RENOMMÉE PACIFIQUE
» traiterai Memphis avec douceur ; elle sera épargnée. Les enfants ne pleureront même » pas. Voyez les nomes du Midi, personne n’a été tué en dehors de ceux qui blasphé- » maient le dieu » 1.
Et, plus loin, il reprend le trait de sensibilité, qu'il transporte de la vie civile dans la conduite de la guerre : « Les soldats ne » font pas pleurer (mème) un enfant »?. Il est vrai qu’à la ligne suivante, il parle de beaucoup d'hommes tués et de prisonniers amenés à Sa Majesté”. Cependant il recommande aux troupes de ne pas repousser les chefs qui se rendent :-« ce serait vil! »‘.
Le mot de Piänkhi dans sa sommation à Kheninsou en rappelle un semblable d’un contemporain de Ramsès IL. Un personnage, que le narrateur désigne par lenom demohar c’est-à-dire brave ou aventurier, vient de livrer une ville aux flammes; le scribe ajoute par manière de réflexion : « c'est un très pénible état que celui » de mohar »”*. Mais en quel sens le dit-il? S'il plaignait le mohar de sévir, malgré sa bonté native, ce serait un bel éloge de ce soldat au cœur humanitaire. Mais s’il plaint seulement le mohar des tracas et des fatigues qu'il endure, quelle amère dérision pour les victimes !
La renommée du général victorieux n’est pas pour les Egyptiens la gloire suprême. La valeur personnelle dans les batailles était pourtant louée et récompensée. Cependant il semble qu'on ait plus prisé le mérite civique que le mérite militaire. Un Égyptien se glorifie au moins aussi volontiers d’une affaire bien conduite que d’une victoire bien gagnée. Soit par nature, soil par éducation, l’Égyptien envisage la vie en administrateur. Ouni se vante d’avoir organisé la victoire®, non d'y avoir contribué par des coups bien assénés ou l’exemple donné aux troupes : des subalternes s’en acquittaient. Thotmès II se montrait aussi fier de ses
1 Zbid., 1. 85-86.
2 Jbid., 1. 95.
3 Jbid., 1. 96.
4 Khas pou (ibid. I. 96).
5 Pap. Anastasi I, pl. xxx, 1-3 (Cuaras, Voyage d'un Egyptien, p. 176). 6 Supra, p. 189.
chasses et des cent vingt éléphants tués en Asie !, Aménôthès III des cent deux lions abattus de sa main, dansles dix premières années de son règne ?, que des batailles livrées par leurs armées. Dans la bataille contre les Khétas, Ramsès II paya de sa personne et Pentaour célébra bien haut sa vaillance; mais son fils Ménéphtah se {int loin du champ de bataille, et justifia son abstention par un ordre de Ptah*.
Des travaux pacifiques illustraient un règne autant que des victoires. Parmi les anciens rois, on célébrait la mémoire des souverains législateurs ou savants plus que celle des conquérants. Le plus grand titre de gloire semble avoir été de construire de splendides monuments. Dès le début de leur règne, les rois s’occupent de se construire un tombeau superbe, et pour leurs pyramides et leurs statues ils font venir de loin des matériaux de choix : c’est la grande affaire du règne, les ministres les plus habiles y donnent leurs soins. Que d’égards aussi pour les temples ? A lire les dédicaces, on croirait que les expéditions guerrières ne se proposaient d'autre but que d’arracher à l'étranger des travailleurs et d'énormes richesses pour élever des monuments dignes de la majesté des dieux. Amonemhäït [° à brillé dans les combats, fondé sa dynastie et consolidé son trône les armes à la main; « il a ren- » versé le lion, pris le crocodile, réduit les Ouaouaïtou, emmené » les Mazaïou en esclavage, forcé les Asiatiques à marcher près de » lui comme des levriers » ; il se rend témoignage de n'avoir € jamais reculé depuis sa naissance » *, quoique il ait dû parfois réprimer des rébellions « lui-même, de ses propres membres »°. Néanmoins il ne regrette point le temps passé et, plus haut que ses exploits guerriers, il exalte ses bienfaits de roi pacifique. Du moins le rédacteur de ses /nstructions lui prête-tl pour ces
1 Inser. d'Amonemhabi, 1. 22-23 (cf. supra, p. 117, n. 1).
2 Stèles et scarabées des chasses (cf. supra, p. 117, n. 3).
ë Inscr. de Karnak, 1. 28-30 (Cnaras, £t., p. 195; supra, p. 80).
# Instructions d’Amonemhait : Pap. Sallier II, pl. x, 1. 40, à pl. m, 1. 4 (Bmou, Select Pap., pl. 11-12; Masrero, Records of the Past, , 14; Améuneau, 2. Tr., XI, 106).
5 Zbid., pl. ur, 1. 6 (Améuweau, À. Tr., XI, 100).
6Zbid., pl. n, L 1 (Dümicnen, Haremverschwærung, Æ. Z., 1874, 30; MasPERO, H. Or., I, 465).