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Le Régiment des géants [microforme]

Beaucoup d'auteurs écrivent des préfaces pour se défendre ou mêm: pour se vanter; cela les amuse et cela n'amuse qu'eux. D’autres emploient leurs préfaces à raconter des histoires. C'était la méthode de Walter Scott, dont les préfaces sont des merveilles.

Il va être question de sir Walter Scott dans ces pages. Je n'ai pas l'autorité qu'il faudrait pour juger la question de savoir si les récits du crès grand poète écossais sont bons à être lus par tout le monde, mais je puis rappeler l'opinion d’un illustre prélat que l'académie française eut la gloire de compter parmi ses membres, et qui caractérisait ainsi Walter Scott: “un protestant qui n’aime que les catholiques, un orangiste qui n’a de caresses que pour Îles Stuart. ”

Il est vrai que le même prélat ajoutait avec son fin sourire: “ Au point de vue historique, je me défie un peu de lui, non pas qu'il ignore, où qu’il se trompe, c’est un puits de science, mais il lui arrive d'anglaiser la vérité. ?

Quand je publiai pour la première fois ce récit dans le Musée des familles sous le titre de La Garde Noire qui sembla un peu Iugubre et que je me promis de changer, je reçus de nombreuses lettres d'Angleterre qui m’engageaient à composer une vie anecdotique de Walter Scott. On me promettait de tous côtés des renseignements; plusieurs personnes me firent des envois

sans attendre ma réponse. 1l y avait dans ces envois des choses curieuses sur les rapports du baronnet romancier et historien avec son éditeur Constable, sur ses pérégrinations dans l’Ecosse du Nord et les embarras que lui causa son bienaimé manoir d’Abbotsford, mais en somme, je u'y trouvai rien qui pût faire le sujet d’un livre de quelque importance historique ou critique. L'un de ces documents, pourtant, qui venait

de Londres avec une lettre d'envoi, signée Robert J. Campbell, (fils d’Anne-Mary Constable)

me fournit au moins le fître nouveau que je cherchais en m’apprenant que le fameux 42e de bataille nommé le Black Watch en anglais, le Reicudan Dhu en écossais, ce qui signifie pareillement la Garde Noire, avait encore une autre dénomination légendaire: The Giant Regiment, Le Régiment-Géant ou le Régiment des Géants.

Ceci faisait allusion, selon le dire de la lettre,

non seulement à la solidité proverbiale de ce

Corps devant l’ennemi, mais aussi à la stature

élevée des soldats qui le composaient : il y a en effet dans les Hautes-Terres d’Ecosse, une véri-

table race de géants.

La lettre de M. Robert J. Campbell avait pour moi encore un autre intérêt ; il était Ecossais et Capitaine d’une compagnie écossaise: il m’apportait quelques bons arguments dans une mauvaise querelle que la presse de Londres me cher- Chait. On était au lendemain de la guerre de Crimée où nos soldats avaient sauvé l’armée anglaise à Balaclava et les journaux Londonniens, se faisant un plaisir de retourner les rôles, publiaient tous les jours des récits, anglaisés à toute outrance, où les Anglais, surpris et battus

couvraient néanmoins de leur protection nos s0ldats vainqueurs.

Dans un mouvement d’impatience, soulevée par le comique trop effronté de ces prétentions, j'avais eu le tort d'écrire qu’ “il n’y avait point de soldats anglais dans l’armée anglaise, ” entièrement composée d'Ecossais et d’'Irlandais. Cette affirmation était exagérée, par conséquent, inexacte, mais M. Robert J. Campbell me fournissait la statistique des contingents Ecossais et Irlandais pendant une période de 69 ans, et en vérité, ses rigoureux calculs réduisaient mon inexactitude à de très infimes proportions.

Ces proportions n’ont pas notablement changé depuis lors, et quiconque prendra la peine (c'en est une) de chercher dans les immenses colonnes du Times le détail quotidien de la guerre contre les Afghans, y trouvera engagés beaucoup de

régiments highlanders, beaucoup de régiments

LA

irlandais, beaucoup de régimeuts indigènes, mais très peu de régiments anglais. De deux choses l’une: ou il n’y en a pas, ou On les économise avec soin pour employer à l'usage de tous les jours les indigènes, les Irlandais, les Ecossais et autres créatures inférieures qui ne se sont pas donné la peine de naître anglais d'Angleterre. Cela ne veut pas dire que personne, ei moi moins que personne, nous ayons jamais songé à mettre en doute la vaillance anglaise qui a fait tant de fois ses preuves, mais cela veut dire que les Anglais d’Angleterre aiment passionnément leur comfort et que rien n’est moins confortable que la guerre. Les Anglais d'Angleterre n’enverraient personne au feu à leur place sil était possible d’y aller commodément! ils veulent bien

mourir, mais les pieds chauds et l'estomac plein de bonne viande. à Quant aux Irlandais, quant aux Ecossais surtout, il faut croire qu’ils éprouvent un grand charme à se faire tuer pour leur seigneur suzerain John Bull, puisqu'ils jouent ce rôle depuis tant d'années sans en paraître fatigués. Cela prouve de leur part un bon caractère, d’autant plus que John Bull ne s'est pas toujours montré reconnaissant envers ceux qui se faisaient tuer pour lui, comme je vais le ;rouver peut-être une fois de plus en racontant, selon 80. authenticité populaire et terrible, l’histoire des Ecossais montagnards du 42e de bataille, dit Le Régiment des Géants. -

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