‹ Le Régiment des géants [microforme]Chapitre 22 sur 22 · HER · texte numérisé non relu

HER

arr deieres %

Se Ne

mi

pu AE a 10 se re pe

du château lui apprit que de danger, il remereia Dieu.

les fugitifs étaient hors

.. I y avait des guirlandes de fleurs aux vénérables lambris de château de Saint-Maugon- L'or de l’écusson de Mauguer seint illait aux feux de mille flambeaux. La musique inondait les hautes salles où se pressait une noble foule. C’était dix-huit mois après les événements que nous venons de raconter.

Ma foi jurée: disait le jeune M. de Kercornbree, natif de Quimper. M. le baron de Kerhuau peut se vanter d'avoir la plus belle femme de toute la Bretagne.

__ C'est-à-dire: la plus belle femme du monde! solfia avec une excellente méthode le cadet de Trégaz, Nantais et Guérande.

__ C'est tout un! nasilla le Rennais Châteautruel: le monde n’est qu’un coin de la Bretagne.

Les gens de Vitré, de Saint-Brieuc, de Vannes et de Saint-Malo firent à ce sujet des observations analogues et qui eussent mérité d’être rapportées. Après quoi M. de Kercornbrec reprit, en grasseyant de la facon la plus énergique :

__ Ce pauvre baron l’échappa belle, s'il vous en souvient, messieurs, il y a un an et demi! Si ces damnés paysans de Louvigné n'avaient pas “endu la liberté au colonel de Gadagne, l’aîné de Saint-Maugon Se Jaissait condamner auü lieu et place de son frère, ce qui eût été grand dommage, assurément.

— Le fait est que Gilbert de Gadagne revint fort à propos, c'était Ini qui avait assigné le poste au petit Roger de Saint-Maugon. Son té-

moignage sauva le pauvre baron.

Un valet passait en “e moment avec un plateau chargé de vins choisis. M. de Châteautruel saisit au vol cette occasion pour parler du nez.

— Je propose, dit-il, de boire à la santé des uouveaux époux, Bertrand et madame Reine.

Cette motion fut acceptée avec enthousiasme.

— Et Roger? demanda Trégaz, s’il vous plaît, qu’est-il devenu?

— Et bien! il avait demandé la main de Mlle de Montméril, qui est depuis hier sa belle-soeur, et maîtresse de céans, mais notre Reine n’était point portée vers lui. Vous pensez, quand il y a deux frères et que l’un est Bertrand... Dès que le témoignage de M. de Gadagne eut mis la vérité en lumière, Roger, qui se cachait à Montméril, prit la fuite.

— C'était un pauvre sire, celui-là...

— Tout beau, messieurs, interrompit Châteautruel, il est mort comme il faut, en Breton et en gentilhomme, devant la ville africaine d’Alger, en combattant pour le roi!

— Donc, que Dieu ait son âme! dit le reste du groupe.

Un étranger était entré dans la ville. Son feutre rabattu cachait son visage. Il portait la double dragonne de capitaine. En entendant l’oraison funèbre de Roger il se prit à sourire.

Pendant cela, Bertrand de Saint-Maugon, assis auprès de Reine, sa femme, se recueillait en son bonheur, au milieu de toute cette joie bruyante; mais son bonheur n’était point sans mé:lange.

— Vous semblez triste, Bertrand, dit Reine avec tendresse.

— Je suis heureux, répondit l’aîné de Saint- Maugon, bien heureux, car Dieu a comblé mes

nn

voeux: vous êtes à moi. Mais notre père mou- “ant l'avait mis à ma garde. Il était mon frère et mon fils. Pauvre Roger!

__ Pauvre Roger! répéta Reine.

__ Mon frère! mon noble frère! dit une voix émue à leurs côtés.

Puis Bertrand se sentit prendre à bras-le-COrps et une bouche s'Appuya contre son front sur lequel pleuvaient de grosses larmes.

Le feutre de l'étranger tomba et laissa voir les traits de Roger, brûlés par le soleil des côtes africaines, Bertrand poussa ul cri de joie.

— Ma foi jurée! grasseva le jeune M. de Kercorbrec, il paraîtrait qu'il n'est pas mort! Ia vagné un grade, voilà tout!

[ J'ai voulu voir votre bonheur, dit Roger; demain, je repars pour l’armée.

— Quoi! sitôt? demanda Reine.

— Madame ma soeur, répondit le jeune homme en baïissant les veux et avec un léger trouble dans la voix, il faut la gloire pour effacer la honte. |

— Dieu est bon! murmu ait Bertrand, plongé dans une sorte d’extase. Reine, Roger, tout ce que j'aime!

&a voix fut couverte par le nez de M. de Chàteautruel, qui proposait de boire au retour du cadet de Saint-Maugon, Ce à quoi obtempérèrent, avec satisfaction, MM. de Kercernbrec et de Tréyaz, ainsi que les Sen de Vitré, de Saint-Brieuc, de Vannes et de Saint-Malo. |

Page 1