la force vive de leurs armées: mais, s'ils veulent vaincre ou conquérir, ils ont recours à des auxiliaires. Ménéptah attribue au manque de troupes auxiliaires, pour repousser les peuples de la mer, l’état piteux où il trouve l'Égypte du nord, envahie et désolée par ceux-ci'. Après la bataille, l’un de ses premiers soins est d’enrôler les vaincus *. Déjà, du reste, il avait opposé Libyens à Libyens, et des Machaouachas combattaient dans les deux camps? Mais Ménéptah ne prétendait pas avoir inventé l'usage des troupes auxiliaires. Ramsès IT, son père, et, aux siècles précédents, les Thotmès et les Aménôthès*, comme sous le moyen empire les Amonemhâit et les Sénouserit”, en comptaient dans leurs armées. Le plus vieux récit détaillé d’une guerre qui nous soit parvenu raconte justement la levée et l'instruction des recrues étrangères. Ouni, ministre de Pépi I, de la vi dynastie, prépare une expédition contre les Hérouchaïtou en levant non seulement des Égyptiens, mais des milliers de nègres chez quatre nations d'Éthiopie ; pour les instruire, les officiers de l'armée égyplienne ne suffisent pas : toute la cour, et jusqu'aux chefs des prêtres du midi et du nord s’y employèrent à la foist. L'Égyptien organise et commande ; dans le triomphe, il occupe autour du roi les places d'honneur ; mais, dans la bataille, il lance en avant ses cipayes”.

Malgré leurs prétentions exterminatrices, quileur donnent quelque peu parfois des airs de matamores, les Égyptiens ne fermèrent pas toujours l'oreille à la pitié. Ils se montraient alors plus cléments, plus humains qu'ils ne voulaient le paraitre. Après s'être fait un cœur impitoyable, en paroles, pour les

1 Inscr. de Karnak, 1. 9 (DümicHen, /2.-/., 1-5; Capas, Zt., p. 192 : « Leur armée, elle » n'avait pas d’auxiliaires pour leur répondre »).

2 « C’est un misérable (le roi vaincu), odieux à ses soldats, lui dit un officier; c’est toi » qui les conduiras pour faire immoler [ceux qui lui seraient restés fidèles] au pays de » Timihou. » (/bid., 1. 213-44, p. 197).

3 Jbid., 1. 26 et 60.

4 Inscr. d'Amonhotpou-Houi (Karnak, pl. 37, L. 29-37).

5 Cf. infra, p. 192, n. 4, p. 196 et chap. vr.

6 Inscr. d’Ouni (pe Roucé, Sèx dyn., pl. vu, 1. 13-18; Serme, Urkunden, I, 101-102; Masrero, A. À., p. 82; A. Or., I, 420).

7 Jbid., 1. 27 (ne Roucé, p. 193) « Que l’on fasse placer les corps auxiliaires en avant » pour frapper la nation des Libyens. ».

agresseurs et combattants qui résistent, ils laissent échapper comme un aveu involontaire un mot de pitié pour les vaincus : « Très amis de qui a courbé son échine devant Miamoum v.s. r., » ses soldats vaillants épargnent celui qui s’est humilié de- » vant son courage et sa force »!, dit lechant de victoire de Ménéptah Le, La devise « parcere subjectis el debellare superbos » ne leur convient donc qu'à moitié. Ecraser les ennemis les remplit d’enthousiasme, épargner les vaincus leur semble ou une duperie, ou une faiblesse.

Faiblesse de grand cœur en tout cas! Le roi éthiopien Piänkhi s’en para dans la campagne qui réunit sous un mème sceptre toute l'Égypte et l’Éthiopie. Il débute par semer la crainte, fait un grand carnage des ennemis devant Khmounou (Hermopolis), met la ville à sac et jure d’exterminer ses adversaires :

« Sa Majesté fut en fureur comme une panthère. S'ils (ses soldats)laissent subsister le » reste de ces soldats de la Basse-Égypte, s'ils laissent échapper un seul d’entre eux pour

» raconter son expédition, s'ils ne les font pas mourir tous dans leur défaite, j’en jure » par ma vie, dit-il, je détruirai tout ce qu’il (Tafnekht) était » 2. :

Combien de ce langage diffère celui qu'il tint un peu plus tard devant Memphis! Il s’adoucit déjà en arrivant devant Kheninsou (Héracléopolis) : il menace de mort les habitants s’ils n’ouvrent pas leurs portes, mais il ajoute : « Très pénible serait-ce au roi! »*. Comme ils se rendent sans coup férir, Piänkhi étale sa générosité : « Les soldats de Sa Majesté entrèrent dans la ville : pas » un homme ne fut tué de ceux qui s’y trouvaient » ‘. Quandil arriva devant l'antique capitale, ce fut mieux encore : sa proclamation respire la modération et la bonhomie :

« Ne fermez pas vos portes, ne combattez pas, vous qui êtes dans l’intérieur 5. Le dieu » Shou était au commencement des temps; j’entrerai et je sortirai comme lui 6... Je

1 Chant de Ménéptah (Pap. Anastasi Il, pl. 1v, L. 12-43 : Masrero, H. AÀ., p. 957. Cf. CHapas, X/Xe d., p. 93, une toute autre traduction).

? Stele de Piânkhi, 1. 24 (Marærte, #. D., pl. 2 : ne Roucé, Chrestomathie égypt., IN ; Scuærer, Urk., III, 44). <

8 Jbid., 1. 78.

4 Jbid., 1. 80.

5 Maspero : contre le pays de l'intérieur, c.-à-d. la Hte Egypte.

6 C'est-à-dire, « sans vous faire de mal », observe pe RouGé.

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