‹ Le régime sec dans les suppurations bronchiques chroniquesChapitre 19 sur 25 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

M. Albert R.., âgé de 46 ans. crache depuis deux mois, à la suite d'une pneumonie survenue le 25 mai

I n'est cependant pas exempt d'antécédents pulmonaires, Car il a eu une pleurésie gauche à 20 ans et une hémoptysie en 1935.

À son arrivée à l'Asile, on note une expectoration de moyenne abondance (40 cc.), muqueuse, sans bacilles de Kocn, mais contenant une flore microbienne abondante et variée, où se trouvent quelques spirilles.

L'auscultation permet d'entendre des râles disséminés. Il existe un point douloureux sous le sein droit ; à

ce niveau, la respiration est plus soufflante, il existe des râles humides et une légère submatité.

La radioscopie, puis la radiographie, ne montrent aucune image anormale dans le parenchyme pulmonaire, mais des hiles notablement chargés, surtout à droite.

Les autres appareils sont normaux.

Celui-ci est entrepris le 8 septembre, et coïncide immédiatement avec une diminution de lexpectoration qui tombe à 10 cc. le troisième jour, puis se trouve tarie le cinquième jour ; cependant, elle augmente un peu par la suite et se fixe entre 0 et 10 cc.

Le régime a été très rapidement élargi : le quatrième jour, nous avons permis 500 cc. de liquide, et le treizième jour, le malade avait une liberté alimentaire complète. Le malade, très amélioré, sort de l’Asile le 28 septembre.

La technique que j'ai employée n'est pas différente de celle de Gurzemor et Micnaur. Le régime du malade demeure libéral et varié, seule la quantité des boissons est diminuée, ou même supprimée, et je n'ai pas jugé nécessaire de permettre un jour de boisson, comme SinGer le préconisait.

Constamment, les malades accusaient une sensation pénible de soif pendant les deux ou trois premiers jours, et qui devenait moins accusée par la suite, malgré la persistance de la sévérité du régime, car les malades, encouragés par les résultats, poursuivaient Ja réduction hydrique de leur propre initiative.

Au début de mes essais, je poursuivais la diète sèche pendant une dizaine de jours, jusqu'à ce que l’expecto-

ration soit à peu près tarie. Mais il m'a semblé, au cours d'observations ultérieures, que l’on pouvait très précocement, au bout de trois à cinq jours, permettre un régime plus libéral, comme si, seuls, les premiers jours de soif comptaient et comme si la sécheresse de l’épithélium bronchique pendant les premiers jours possédait une action importante pour le tarissement de l’expectoration.

Je n'ai pas cherché à me servir de bains thermolumineux, ni de bains de vapeur, et l’atropine, que j'ai essayée, ne m'a guère apporté de résultats sensibles.

Par contre, il m'a paru logique d’ordonner une série d’injections d'eucalyptine ou de désinfectants pulmonaires, à la fin de la diète sèche, au moment où l’expectoration est presque tarie.

Les incidents sont rares, et j'ai pu employer le régime sec chez des malades fragiles, suspects de tuberculose ou d'insuffisance rénale, présentant même de l’albumine dans les urines, sans le moindre inconvénient ; mais, chez ceux-là, il sera préférable de laisser la liberté d’une légère quantité de boisson.

J'ai eu la curiosité d’étudier la densité des urines de

quelques-uns de mes sujets ; celle-ci augmente régulièrement jusque vers 1025 dans les premiers jours, pour revenir ensuile à la normale vers 1015, au moment de la reprise d’un régime alimentaire normal. La quantité des urines émises diminue moins qu'on pourrait le prévoir; c'est que nos malades recevaient une nourriture extrémement abondante et variée, comprenant parfois un potage épais, ce qui peut expliquer que la déshydratation n'est pas aussi poussée qu'on peut le croire.

En pratique, toute expecloration dépassant 50 cc., est justiciable du régime sec et, seule, la tuberculose avérée, le contre-indique.

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