CHAPITRE III
BRONCHIECTASIES INFANTILES
S'il est un domaine où l’on pouvait espérer beaucoup du régime sec, c’est bien en Pédiâtrie. Après les résultats obtenus par Guizzemor et Micaaur par ce moyen chez une enfant atteinte de dilatation des bronches, on pouvait penser qu'il s'agissait là d’un traitement efficace.
Le Professeur Degré, qui a longuement expérimenté la méthode dans son service, en arrive pourtant à des conclusions assez décevantes Il est certain que les résultats obtenus sont moins favorables que chez l'adulte.
Cependant, on assiste parfois à des améliorations très prolongées. On sait que les enfants atteints de dilatation des bronches peuvent demeurer des mois dans un état de guérison apparente, jusqu'au jour où, à la faveur d'un épisode aigu, l’expectoration réapparaît. Le régime sec aide très favorablement et peut même provoquer ces pseudo-guérisons ; mais, pour ainsi dire toujours, il ne s'agit que d'une amélioration plus ou moins longue, qui ne met jamais à l’abri d’une récidive.
En RE PE
Geneviève P... vient consulter, en mars 1931, parce qu’elle tousse et expectore depuis plusieurs années ; elle présente, chaque hiver, une bronchite traînante, à la suite de laquelle elle continue à expectorer sans aucune période d’accalmie.
En 1931, c’est une enfant mal développée, maigre, aux pommettes légèrement cyanosées. L’auscultation montre, en arrière, aux deux bases, des râles ronflants et sibillants, surtout nombreux à gauche. La cuti-réaction est négative et il n’y a pas de bacilles de Kocx dans les crachats. La radiographie montre une coulée d'ombre floue
STAP latéro-cardiaque droite, non homogène. =
L'enfant est soumise au régime sec pendant trois semaines, et les résultats sont très satisfaisants : l’expectoration diminue, puis se tarit complètement pendant huit mois. Il n’y a aucun épisode aigu pendant un an.
Mais, en 1933, l’expectoration réapparaît ; une nouvelle cure de soif n’a pas de résultats aussi satisfaisants, et les troubles fonctionnels s'installent de façon définitive.
Ainsi, cette petite malade, que l’on avait pu croire guérie, a rechuté au bout de huit mois, et là, la thérapeutique n’a pu lui être d'aucun secours ; en effet le régime sec n’agit que dans les cas favorables, qui ont une tendance naturelle à s'améliorer d'eux-mêmes, surtout s’il est maintenu pendant des mois :
M.-L. S... a, en 1929, à l'âge de dix ans, un épisode pulmonaire fébrile de trois semaines, à la suite duquel elle se met à cracher ; l'état général devient si précaire, que l’on en arrive à soupçonner la tuberculose, que dément pourtant l’investigation clinique.
Les poumons présentent une matité franche à la base gauche, en arrière, avec des râles à bulles moyennes et fines ; la radiographie montre une opacité étendue du hile droit au diaphragme, et à gauche, un flou du contour cardiaque.
Un régime sec de trois semaines donne de bons résultats : é : :
lexpectoration se réduit considérablement ; on note une reprise du ; à 6 :
poids ; lauscultation ne révèle plus aucun bruit pathologique ; cependant, l’image radiologique demeure là même,
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L'enfant présente, par la suite, plusieurs épisodes pulmonaires aigus ; mais elle a obtenu tant d'amélioration du régime sec, qu'elle observe d’elle-même une restriction liquide, dès que l’expectoration | réapparaît.
En 1934, c'est une jeune fille de seize ans, bien développée, qui n'expectore que deux ou trois crachats par jour, et qui reste même parfois plusieurs semaines sans cracher. Son affection ne l’empêche pas de fournir un travail assez régulier à la campagne.
IL s’agit ici de cas favorables, dont la guérison est seulement aidée par la cure de soif, mais qui, dans certains Cas, peuvent évoluer spontanément vers une guérison complète :
Hildebert crache depuis la petite enfance ;'à l’âge de treize ans, il est soumis, en novembre 1936, au régime sec, qui tarit l’expectoration au bout de quinze jours. Cependant, en janvier 1937, la toux et l’expectoration réapparaissent et la maladie semble évoluer avec chronicité, à tel point qu’on envisage la possibilité d’une lobectomie. Mais l’enfant, revu en avril 1938, présente une guérison complète avec disparition spontanée des signes cliniques et radiologiques, sans qu’il ait suivi aucun traitement.
IL faut savoir, cependant, combien l’évolution de la dilatation des bronches est capricieuse chez l'enfant, combien les rémissions sont fréquentes, durables et trompeuses : ces petits malades reviennent de la campagne, au début de l'automne, nettement améliorés par le grand air, mais la rechute les attend implacablement au cours de la saison d'hiver. Certains sont réfractaires à la cure de soif :
William crache depuis l'enfance. quand, en 1934, il présente une pleurésie purulente ; depuis, il crache 70 à 100 grammes de crachats par jour. Le régime sec, très sévèrement établi, diminue à peine la quantité de l’expectoration, qui se fixe aux environs de so grammes par.jJour.
Georges crache depuis l’âge de sept ans, une expectoration purulente peu abondante que le régime sec ne parvient pas à tarir. L’affection évolue ensuite avec chronicité.
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Le régime sec agit mal dans ces suppurations à crachats épais et purulents ; par contre, son triomphe est l'amélioration des expectorations muco-purulentes abondantes :
Marie-Louise a 18 ans, en 1929, et crache très abondamment depuis des années ; le régime sec pendant trois semaines diminue notablement l’expectoration et fait disparaître les signes stéthacoustiques. Mais la radio reste inchangée, et la récidive se produit trois mois après. l
Ces enfants, qui ont été suivis dans le service du Professeur Desré, pendant des années, et qui ont subi parfois plusieurs traitements par le régime sec, n'ont été pourtant améliorés que passagèrement ; dans les cas favorables, une restriction liquide longtemps maintenue, peut améliorer, voire guérir, une suppuration bronchique, surtout lorsque l'enfant peut vivre à la campagne.
Dans sa thèse sur «La Bronchiectasie de l'enfance, maladie congénitale » (1934), Madame Bkrisarp cite plusieurs Cas d'amélioration obtenus par le régime sec dans le service de son rfmaître, le Professeur DeBré, et elle conclut :
« Aussi pénible que paraisse cette méthode, écrit-elle, on est étonné de constater combien elle est aisément supportée par l'enfant au bout de quelques jours. SINGER recommandait l'emploi d'anesthésiques locaux en pastilles pour atténuer la sensation de soif, qui est, chez l’adulte, très pénible ; nous n'avons pas eu à recourir à ces procédés avec nos petits malades qui, presque tous, ont fait très facilement leur cure. +
« Durant la cure, on note : une perte de poids, une diminution de la diurèse, et surtout, un abaissement considérable du taux de l'expectoration.
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« Dès la fin de la cure de soif, le poids remonte ; les urines reprennent leur quantité normale; par contre, l'expectoration se restreint encore et demeure à ce taux
très bas durant des périodes assez longues. Les résultats
que nous avons obtenus n'ont guère dépassés six mois ; mais, durant ce temps, l’amélioration a été très nette. Le nombre des crachats est passé, chez certains enfants, de 50 à 3 ou 4 par jour ; la toux a presque disparu, le poids est remonté, l'image radiologique s’est sensiblement netlovée. :
« ..Si les résultats sont bons, il ne faut pas cacher combien ils sont transitoires, et il ne peut en être autrement, puisque la cure de soif s'adresse seulement aux symptômes et non à la malformation sous-jacente. »
Il est certain que les résultats obtenus chez l'enfant, sont moins favorables que chez l'adulte. Cela tient à ce que les petits malades entrepris, dont j'ai cité les observations, étaient porteurs de lésions incurables extrêmement accusées de bronchiectasie.
De plus, l'adulte fait volontiers un usage exagéré de boisson, et le seul fait de la restreindre diminue forcément l'expectoration, qui représente, en somme, une voie supplémentaire d'élimination des liquides. Le régime sec agit sur l’expectoration « de luxe » el les plus beaux succès sont obtenus sur les expectorations très aqueuses et très abondantes :
Germaine crache depuis 1923. En :926, à l’âge de quinze ans, elle entre dans le service du Docteur Guriirmor ; elle présente alors uné expectoration fétide de 500 cc. qui se dépose en trois couches, et dont la zone aqueuse est très importante. L'état général est médiocre (gros amaigrissement, crochets fébriles à 40°).
Le régime sec ramène cette expectoration à 300 cc. le deuxième jour, à 100 cc, le huitième jour, à 5o cc. le dix-huitième jour, puis la réduit définitivement à 25 cc.
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L'amélioration est considérable et dure plus de six mois, au. cours desquels la petite malade reprend 6 kg. En mars 1927, elle ne crache que 15 cc. par jour.
En définitive, le régime sec, qui a eu de très beaux succès en Pédiatrie, ne reste qu’un traitement palliatif et symptomatique. Cependant, associé à un traitement hygiéno-diététique convenable, chez un enfant vivant au grand air, le régime sec amène sinon une guérison, du moins de longues améliorations et permet, au petit malade, de « vivre avec sa lésion » d’une façon acceptable.